CHRONIQUE DU VILLAGE GUITILITIMÔ (CVG) N° 11: L’INCONSOLABLE TANTE SIONI-YANGA À L’EPREUVE DU DESENVOÛTEMENT RITUEL DE MACATHY-NATIONALE – ÄLÄ SOÛKOULÂ – LÔ !

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Cela faisait un bon bout de temps, que Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour, sœur aînée de Macathy-nationale la Présidente, Directrice du Cabinet TK-TG – Têka-mö-Têgué, et sa suite, – la Famille présidentielle comme on les appelle désormais -, ne s’étaient plus « aventurés » au village Guitilitimô, pour rendre visite au patriarche Vieux Mbina-ala-Midowa et son petit monde de villageois. D’ailleurs, on le sait bien – et les paysans s’y sont depuis longtemps accoutumés -, pour ces « parents » de Bangui la « capitalette », tant que « ça marche » dans leur univers totalement irréel, et tant que « ça roule » dans leur monde à la douceur idyllique, les autres, « haïssables », « damnés de la terre » et rebuts de la société, n’ont jamais existé. Alors, ces « cafards et rats », peuvent toujours crever, car après tout, ce n’est que justice naturelle, de voir la terre de Centrafrique, naturellement purifiée grâce à cette si bienfaisante mais curieuse loi de sélection naturelle à la centrafricaine. En vertu de celle-ci, les gouvernants ne gouvernent qu’à Bangui, et ne se soucient jamais des populations des petites villes et des hameaux de province, ainsi abandonnés à leur triste mort précipitée, moins rapide, ou lente. Vogue la galère, pourvu que le soleil, la lune et les étoiles continuent de briller pour les « riches » vivants, et que la terre tranquillement et paisiblement, poursuive sa rotation et sa révolution.

Mais en Afrique, l’université populaire des contes et des chants du soir au clair de lune et autour du feu, n’est pas avare d’enseignements tirés de la longue expérience des sages et des vieux. Et l’une de ces sagesses dit : « si quelqu’un feint de ne plus savoir où il habite, ignorez-le ! Dès les premières gouttes de pluie, il retrouvera tout seul le chemin de sa maison ».

Aussi, la tempête qui s’est déclenchée depuis un certain temps, si elle semble ne pas atteindre profondément la grande Famille présidentielle, néanmoins elle a secoué dangereusement ses fondements les plus solides. Pour Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour alias Tante-nationale, sœur aînée de Macathy-nationale la Présidente, elle reste convaincue que cette tempête qui s’assoupit par moment, peut être annonciatrice d’un tsunami dévastateur. La Tante-nationale, n’a pas non plus oublié sa dernière visite au village et surtout, les coups de gueule très moralisants de Guimowara-le-savant, fondateur de l’Université Populaire de Guitilitimô (UPG), qui lui avait rappelé ceci : Vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours ».

C’est donc forte de ces leçons que Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour alias Tante-nationale, sœur aînée de Macathy-nationale la Présidente, Directrice du Cabinet TK-TG – Têka-mö-Têgué -, a décidé de retourner au village Guitilitimô, dans le but de « consulter » le patriarche Vieux Mbi-ala-Midowa et son petit monde de villageois. Elle n’est pas arrivée seule, mais toujours entourée de sa petite « cour princière » composée des mêmes personnes qui ne la quittent jamais : son affable et très soumis époux Têka-mö-Têgué, l’éternel cocu et fier de l’être ; les jumeaux du couple – et non moins enfants adultérins du voisin -, le boulimique Wara-mô-tê, et son bien aimé frère Wara-mô-yon l’alcoolo-résistant ; enfin et toujours dans la jupe de sa sœur et complice, Oncle Ganatênê alias mille-diplômes, arrivé  de Paris il y’a environ 8 mois – dès l’élection de Macathy -, après plus de 30 ans d’absence. Ce terrible benjamin de la fratrie, véritable inspirateur et co-fondateur du Cabinet TK-TG – vitrine officielle des arnaques et magouilles « présidentielles » -, a cette fâcheuse manie de toujours tenir en main, une valisette d’environ 20 kg. D’après lui, celle-ci contient sa « vie », c’est-à-dire l’ensemble de ses œuvres écrites – sans doute des plagiats – et ses milles et un diplômes qui sont en fait des dizaines d’attestations de « pôle emploi » (l’établissement public qui s’occupe des chômeurs en France) et des centaines de certificats de travail d’une durée n’excédant jamais 5 jours de prestation manuelle. Bref.

