CVG-02 : TANTE « C’EST-NOTRE-TOUR » ET ONCLE GANATËNË A L’AFFÛT

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La nuit dernière, Béka le pygmée, est arrivé à notre campement de fortune, avec une surprenante délégation, composée de: Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour », son mari TEKA-MÖ-TÊGUE, leurs deux enfants jumeaux WARA-MÔ-TÊ et WARA-MÔ-YON et oncle GANATÊNÊ alias « Mille Diplômes ». Cela faisait des dizaines d’années qu’aucune de ces personnes, n’avaient plus remis les pieds au village. Ils trouvèrent en arrivant, assis au coin du feu  à demi éteint où ils veillaient en se rechauffant, le patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA, armé de son fusil de marque « Bandaguikwa », et le jeune KPARAKONGO, muni de son arc « Kpe-mbi Kpo-mo ». Tous les autres villageois étaient endormis.

 A peine les salutations d’usage adressées, Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour », chuchota rapidement quelques mots aux oreilles du patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA. A son tour, ce dernier fit signe  au jeune KPARAKONGO qui le suivit immédiatement. Tout le monde fit autant, et la petite assemblée, se dirigea vers un endroit un peu éloigné du campement, où elle prit place sous un arbre, à l’abri du regard et des oreilles, de ceux des  villageois, qui ne seraient endormis que d’un œil. Comme chacune des personnes venues, semblait pressée de repartir aussitôt, le patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA, s’adressa aux hommes du groupe arrivé de Bangui, leur demandant d’exposer, l’objet de leur visite inattendue, en pleine forêt, à une heure si reculée de la nuit. Cependant, Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour », toujours elle, après avoir ordonné à son mari le taciturne TEKA-MÖ-TÊGUE de se taire, arracha la parole à oncle GANATÊNÊ alias « Mille Diplômes ». Elle se mit à expliquer avec emphase et la voix tremblante, le but de leur déplacement improvisé. A la croire,  l’enjeu de cette visite était d’importance capitale, pour la famille proche, la famille éloignée, tous les parents, les beaux-parents, les amis et connaissances d’hier et d’aujourd’hui, de la Présidente tout juste élue, MACATHY. Elle poursuivit son discours en ces termes :

