POÈME: QUI ES-TU, TOI QUI TUE ?

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Un matin de début de saison sèche,
Après que le feu de bois qui me réchauffe
Ait perdu sa capacité de produire la chaleur,
Je lui ai tourné le dos pour regarder
En direction du soleil, qui, ce jour-là,
Me couvre de sa lumière sans me réchauffer.
Ce n’est pas le soleil d’Afrique que mes ancêtres ont connu.
Qui es-tu, toi qui me tues au lieu de me réchauffer ?

Un silence me parle sans dire son nom :
« Je suis au courant de beaucoup de choses.
Vous ne vous aimez pas. Vous vous entretuez ».

Je n’ai jamais tué personne. Je ne sais pas ce que tu dis.
« Tu dois être SELEKA ou ANTI-BALLE AK ».
Moi, que tu vois, je ne suis ni l’un ni l’autre.
J’ai entendu parler de ces groupes qui, ni l’un, ni l’autre,
Ne me dit pas clairement ce qu’il veut pour mon bien-être.

Mets-moi avec eux, en leur milieu, si tu veux,
Un SELEKA à ma droite, un ANTI-BALLE AK à ma gauche.
Tu verras qu’ils ont des traits communs et, qu’aucun d’eux ne me ressemble.
Ils ont des mains charnues et rouges ; certainement colorées par du sang.
Mes mains, elles sont maigres, pâles et molles du manque de sang.
Ils ont des joues rondes, des lèvres luisantes de la graisse des butins journaliers.
Moi, j’ai la mâchoire à peine couverte de peau plissée, des lèvres sèches et écaillées.
Ils ont des yeux avars. Les miens, si creux, ne peuvent voir la mort qui me guette.

Ils se disent musulmans ou chrétiens ;
Ils portent tous de longs couteaux,
Des Machettes, hâches et fusils.
Ils m’ont abandonné avec le Coran
A la mosquée et avec la Bible à l’Eglise.
Ils font danser leurs victimes qui tombent
Les uns après les autres, voire les uns sur les autres.
Moi, je pleure le jour qui verra mon tour arrivé.

« Mais que pourrais-je dire de toi,
Toi qui n’es ni l’un, ni l’autre ? »

Pourquoi veux-tu dire quelque chose de moi ?
Et qu’est-ce que tu veux dire de moi ?
Dire que je suis musulman et donc une proie pour les ANTI-BALLE AK
Ou que je suis chrétien et m’exposer aux SELEKA ?
Désormais, je sais QUI TU ES, TOI QUI TUE et qui va me tuer.
Madame LA PRESSE, toi, tu peux me sauver au lieu de me tuer.

Laisse-moi te dire ce que je veux que tu dises de moi.
Dis à mon frère le musulman que je lui pardonne tout
Et que je lui demande pardon pour tout.
Dis la même chose à mon frère, le chrétien qui attend
Que je lui dise que, moi aussi, je lui pardonne tout
Et que je lui demande pardon pour tout.

Madame LA PRESSE, je t’en prie, permets moi de vivre en paix
En parlant plutôt de paix que ce qui me pousse à la vengeance.

Pascal TONGAMBA
L’homme aux cheveux blancs

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