L’ŒIL DE L’HISTOIRE : BARTHÉLÉMY BOGANDA ENCORE ET TOUJOURS

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Barthélémy Boganda, Image rare

Par GJK

Il m’arrive souvent de réfléchir et de conclure – au risque d’avoir raison -, que ceux qui voulaient la peau du Président fondateur de la RCA, ne voulaient pas à vrai dire, uniquement et seulement le liquider physiquement, le faire disparaître définitivement. Avec lui, les commanditaires et meurtriers de Barthélémy Boganda, étaient plus que résolus, à tuer aussi son ESPRIT et sa PENSÉE, mais plus encore, à effacer toutes les empreintes, toutes les marques, toutes les traces et les moindres SOUVENIRS, bref, TOUT ce qui aurait pu ou peut encore permettre de perpétuer la MÉMOIRE de l’Homme, et rappeler que ce GRAND AFRICAIN du XXème siècle était un CENTRAFRICAIN, qu’il a existé et qu’il a vécu ce que vivent les Grands Hommes de ce monde.

Premier point : Physiquement, Barthélémy Boganda est mort et bien mort. Et même s’il n’était pas mort ce jour fatidique du 29 mars 1959 dans l’attentat de l’avion qui le transportait de Berbérati à Bangui ; s’il avait survécu et continué à vivre encore des années après, il serait toujours bien mort aujourd’hui parce qu’au-delà et en deçà de tout, Boganda était mortel, une poussière de créature, prédestiné à redevenir poussière. Lui, le prêtre qui à maintes occasions déclara ne pas avoir peur de la mort, le savait mieux que quiconque. Donc, Boganda le mortel devait mourir un jour ou l’autre, il est mort ce jour-là, il serait mort un autre jour qu’il serait toujours mort.

Toutes les théories du complot, toutes les hypothèses d’école, toutes les élucubrations fantaisistes ainsi que les coquetteries intellectuelles et politiciennes sur la mort de Boganda, ne satisfont que leurs auteurs et ceux qui ont du temps à perdre. Elles  ne ramèneront plus jamais le mort à la vie.

En revanche, et c’est ce qui vaut la peine d’être retenu,  Boganda est mort, mais il est mort prématurément, parce qu’en somme,  les « maîtres du monde » avait estimé que c’était un possédé, un démon, un dangereux agitateur.  Et l’on décréta en secret, comme pour Jésus, qu’il ne méritait plus de vivre. Il faut le tuer.

Cependant avant de rendre  son âme aussi pure qu’il l’a reçue à Dieu le Père, Boganda prit une feuille, il la bénit, et les yeux levés au ciel, il laissa couler l’encre de sa plus belle plume, pour écrire ces mots  en guise de testament :

« Monsieur le ministre des Affaires administratives, on ne doit jamais réveiller un chat qui dort. Un Journal colonialiste a publié le mois dernier un article dans lequel il est dit en toutes lettres ” le malin, c’est-à-dire le démon qui semblait avoir quitté Boganda, l’a repris “. Je suis donc un possédé et je le reconnais. Des fonctionnaires de la rue Oudinot m’ont traité d’antéchrist, ils ne savent pas eux-mêmes ce que cela signifie (…). Je suis donc un possédé et je m’en félicite car c’est là ma force. Mais toute la question est de savoir quel est l’esprit qui me possède(…). Je suis possédé, hanté par l’esprit de celui qui a déclaré : On reconnaîtra que vous êtes mes disciples quand vous vous aimerez les uns les autres. Je suis hanté par l’esprit des Français de 1789 qui ont proclamé Liberté- Égalite-Fraternité. Je suis hanté par l’esprit des Pères de l’Eglise qui ont déclaré : Omnes pariter nascunttur-Omnes et egaliter moriuntur ».

Pour résumer et conclure sur ce premier point, quoi de mieux que de redonner la parole une fois de plus à Boganda lui-même, dont la plume flamboyante a quelque part tracé encore ces mots que voici, et qui parlent au cœur et à l’esprit :

«… toutes les grandes vérités ont eu leurs apôtres, les grandes doctrines leurs martyrs. »

Boganda aura vécu en apôtre, il est mort en martyr pour la RCA.

Deuxième point : Les commanditaires et les assassins de Boganda, étaient, et restent déterminés à tuer son esprit et sa pensée.

Convenons-en tout d’abord. Quel intellectuel et homme d’état africain, fut le premier à émettre et à défendre l’idée de l’UNITÉ AFRICAINE, à parler des Etats-Unis d’Afrique ? Que l’on ne me cite pas surtout Kwame Nkrumah le père de l’indépendance Ghanéenne.

Mais bon sang de bon Dieu, pourquoi refuse-ton de reconnaître et de rendre à Boganda ce qui est à Boganda et de donner à Nkrumah la part, si minime soit –elle, qui lui revient ? Pourquoi nulle part depuis la création de l’OUA – Organisation de l’Unité Africaine -, et la naissance de l’UA – Union Africaine -, personne ne se bat pour que Boganda soit reconnu comme l’un des penseurs et pères fondateurs de cette organisation ?

