TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ : UNE LEÇON DE VIE ET DE COURAGE D’UN PÈRE À SON FILS

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Par GJK

TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ !

Littéralement traduit en français, cette suite de cinq petits mots d’origine « ngbandi » signifie simplement : « pleure là-bas dans ton cœur ».

Une phrase somme toute banale.

Mais non, pas si banale que ça ! Car on le sait, « traduire c’est trahir » et qui l’a si bien dit n’a jamais été démenti. Dans la langue et la culture du milieu d’où ils émergent, les mots ont une force, une mémoire, un passé, un présent, un avenir. Bref les mots vivent et respirent.

Enfant, il m’arrivait assez souvent, comme cela arrive d’ailleurs à tous les enfants du monde, de me faire mal en jouant, de courir, tomber, me blesser. Quelques fois encore, je prenais des raclées de la part de mes frères aînés ou quelques grandes personnes qui croyaient devoir me corriger pour une raison ou une autre, pour un oui ou pour un non.

Aussitôt, je courais trouver refuge et réconfort auprès ma mère. Et à chaque fois, maman Mado – c’est son nom -, me prenait immédiatement dans ses bras, me cajolait, me berçait, me dorlotait, me chouchoutait, me couvrait de mille baisers chaleureux  et autres petits mots gentils, avant de me chuchoter aux oreilles à chaque occasion, que j’avais raison comme savent si bien le faire les mères africaines.

Pourtant, ce n’était jamais le cas de mon père. Lui par contre, commençait toujours par me dire « TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ ! ».

Mieux ! Quand bien même c’est lui qui était amené à me donner des tapes aux fesses ou une petite gifle sur la joue, parce que je venais de commettre une bévue ou de faire une bêtise, il ne pouvait s’empêcher d’accompagner ces corrections de son fameux  “TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ !”

Et malheur à moi si je ne faisais pas preuve de courage. Il continuera ainsi de me donner ses petits coups qui faisaient mal, très mal à mon petit corps d’enfant. Et cela pouvait se poursuivre jusqu’à ce que je comprenne « qu’un homme ça ne pleure pas comme une femme. Ça ferme sa gueule et ça résiste à la souffrance ».

Au final, j’avais tant et si bien intégré la leçon que je n’eus plus jamais besoin de me la faire répéter. Et vous l’aurez compris :

TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ  n’est pas qu’une suite de mots. Il s’agit en effet d’une maxime qui a du sens. Une leçon de courage qui a traversé des siècles d’existence. Une philosophie qui pour ma part, a façonné le bambin que je fus, puis accompagné l’adolescent que j’ai été avant de fortifier l’homme que je suis devenu.

Je traduirais donc TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ  par : « sois fort, et ne pleure pas. Sèche tes larmes et garde ton courage. Ne laisses jamais paraître tes faiblesses et couler tes larmes. Pleure au-dedans de toi (à l’intérieur) s’il le faut, mais jamais en dehors de toi (à l’extérieur) quelles que soient les circonstances et les épreuves de ta vie. »

À l’âge de dix (10) ans environ, quand je suis devenu jeune louveteau et plus tard éclaireur, routier et chef d’unité, je fus émerveillé de découvrir dans la prière de Saint Ignace de Loyola qui est la prière scoute par excellence, la phrase suivante :

« Seigneur Jésus, apprenez-nous …à combattre sans souci des blessures, à travailler sans chercher le repos… ».

Quelle merveille !  Je venais de trouver une version chrétienne de TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ  de mon père. TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ  cette leçon de courage que papa Alphonse mon défunt père – mort alors que je n’avais que 7 ans -, n’a cessé de m’inculquer pendant les quelques petites années où il a pu guider mes petits pas.

Des blessures ? Qui n’en a donc pas eues dans sa vie. Personne. Mais il existe plusieurs manières d’y faire face et c’est ce qui fait la différence entre les hommes et les place en deux catégories:

Il  y’a ceux qui portent leurs blessures –  surtout morales – en bandoulières et parcourent toute la terre pour s’en plaindre et se lamenter, toujours en quête d’une  improbable solution miracle à leurs maux et souffrances. Bien souvent, ceux-ci finissent par en vouloir à la terre entière. Aussi peut-on les voir généralement, se plaindre de ce que tout le monde les a abandonnés et que personne ne leur vient en aide, ou même que l’on se moque d’eux au passage. Ils devraient se poser des questions.

Mais il y’a aussi ceux qui ont choisi de faire preuve de courage, de travailler au sens propre comme au sens figuré sans laisser rien paraître de leurs blessures. Ils finissent tôt ou tard par se relever.

Au séminaire, l’un de nos Pères supérieurs avait l’habitude de nous répéter : « ne croyez pas que vous êtes ici pour devenir tous des prêtres. Mon devoir à moi est plutôt d’apprendre à chacun de vous à être plus tard, quoi qu’il devienne et quoiqu’il advienne, un homme parmi les hommes, un homme au service d’autres hommes ».

Au Lycée des Martyrs où je fus le rédacteur en chef du journal « YINGO », j’ai fait mes premières expériences de la méchanceté humaine. Mais j’ai aussi appris à faire face et à vaincre l’adversité.

Je retiens du Mouvement JEC (Jeunesse Etudiant Chrétienne) dont j’étais le premier responsable de l’équipe dans le même lycée ( 1981-1982) la devise suivante :  VOIR-JUGER –AGIR. Comment donc me se taire quand il faut parler et parler quand il faut me taire ?

Dans l’armée où j’ai passé deux années de ma vie (à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature), l’une des premières choses que l’on vous apprend c’est la discipline :

«…les ordres doivent être exécutés strictement, sans hésitation, ni murmure…et la réclamation n’est permise au subordonné que lorsqu’il a obéi .»

Allez y comprendre !

TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ ! Toute une philosophie. Une  leçon de vie et de courage d’un père à son fils. Merci à toi papa Alphonse. Sois fier d’avoir semé le bon grain. Il n’est pas tombé suur un sol aride et pierreux.

Dans tout parcours de vie, il arrive qu’on offense ou soit offensé. Qu’on se fasse mal ou fasse mal à quelqu’un. Malgré ou même à cause de la douleur ressentie – d’où qu’elle vienne -, se peut-il que l’on reçoive un secours, que l’on soit accepté et accueilli avec bienveillance.

Mais si l’on devrait faire face ou l’adversité ou à la bêtise humaine ou au rejet,  et que l’on soit “bercé de hontes et d’humiliations”, pourquoi ne pas se souvenir et appliquer cette leçon ?  TÔ- KÂ-YÖ BË-MÖ  en effet, apprend à savoir se relever quatre fois si l’on est tombé trois fois de suite, à se redresser et à marcher toujours la tête haute si l’on veut vivre et mourir debout.

En définitive : « La vie est une école, pour tout homme et toute femme. Ecole exigeante et difficile, mais en fin de compte pleine de sagesse. Certain se laissent éduquer avec confiance et docilité, et progressent beaucoup. D’autres s’enferment dans des révoltes et des amertumes… mystère de la liberté humaine. »

GJK-Guy José KOSSA

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1 COMMENTAIRE

  1. Salut grand frère, merci pour ce message de courage. Je ne me lasse jamais devant tes écrits, c’est ça la plume de l’Elève Certifié du Village Guitilitimo, souvenir de l’Association ‘é lè songo’ à l’époque SICA 2, bon courage.
    Gakpé Omer

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