Du côté des paysans, depuis que les autorités de Bangui ont décidé d’exclure de fait du territoire Centrafricain certaines terres  – qui du coup peuvent être considérées comme ne faisant plus partie de la République -, les habitants des villages  Guitilitimô , Ba-na-lè, Kanga-bê, Zia-ala-tènè, ainsi que  ceux de nombreux bleds des environs de cette grande communes rurale, avaient décidé pour leur part aussi, de ne plus s’apitoyer sur leur propre sort, et arrêter de pleurer inlassablement leurs morts. Tous, ils avaient alors commencé petit à petit à se remettre à cultiver leurs champs, à reconstruire leurs cases et à vaquer à leurs petites occupations. Tant et si bien qu’ils ont retrouvé à peu près aujourd’hui le rythme normal de cette vie qui était la leur, avant les multiples passages des ouragans « génocidaires » dénommés séléka et antibalaka.

Mais que revenaient-ils chercher au village Guitilitimô, ces visiteurs inattendus de Bangui, encombrants et insolents ?

Aussitôt qu’ils furent descendus de leur véhicule 4/4 rutilant, Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour, en tenue débraillée, suivie des autres membres de sa délégation, eux aussi habillés comme des villageois, se dirigèrent tous à pas pressés, vers la grande paillote qui sert d’amphithéâtre à l’UPG « Université Populaire de Guitilitimô ». A l’intérieur des murs, en train de deviser nonchalamment autour du patriarche Vieux Mbina-ala-Midowa, trois autres villageois : professeur Guimowara-le-savant, promoteur de l’UPG, Béka-le-Pygmée, Kparakongo-le jeune.

Et voici que Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour, une fois qu’elle eut franchi le seuil de la paillote, à peine a-t-elle salué ceux qui se tenaient assis là, et sans même attendre de se désaltérer comme il se doit à la calebasse d’eau fraîche du visiteur et de l’étranger de passage – que lui tendait déjà Béka-le-Pygmée revenu rapidement de la case -, fendit en pleurs et se laissa tomber de toute sa masse à même le sol, au pied du patriarche Vieux Mbina-ala-midowa. Elle pleurait et pleurait encore. Vraiment des pleurs comme ceux d’une femme qui vient de perdre son mari ; d’une mère que son nourrisson a décidé d’abandonner ; d’ une sœur affligée implorant de revenir à la vie, sa jumelle qu’elle vient de perdre. 

Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour alias Tante-nationale, absolument inconsolable, était en train de se vider de toutes les larmes de son corps, à la manière des pleureuses professionnelles du Bas-congo. Même Béka-le-Pygmée paraissait si ému qu’il se pencha vers son ami Kparakongo pour lui confier à voix basse « ah çà ! Si je n’avais pas vu de mes propres yeux, je ne pourrais jamais croire que les riches et les puissants, les gens remplis d’honneurs et de gloire, tous ceux qui sont pourvus de tous les biens de la terre, franchement, j’étais loin de penser qu’il puisse aussi leur arriver des choses qui les fassent pleurer ».

Il voulait se remettre à murmurer, quand le coup d’œil du patriarche Vieux Mbina-ala-midowa, le fit taire et comprendre en même temps, qu’il fallait offrir de nouveau à Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour, le reste de la calebasse d’eau que les autres avaient fini de boire. Une fois ce rituel accompli, le patriarche, de sa très belle voix adressa alors ces paroles lénifiantes à la Tante éplorée :

  • Ma fille tu nous a fait peur à tous. Souviens-toi seulement que « Le malheur n’a pas de rendez-vous ». Et si c’est un malheur que tu viens nous annoncer, saches aussi qu’il est l’hôte toujours présent des habitants de ce village .