Qu’on se le dise : Il ne s’agit évidemment pas ici, de chercher les causes de tous les malheurs de la RCA à l’extérieur de ce pays. Les assassins étrangers, savent compter sur leurs complices et valets locaux. C’est ce que veut dire d’ailleurs Jean- Dominique Pénel, auteur de « BARTHELEMY BOGANDA – Écrits et Discours », quand il souligne dans l’introduction à son livre:

« Boganda est donc une référence obligée, mais une référence vide de son sens originel, c’est-à-dire vidée de son sens premier parce que les hommes politiques ont, à des fins de stratégies personnelles, transformé, déformé la pensée de Boganda afin de lui faire signifier autre chose que ce qu’il avait dit…Voilà le constat paradoxal auquel aboutit l’observateur… »

L’on ne saurait dire mieux.

Et qu’on n’aille pas croire et conclure à la responsabilité du seul Bokassa le dictateur honni. Alors, je pose la question suivante :  de tous ceux qui ont occupé le fauteuil de Président de la République centrafricaine, peut-on en trouver un, un seul seulement, qui ait fait quoique ce soit, pour se laver de cette accusation et de cet opprobre de non promotion des idées et de la philosophie de Barthélémy Boganda, ne fut-ce qu’en lui rendant l’hommage qu’il mérite ?

Troisième point : Quels SOUVENIRS restent-ils de Boganda ?

Même pas une vingtaine de Photos.

Tenez !

Prenez le temps et donnez-vous la peine de réunir toutes les photos de Boganda qui circulent. La première chose qui frappe, c’est que ce sont les mêmes qui circulent depuis plus de cinquante ans.

Alors ! Comment comprendre et accepter que du premier Prêtre Oubanguien, premier Député-maire de l’Oubangui-Chari, Parlementaire français, Président du Grand-Conseil de l’AEF, premier Chef du Gouvernement de la République centrafricaine et j’en passe, comment accepter et comprendre dis-je, qu’on ait si peu de photos, de bandes sonores et aucun film animé ?

Quel outrage et déshonneur ! Encore et surtout – comparaison n’est pas raison -, quand par curiosité, il suffit de se rendre sur internet et de cliquer sur les noms des contemporains et autres collègues de Barthélémy Boganda, pour que l’on soit envahi d’informations et de documents. C’est notamment le cas pour : Fulbert Youlou du Congo, Léon Mba du Gabon, Kasa-vubu ou Lumumba du Congo Kinshasa, Houphouet Boigny de la Côte d’Ivoire, Sédar Senghor du Sénégal, Sékou-Touré de la Guinée, Hamani Diori du Niger, Modibo Keïta du Mali…pour ne citer que ceux-là.

Á moins d’être d’une mauvaise foi à faire fondre la terre entière, nul ne peut convaincre qui que ce soit que Boganda ne valait rien comparé à ses homologues,  et donc qu’il aura vécu et lutté pour rien !

Dites! Pour quel bénéficie a-t-on vendu les anciens locaux de l’ambassade de la RCA à Paris, propriété personnelle de feu Barthélémy Boganda, qui en avait fait don au pays pour lequel il est mort? Avait-on vraiment besoin d’en arriver à ce point de déshonneur pour manifester sa détestation de l’homme? Qu’a-t-il fait pour mériter toute cette ingratitude?

Quant à tous nos compatriotes dont le combat consiste à contester pour contester, critiquer pour critiquer, rejeter sans nuances pour rejeter, à blâmer sans examen sérieux et sans analyse approfondie l’Homme Bathélémy Boganda et son œuvre, je dis simplement : c’est bien là un combat vain, un combat perdu d’avance. Car l’Histoire,  et nous y sommes, se charge déjà et se chargera  de plus en plus, de redonner au Fondateur de la RCA toute sa place, et de hisser le Grand homme politique qu’il fut, au rang de tous ceux qui sont reconnus et célébrés par l’Afrique et dans le monde.

Pour conclure définitivement, qu’il me soit permis de paraphraser et de ramener pour la circonstance à Barthélémy Boganda, ces lignes d’un grand éditorialiste africain, qui a rendu il n’y a pas longtemps, un vibrant hommage à un homme politique, mieux, à ce que l’on appelle « une intelligence supérieure » de son pays, décédé récemment.

« Dans la vie des hommes et des nations, il arrive un moment où même les rancœurs les plus tenaces, à défaut de s’éteindre, doivent se taire, pour laisser place à ce qui reste pour toujours. À ce qui doit rester à jamais : l’essentiel. Et ce qui tient de l’essence, ici, c’est l’amour de la patrie. Ce n’est pas dire qu’en 50 ans sur terre, Barthélémy Boganda aura été irréprochable chaque jour de sa vie. Que les héros parfaits s’avancent donc, pour lui jeter la première pierre ! À quoi résume-t-on la vie d’un homme public, sinon à l’essentiel ? Quel Centrafricain n’a, un jour ou l’autre, senti sa fibre patriotique vibrer, en lisant ou en écoutant Boganda dans une de ses fulgurances dont le rayonnement ne pouvait que rejaillir sur son pays, sur son peuple ? »

Barthélémy Boganda a vécu.

GJK- Guy José KOSSA

 

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