« Papa, papa, je te dis, l’heure est grave. Ta fille, ta Présidente de fille, ma cadette, ma chère cadette, ma MACATHY adorée, que j’ai portée et lavée, elle qui a pissé sur moi; MACATHY que j’ai élevée et envoyée à l’école à Bangui, puis en France ; tu te souviens, quand  mon mari que tu vois ici, était encore magasinier chez Moura & Gouveia puis Coton Tchad et ONCPA ( Officie nationale de Commercialisation des produits Agricole), Caissier à Printania puis Dias&Frères, Receveur à SOTRECA (Société des Transports Routiers En Centrafrique) puis au TUEP( Transport Urbain Edouard Pacheco), avant de terminer commis à ICCA ( Industrie Cotonnière de Centrafrique) après avoir travaillé à Ponteco et chez Michelin;  MACATHY, ta fille, je te dis est en train de perdre la tête et il sera trop tard si tu ne fais rien. Tu sais Papa, ce qu’elle vient de commettre comme crime ? Nommer un premier ministre (PM) que je ne lui ai pas moi-même présenté. Un PM qui n’est pas de la grande famille; un PM qui n’appartient même pas au groupe de mes amis de l’AFDT (Alliance pour la Fabrique de la Démocratie à Tartiner); un PM je te jure, qui sera un grand empêcheur de « manger en rond », de s’engraisser à volonté, et de s’enrichir en paix! Je ne  te cache pas. Tu vois Papa, si tu ne fais rien, à 70 ans, les espoirs et les derniers rêves de FVVA (Femmes Villas Voitures Argent), de mon bordel de mari TEKA-MÖ-TÊGUE, vont s’évaporer maintenant et son cœur cesser de battre définitivement. Que dire alors de l’oncle de mes enfants, GANATÊNÊ alias « Mille Diplômes »? Ce PM, je dois te dire la vérité, le connaît bien. Ce PM l’a souvent croisé en France, toujours à moitié ivre; GANATÊNÊ n’a fait que galérer là-bas, tantôt traîné par les  femmes,  tantôt par de gros chiens que les blancs lui donnaient pour faire son boulot de gardien, quelque part vers la Gare du Nord. En plus,  GANATÊNÊ  que tu vois, m’a avoué que ses fameux diplômes, ses mille diplômes,  ne sont en réalité que  des attestations de ce qu’ils appellent en France Pôle Emploi, AFPA ou Cours à distance de deux, trois, 6 mois, jamais une année. GANATÊNÊ, qui a maintenant 50 ans passés, n’a jamais vraiment travaillé. Lui, espérait enfin  être Ministre des Mines, comme DOUTINGAÏ et DJONO AHABA, puisqu’il semble que c’est le portefeuille réservé aux neveux, frères ou oncles. Voilà que MACATHY va le tuer ! Que dire de mes enfants qui sont les propres enfants de MACATHY ? Que vont devenir mes jumeaux WARA-MÔ-TÊet WARA-MÔ-YON avec un tel PM ? Ils ne pourront plus ouvrir eux aussi leurs bars et boîtes de nuit, organiser des kermesses, et construire des villas ! Ils ne pourront plus faire tranquillement des trafics de diamants, or et autres matières précieuses, ainsi que faire venir des voitures d’occasion et des camions de marchandises, sans payer la  Douane, tout  comme leurs prédécesseurs.  Plus de grands éleveurs et de  libanais à leur botte, ni de « doungourous », ces  hommes à tout faire, taillables et corvéables à merci, pour les suivre partout; plus de voyages à travers le monde aux frais de l’Etat, en première classe, salon d’honneur et passeports diplomatiques assurés ;  des nuits dans des hôtels 5 étoiles, des placements de fonds pour nous,  dans de grandes banques en Suisse et des paradis fiscaux; et  leurs hommes d’affaires à eux, qu’ils s’apprêtent à faire venir, lesquels devraient s’accaparer tous les marchés de l’Etat , et surtout changer tous les passeports centrafricains actuels, que les fils d’un ancien Président continuent toujours de vendre dans le monde entier ! Papa, MACATHY veut nous tuer. Je ne parle même pas des enfants de notre village qui devaient tous être des officiers militaires avant même d’être engagés dans l’armée, et faire partie de la garde présidentielle pour la protéger. Je n’ose même pas parler de mon travail de Gouvernante et Reine du palais que je suis en train de perdre. Et les autres jeunes sœurs Papa ! Tu sais, depuis l’élection de MACATHY, on les appelle de partout. Même leurs maris et copains qui avaient déserté, reviennent en courant, ou cherchent à revenir aux côtés de nos  jeunes cadettes. Ce n’est pas bon ça ? Certains sont déjà à leur service, et d’autres les comblent  à longueur de journées de SMS où on peut lire, « ma chérie, mon bb, mon cœur, ma biche, je ne pense qu’à toi, femme de ma vie, doudou… ». Je te dis Papa, toutes nos sœurs, même les éternelles célibataires ménopausées, ont  trouvé depuis une semaine queMACATHY est élue, des maris avec qui elles feront enfin le mémorable mariage à la mairie, et vivront  à l’étranger les nuits de noces tant rêvées. Elles en mettront plein les yeux de tous ceux qui les croyaient finies. Non ! non ! non Papa ! MACATHY avec son caractère là, est en train de tout gâter. Papa, c’est ta fille, c’est notre sœur, il faut demander à ton sorcier personnel et à ton pygmée guérisseur,  de la travailler très vite. »

Après un petit moment de silence, Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour » conclut avec ces mots. «  Surtout Papa, ne dit à personne que tu nous as vus ici hein,  s’il te plaît. Je ne t’ai rien dit non plus Papa».

