CVG-01 : LETTRE A MA SŒUR ELUE PRESIDENTE DE TRANSITION

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Village Guitilitimô,  le 22 janvier 2014

Chère Cadette,

Dans  la lettre  du 14 janvier 2014,  envoyée à mon frère, candidat à la présidentielle de transition, j’avais souhaité l’élection d’une femme. J’avais aussi promis que j’écrirai au vainqueur quel qu’il soit. C’est toi la Présidente élue. Je m’en réjouis.  Après les cris de joie et les danses pour fêter ta victoire, tous les gens de notre village encore vivants, ont tenu hier une grande réunion,  sous l’arbre à palabre improvisé dans la brousse où nous sommes encore cachés,  pour fuir les Séleka et les Antibalaka. Le patriarche, vieux  MBI-NA-ALA MIDOWA, présidait cette réunion. Unanimement, au nom et pour le peuple Centrafricain, nous avons voulu t’adresser notre  message que voici,  résumé en quelques points :

1.   Nous avons appris que ta maison ne désemplit plus depuis le 20 janvier 2014. Le nombre de tes parents, beaux-parents, amis, et connaissances a subitement dépassé la moitié de la population du pays. Ne néglige personne. Mais,  méfies-toi de tout le monde. Surtout tante SIONI-YANGA alias « C’EST-NOTRE-TOUR » qui s’est déjà imposée comme Gouvernante. De même, éloignes de toi, oncle GANATÊNÊ arrivé précipitamment d’Europe pour la première fois depuis 30 ans,  avec un sac rempli de diplômes. Remarque et vois cependant : la terre continue de tourner; les jours et les nuits se succèdent; les saisons, la lune, les étoiles et le grand vent qui balaie, eux, ne sont pas venus se prosterner devant toi. Garde ton courage et reste donc lucide si tu ne souhaites pas te perdre comme tes prédécesseurs.

2.   Nous pensons beaucoup au désarmement. On en parle depuis des années. Profite de la présence des troupes de la MISCA et SANGARIS. Ces militaires ne sont pas là pour profiter seulement de l’ambiance banguisseoise des « nganda » et des boîtes de nuit chaudes, pour nous abandonner, en partant, plein de métis. Donnes-leur suffisamment du travail et surtout appuies- toi sur tes enfants des FACA, nos frères, qui connaissent bien le terrain. Quant aux autres qui ne parlent ni sango, ni français, et de plus,  n’ont ni acte de naissance, ni numéro matricule, Chère Cadette, sois ferme: renvoies-les sur la terre de leurs ancêtres qu’ils ont déserté. Tant pis si leurs parents et parrains ne veulent plus d’eux parce qu’ils sont très dangereux.

3.   S’agissant des organes de transition, nous te faisons quelques propositions : Plus jamais de GUN (Gouvernement d’ Union Nationale). Plus question de se partager la R.C.A. comme un gâteau. Parlons par exemple d’un GRED: Gouvernement pour la Restauration de l’Etat de Droit, qui est bien ta seule raison d’être. Si tu le peux, enlèves-nous leur histoire de CNT et tous ses fainéants de Conseillers. Convoque rapidement une assise pour mettre en place un parlement qu’on baptisera d’un nouveau nom. Surtout ne te tourmentes pas de savoir si les « accords de Libreville » sont bons, caducs, ou  à réviser. Occupes-toi seulement de les ajuster chaque fois que nécessaire, avec l’accord de la majorité des gens. Que penses-tu d’une Commission Vérité et Education Civique (CVEC) ? On peut confier ça aux religieux qui ont beaucoup travaillé. La Haute Cour Constitutionnelle,  et l’Agence Nationale pour les Elections (ANE) existent  déjà, et c’est bon.

4.   Pour la Réconciliation, construis d’abord de solides prisons. La suite, on  verra. Ceux qui ont tué, cherchent toujours à connaître leur sort. Ne te presse pas. Prends le temps d’observer les choses et vas à ton rythme.

5.   Pense à remettre tout le monde au travail: toutes les administrations, le privé, les sociétés, les « boubanguérés », les commerçants, les écoles…

6.   Retourner dans nos villages est le souhait de tous: mais  plus de maisons, de champs, de magasins. Comment faire ?

7.   Le peuple centrafricain souffre  de faim, de soif, de maladies, et manque de tout; vas-tu le laisser mourir ?

8.   Quant au pouvoir, s’il te plaît Chère Cadette, pense nuit et jour à le remettre dignement, le moment venu, à un successeur bien élu. Ne t’accroches pas et tu ne connaîtras pas l’exil à la prison de Cotonou.

Chère Sœur, nous avons encore, au nom de tous les Centrafricains, beaucoup de choses à te demander, à te souhaiter et à te conseiller. Pour le moment, mets-toi au travail. Tu sais, nous les villageois, nous connaissons plein de choses et sommes capables de vous aider, vous de la ville. Mais seulement, à cause de tous les livres qui remplissent vos grosses têtes, vous commettez également beaucoup de grosses erreurs, qui provoquent finalement de grosses pertes pour nous, pauvres paysans. Parce que vous ne voulez jamais nous écouter.

Tout le village te salue. Le patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA se demande si tu te souviens encore de ses photos des  guerres de Bir Hakeim, Indochine, et Viêt-Nam. Il porte toujours ses 54 médailles, et garde encore son fusil de marque « Bandaguikwa » (Ga-na-pondé), grâce auquel il a réussi à chasser les premiers malfrats et criminels de Séléka, avant les vandales Antibalaka. Il jure sur la tête de tous ses enfants massacrés, et  au nom de  la République, qu’il peut te faire des plans de combat, basés sur sa formation militaire de base (FCB) reçu des vrais blancs. Pour lui, le désarmement demeure la priorité des priorités des priorités des priorités si tu veux réussir.

Portes- toi  bien Sœur Cadette. Encore et encore et encore bonne chance.

Président de séance: MBI-NA-ALA MIDOWA – Le Patriarche

Secrétariat assuré par:
Guy José KOSSA
GJK – L’Élève Certifié

De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

Toutes les Chroniques du village Guitilitimô, ici    

                                                                                                                                                                                                                                           

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