RCA: L’UNITE SERA NOTRE FORCE

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Par Alain LAMESSI

Il y a deux ou trois certitudes et quelques évidences dont on ne peut raisonnablement faire l’économie toutes les fois qu’on veut disserter sur l’avenir immédiat ou non de la République centrafricaine.

  • Première certitude : Les spécialistes sont on ne peut plus formels. Pour un Etat fragile, malgré l’importance de l’assistance de la communauté internationale ainsi que les grands investissements des ONG, le risque de rechute dans la crise est très élevé si des actions vigoureuses et audacieuses ne sont pas entreprises par le Gouvernement en place dans le but de promouvoir la résilience, dans les dix années qui suivent la crise précédente.

Voilà ce qui explique la répétition des crises qui interviennent fatidiquement en République centrafricaine à intervalles quasi réguliers. Ce que Rainaldi SIOKE a qualifié de « malédiction des dix ans ».

Sans vouloir être un prophète de malheur, je puis dire sans risque de me tromper que si rien n’est fait de manière à réorienter le cours de l’histoire, la République centrafricaine connaîtra, dans les dix ou quinze années à venir, la même crise que celle qu’elle vit aujourd’hui mais avec beaucoup plus de virulence et d’intensité.

  • Deuxième certitude : Dans un pays, comme la République centrafricaine, lorsque le niveau du développement démocratique est plus élevé que le niveau du développement économique, il y a de fortes chances de tomber dans l’anarchie.

Il y a un parallélisme évident entre développement économique et développement démocratique. A la vérité, le développement économique doit précéder le développement démocratique sans trop le distancer. Dans le cas de la République centrafricaine, force est de reconnaître qu’il n’y a jamais eu ni développement économique, ni développement démocratique. Par conséquent, l’anarchie n’y est que trop grande. Elle s’est installée dans tous les compartiments de la vie sociale avec la déliquescence de l’Etat, une augmentation exponentielle de la justice populaire, des barrières illégales, des braquages, etc.

L’erreur a été de nous imposer la démocratie multipartiste, dans la pure tradition de l’ethnocentrisme occidental orgueilleux, inauguré depuis le XIXe siècle avec le tristement célèbre GOBINEAU, théoricien des inégalités des races, soit dit en passant. En effet, dans la grande euphorie du discours de la Baule, on a soit disant démocratisé la République centrafricaine en copiant et collant purement et simplement sans réflexion, ni discernement, par pure paresse intellectuelle regrettable, la constitution de la 5ème République française oubliant au passage toutes les étapes historiques qu’a dû franchir le peuple français pour en arriver là. Nous avons fait fi de notre culture, de notre histoire et de nos faiblesses intrinsèques. Pour tout dire, la démocratie en République centrafricaine n’a jamais été qu’une réalité artificielle et plaquée sur une tradition antagoniste. Elle n’a jamais été ni digérée, ni métabolisée par le corps social. C’est une démocratie de façade où il n’existe ni opinion publique, ni groupes de pression.

  • Troisième certitude : La force d’un pays réside dans la conjugaison des forces individuelles et collectives de tous les fils et de toutes les filles du pays. Le leadership doit être en mesure de se surpasser pour mettre en synergie toutes les forces parfois contradictoires pour atteindre l’objectif commun du développement national. Encore faut-il définir un objectif commun accepté par tous.

Aucun pays au monde, quelle que soit sa bonne volonté, ne viendra développer la République centrafricaine à la place du peuple centrafricain lui-même. C’est une responsabilité qui incombe exclusivement au peuple centrafricain. Il y a des responsabilités qui ne délèguent pas. Si j’ai faim, je dois manger. C’est une responsabilité individuelle. Je ne peux demander ni à mon père, ni à ma mère, ni à mes frères ou sœurs, encore moins à mon ami de manger à ma place.

Dans ce monde de loups affamés aux crocs aiguisés où le plus faible est écrasé sans pitié aucune, où l’égoïsme est la règle et l’intérêt personnel le fondement, ceux qui se proclament nos amis aujourd’hui peuvent ne plus l’être demain pour peu que leurs intérêts deviennent divergents aux nôtres. Alors nous ne pouvons que compter sur notre propre force. S’il y a des amis qui, dans leurs propres intérêts, veulent bien nous aider, c’est tant mieux.

A toutes ces certitudes que nous venons d’évoquer, il faut ajouter quelques évidences simples, dans le secret espoir de faire prendre conscience à plus d’un du véritable enjeu de la reconstruction nationale en République centrafricaine.

Tout d’abord les velléités sécessionnistes que nous avons combattues et que nous combattrons de toutes nos forces quoiqu’il advienne, ne sont jamais définitivement écartées. Les chantres de cet anachronisme mortifère, même si tactiquement ils se déclarent comme faisant partie de la République, se vantent publiquement de leurs grandes capacités de nuisance restées intactes et qu’ils n’ont pas hésité de surenchérir entre-temps. Voilà au moins qui a le mérite de la clarté.

Ensuite, les démons de la division sont toujours présents et vivaces. Les mauvais esprits du clanisme, du tribalisme et du régionalisme ne sont guère exorcisés. Chassés le matin, les voilà déjà revenus au galop à midi. Ils sont tous là, avec leurs gros yeux de charognards, leurs cornes de bêtes féroces et leurs queues fourchues, prêts à prendre possession des esprits faibles. Ils sont aujourd’hui sept fois plus dangereux en République centrafricaine parce qu’aucune force contraire n’a été élevée pour les contrer et les mettre définitivement hors d’état de nuire. Et ces démons empruntent aisément la voix et la plume de certains pseudo-intellectuels qui déversent leurs vomissures à longueur de journée sur les réseaux sociaux. Il n’est pas exagéré de penser que la multiplication des candidatures à l’élection présidentielle prochaine va leur donner du grain à moudre et faciliter ainsi leur sale besogne de division.

La division des centrafricains a conduit la République centrafricaine au chaos. Il est temps d’emprunter la seule voie de sagesse qui compte : Unité, unité et unité.

L’unité n’est pas une fin en soi. C’est un moyen stratégique pour atteindre les objectifs communs de la reconstruction nationale.

L’unité, n’est pas une option mais une obligation pour ne pas disparaître dans ce monde où les plus faibles sont écrasés sans pitié par les plus forts.

L’unité, c’est la condition pour être enfin maîtres dans notre propre pays et propriétaires de nos propres richesses.

L’unité, c’est le présent et l’avenir de nos enfants. L’unité, c’est la vie et le progrès de la nation.

La stratégie de l’unité est de loin meilleure à la stratégie de la division qui a prévalu ces dernières années. Elle oblige à dépasser les clivages artificiels et sectaires, à surmonter les égoïsmes partisans et ethniques, à considérer le peuple centrafricain comme un et indivisible. Notre force dépend en définitive de notre capacité à nous unir. Comme par le passé la division a tété notre faiblesse, l’unité sera notre force dans l’avenir immédiat ou lointain.

Alain LAMESSI

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