Le patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA, toujours armé de son fusil de marque « Bandaguikwa », suivait   sans broncher le récit de sa fille, Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour ». Ayant demandé à toute la délégation de Bangui de ne pas bouger de là où elle se trouvait,  il fit signe de la tête,  pour dire de le suivre,   au jeune KPARAKONGO qui ne se séparait jamais de son arc « Kpe-mbi Kpo-mo ». Peu de temps après, les deux villageois, rejoignirent la petite assemblée restée toujours au même endroit. Et le patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA, de sa voix sereine et monocorde, de s’adresser à sa fille, Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour » et aux autres, en ces termes :

Qu’avez-vous donc amené aux gens du village ?

Trois paquets de cigarettes. Mais nous reviendrons après nos nominations.

Comme d’habitude. Mais qu’à cela ne tienne, prenez ce bidon de 5 litres. S’y trouve un liquide sacré. Dans ce sachet, se trouvent emballées des feuilles prodigieuses. Quant à  l’autre sachet, il contient une poudre magique. Chaque jour, matin, midi et soir, que chacun de vous se serve un demi verre du liquide, mâche une de ces feuilles, et suce un doigt de cette poudre. N’en donnez surtout pas à MACATHY et à personne d’autre, sinon ces produits perdront tout de leur pouvoir surnaturel. Ainsi donc, au fur  et à mesure que vous les prendrez, vous brillerez aux yeux de  MACATHY avec éclat. Elle ne pourra plus rien faire, et plus  rien décider sans votre avis. Vous ferez tout ce que bon vous semble, et toute la République aura beau parler, ses oreilles n’entendront que vos voix et ses yeux ne regarderont qu’à travers vos yeux. Revenez nous voir rapidement, pour nous annoncer les bonnes nouvelles qui vous attendent déjà.

A peine le patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA a-t-il fini de parler, que Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour », et toute sa délégation, se saisirent de leurs précieux colis, et reprirent sans plus tarder le chemin de Bangui en oubliant presque de dire merci et au-revoir à ceux qui les avaient si bien reçus et traités. Ils ne voulaient pas que les autres villageois les aperçoivent, et surtout, ils étaient pressés d’arriver dans la capitale avant le lever du jour. De plus, il faut faire vite et commencer le fameux traitement magique du patriarche, vieux MBI-NA-ALA-MIDOWA, à cause de l’imminence de la désignation des membres du gouvernement, et des autres grandes nominations qui ne devraient pas tarder de suivre. Curieusement, oncle GANATÊNÊ alias « Mille Diplômes », malgré plus de 30 ans passés dans le pays des blancs, était le plus enchanté et celui qui croyait encore plus dur que tout le monde, au pouvoir des sorciers traditionnels et leurs sacrés médicaments à ingurgiter. Ce que tous les membres de la délégation venue de Bangui  ignoraient, c’est qu’ils transportaient avec eux, cinq litres d’urine aseptisée et rendue inodore  grâce aux noix sauvages qui y sont contenues; un sachet de feuilles de quiquéliba, qui sert de nourriture aux villageois cachés en brousse; un autre sachet enfin, contenant en fait, de la poudre salée  de charbon de bois, traditionnellement utilisée en guise de pâte dentifrice. Heureusement pour eux, tous ces produits dont ils allaient se « gaver » au moins pendant une semaine,  ne contiennent guère de poison mortelle pour l’homme.

Si Tante SIONI-YANGA alias « C’est-Notre-Tour » et les autres reçoivent leurs nominations tant espérées et attendues au Gouvernement ou ailleurs, ce sera tant mieux pour eux. Dans le cas contraire, personne ne s’en doute ici au village, ils reviendront encore et encore, mais toujours les mains vides et la bouche pleine de promesses, pour faire procéder à l’enterrement, des cabris, des chèvres et autres poulets vivants ; se oindre d’huile puante, boire d’autres potions magiques, ou plonger à l’aube, nus, dans le petit marigot boueux du village ; tout ceci, pour l’honneur, le pouvoir et l’argent, aussi longtemps  que durera  la Transition, et que MACATHYsera au pouvoir.

Cette chronique une fois lue,  qui vous a dit que les villageois étaient aussi naïfs et bêtes que vous continuez de le croire  en ville?

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GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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