Le Vieux avait à peine fini de parler que Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour entre deux sanglots qui n’en finissaient plus, se mit à raconter en sango :

« Baba, mbi inga mbi sara sioni…baba mbi sara sioni mingui baba !  ala soukoula na mbi ngambé ti mbi, ala soukoula na mbi Macathy ti mbi… Macathy ti mbi..li ti lo a ga kirkiri awè…li tilo atourné baba… ala bouba na mbi Macathy…pouvoir…pouvoir ooo…pouvoir a tourné liti Macaty awèoooo »

Et comme Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour ne semblait pas expliquer clairement ce qu’elle voulait dire, le patriarche Vieux Mbina-ala-midowa se leva pour la sermonner. Aussi, il lui fit comprendre que si elle continuait ainsi, il ne lui resterait plus qu’à reprendre sa voiture et repartir d’où elle venait. Soudain, les pleurs de Tante-nationale cessèrent et les larmes de ses yeux disparurent, tandis qu’elle racla sa gorge et se remit à parler clairement sans soupirs ni sanglots.

« Papa, tu te souviens, quand Macathy est devenue Présidente, elle a nommé un premier ministre qui n’était pas de la famille. J’étais entrée dans une grande colère et avais pensé très sérieusement que si je la laissais continuer ainsi, tous les postes de ministres, de directeurs généraux, de conseillers et partout où il y’ a l’argent, allaient partir « ailleurs ». C’est ainsi que j’avais couru pour te voir au village. Et grâce aux feuilles, poudre et la potion que tu m’avais remises, Macathy était aussitôt revenue à la raison et n’était plus qu’une simple marionnette entre mes mains. Je lui ai fait nommer tous ceux qui passaient par moi. Avec mon petit-frère Ganatênê-mille-diplômes, nous avons ouvert le Cabinet TK-TG – Têka-mö-Têgue. La famille s’est enrichie en moins de 8 mois, plus que tous les autres présidents en dix ans. On voulait faire vite et on a fait n’importe quoi. On a volé comme des aveugles et on a maintenant très peur de leur histoire qu’ils appellent audit. Par ailleurs, nous nous sommes rendus compte entretemps, qu’à côté de Macathy se trouve un certain Mafoutapa et sa bande qui ne sont pas de vrais parents. Il commençait à dominer terriblement Macathy parce qu’il possède 12 magies. Alors, nous aussi nous sommes allés voir partout : les vaudou du Togo et du Bénin, les marabouts du Sénégal, du Niger et de la Guinée ; les féticheurs du Gabon, du Congo Brazza et Congo Kinshasa. Papa, je ne peux pas tout citer. Je te dis, là où tu vois ma sœur Macathy elle n’est plus une personne normale. On lui a fait manger, boire, laver, fumer, se oindre, porter sur elle n’importe quoi. Et comme elle aussi aime le pouvoir, elle a  très très vite oublié le chemin de son Dieu des catholiques. Elle veut être franc maçon, chevalière de la lumière, maîtresse des cailloux blancs, rose croix, alchimiste, templier, etc… tout et tout pour le pouvoir. Résultat : tu l’entends parler ? Tu vois comment elle consomme le champagne ? Un jour elle dit une chose, demain c’est le contraire…deux jours je veux ci, le troisième je veux ça…elle insulte les blancs qui lui donnent l’argent, ne respecte plus personne, se comporte en vrai femme gangster, crie sur tout le monde, chasse ses propres enfants qui passent leur temps à voler tout l’argent qui passe sous leur nez. Aujourd’hui encore le seul dieu de Macathy c’est Mafoutapa et sa bande. Mais les blancs ont compris. Ils savent que c’est un rebelle qui veut le pouvoir. Des fois, il prend l’avion, il va à Douala. Il revient par la route et va voir ses rebelles pour leur filer les plans. As-tu entendu parler de ceux qui voulaient descendre de Paoua ou Bossangoa jusqu’à Bangui à pied ? Les blancs viennent de chasser Mafoutapa de leur avion qui partait chez les vrais blancs d’Amérique. Actuellement il se cache quelque part on ne sait où. baba pardon, pardon…pardon légué ota, baba za ngonzon, soukoula na yi molengué ti mo

Après avoir suivi patiemment et silencieusement, comme à son habitude le récit de sa fille, le patriarche Vieux Mbina-ala-Midowa, toussota trois fois et dit :

« Tout d’abord, que toi et ceux qui t’accompagnent, vous sachiez dès aujourd’hui que je ne vous ai jamais donné de fétiches contre Macathy. Quand tu étais venue me voir pour me demander d’envoûter ta propre sœur, je me suis dit que le pouvoir commençait à très bien faire. Nous ici au village, nous avons nos soucis. Aussi, pour nous débarrasser de vous très rapidement, on t’avait alors remit en réalité cinq litres d’urine aseptisée et rendue inodore grâce aux noix sauvages qui y sont contenues; un sachet de feuilles de quiquéliba, qui servait de nourriture aux villageois cachés en brousse; un autre sachet enfin, contenait en fait, de la poudre salée de charbon de bois, traditionnellement utilisée en guise de pâte dentifrice. Si vous vous êtes « gavés » de ces choses et que cela a permis à certains d’avoir les grands postes que vous cherchiez, tant mieux. Maintenant, l’heure n’est plus au discours. Puisqu’il s’agit de la vie de Macathy, cherchons par tous les moyens à la « sauver » avant qu’il ne soit tard, pour elle, pour nous et pour le pays qu’elle croit diriger. Toi Sioni-yanga, repars tout de suite en ville ramèner avant minuit, uniquement un rouleau de tissu rouge sang que nous n’avons plus au village à cause de tout ce qui s’est passé. Par contre nous pouvons trouver sur place tout ce dont nous avons besoin pour le rituel de désenvoûtement : cauris, « ziguida», la poudre rouge de « mbiô », les poulets, les œufs, l’huile rouge, les perles, les plumes de poulets etc…. À 04 heures du matin, nous nous rendrons tous au bord du fleuve pour offrir les sacrifices indispensables à « mamawita » la déesse de l’eau. Nous reviendrons au village poursuivre la cérémonie de la danse de désenvoûtement des gbanziri qu’on appelle la danse des Ngbanguerengou. Comme ta soeur Macathy ne peut pas être là, c’est toi qui la remplaceras en tout. Nous allons te désenvoûter en espérant que les dieux comprendront qu’il s’agit bien de Macathy. Nous invoquerons tous les dieux traditionnels, les fétiches et les masques de toutes les ethnies de Centrafrique : Ngakola, eyelingu, mbomba, kanda, ngâ-ha-ngâ, fio-boro…Pour les fétiches et autre magie que toi Sioni-yanga tu es allée ailleurs chercher à cause du pouvoir, des honneurs, de la gloire et de l’argent, tu iras aussi ailleurs leur dire ce que tu penses de ces « choses de la terre ». Quant à moi, au soir de ma vie, je suis triste. Je suis triste mais pas pour cette terre de Centrafrique, cette terre qui m’a vu naître, cette terre qui m’a vu grandir, cette terre qui m’appelle de plus en plus, cette terre qui j’espère, me verra aussi mourir et enterrer dans ses entrailles. Je suis vraiment triste je peux le dire, mais triste pour l’homme, pour le Centrafricain qui ne sait plus qui est-il, d’où il vient, où il va. Je suis triste. Mais aussi longtemps qu’il faudra que la graine tombe et pourrisse en terre pour germer et donner de ses fruits, je suis et demeure convaincu que l’espoir enterré des Centrafricains ne mourra jamais. Cet espoir, partout où a coulé le sang et où sont enterrés des Centrafricains, germera de terre pour le bonheur du Centrafricain qui ne meurt jamais ».

Dès qu’il eut fini de parler ainsi, le patriarche Vieux Mbina-ala-Midowa, toussota trois fois et congédia la petite assemblée. Il avait besoin de silence pour effectuer un nécessaire voyage spirituel dans le monde des esprits, parler avec les esprits des ancêtres pour les supplier d’intervenir et d’agir en faveur de Macathy. Il resta ainsi figé pendant des heures. Quand il sortit de sa longue méditation, il était 03 Heures du matin, le temps pour tous, de se revêtir des habits rouge sang, pour le début du rituel de désenvoûtement ngbanziri, appelé la danse des Ngbanguerengou.

Alors, Tante Sioni-yanga-c’est-notre-tour, sœur aînée de Macathy-nationale la Présidente, Directrice du Cabinet TKTG – Têka-mö-Têgue, TOUT ÇA POUR ÇA ?

GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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