LE NATIONALISME ET LA GRANDEUR DE BOGANDA ONT-ILS TUE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ?

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Par Adolphe PAKOUA

Ce qui arrive aujourd’hui à la République centrafricaine est un épisode qui donne la chair de poule à tous ceux qui ont vécu dans ce pays ou qui y ont passé un long séjour pour le connaître et l’apprécier.

C’est la péripétie d’une histoire qui vous fait passer des ténèbres de la colonisation, à l’espoir d’un avenir lumineux, la péripétie de l’histoire d’un homme éclairé, qui vous fait passer de la lumière, aux profondeurs du gouffre creusé par ceux qui étaient censés perpétuer cette lumière sur leur contrée. Quel paradoxe !

Boganda est né à un moment où la plupart de ses parents ne connaissaient rien de l’instruction. Il a eu cette chance de bénéficier des avantages qu’offrait l’école, avantages qu’il ne tardera pas à mettre aux services de ses frères, en devenant tout d’abord un homme d’église pour ouvrir la foi de ses frères et les instruire des préceptes de l’amour, de l’amour du créateur et de l’amour de tous les autres congénères. Cette mission, qu’il a remplie avec tout le dévouement qu’il fallait, ne pouvait se réaliser entièrement sans la part de l’action politique indispensable à la concrétisation de cette gigantesque œuvre, dont Boganda avait bien mesuré la taille, saisi la gravité et intériorisé la nécessité de la réussir.

Ainsi, il avait recours à la foi, à l’amour des autres, à la détermination et au sacrifice de soi pour se lancer dans un combat dont le caractère était un monstre d’ingratitude. Ce n’est donc pas surprenant qu’habité par de tels attributs, il avait ouvert son cœur à tout le monde et étendu sa lutte à la libération de l’ancienne Afrique Equatoriale Française, dont il voulait faire un seul territoire.

Visionnaire, il a tout de suite compris les déboires qu’essuieraient les poussières de Républiques que pourrait être le Tchad seul, le Congo seul, le Gabon seul, l’Oubangui-Chari seul.

Grand, il a mis toute son énergie à faire que ce rêve de la République Centrafricaine devînt un jour réalité.

Et que reste-t-il aujourd’hui de ce rêve ? La République Centrafricaine

Et quelle République Centrafricaine ?

La République Centrafricaine, pas celle de Boganda. Pas celle de Boganda pour les multiples raisons que chacun sait, car dans l’ensemble, les différents successeurs de ce Grand Homme ont usé de tous les artifices, pour faire oublier de l’histoire et de la mémoire des centrafricains, la philosophie de l’homme, son action politique, pour la simple raison qu’ils ne pouvaient pas appliquer le programme prévu par Boganda, programme dont le fondement était une amélioration certaine des conditions de vie de ses concitoyens, programme qui demandait le sacrifice, l’amour des autres, l’esprit de partage et d’équité.

Les successeurs de ce Grand Homme ne pouvaient pas appliquer un programme réaliste et républicain, pour la simple raison que leurs intérêts personnels primaient les intérêts de l’ensemble, à un point, tel que si Boganda fut à son époque le centre de l’A.E.F., la République Centrafricaine fut à un moment donné, plus précisément pendant quelques années à partir du 4 décembre 1977, le centre du monde avec une ridicule transformation, anachronique, du pays en Empire.

Les intérêts personnels des successeurs de Boganda priment les intérêts de l’ensemble à un point, tel que la République Centrafricaine est aujourd’hui le centre de la pauvreté en Afrique, en dépit de toutes les ressources et du bon climat dont elle regorge et dont elle jouit.

Comment peut-on comprendre un tel paradoxe ?

Les gens qui se disent responsables dans les divers domaines de la vie sociale de Centrafrique ont-ils encore leur bon sens pour se rendre compte de la descente aux enfers de ce pays ? Sont-ils assez responsables pour comprendre que seules les grandes orientations et les grandes décisions qu’ils prennent sont les seuls leviers qui peuvent permettre à ce pays de se maintenir debout, pour faire face aux problèmes auxquels il est confronté ? Sont-ils assez responsables pour comprendre qu’une politique sans programmes, sans vision et sans objectifs est semblable à un navire sans boussole, un navire tout simplement en perdition ? Encore faudrait-il qu’ils se soucient d’être à la barre d’un navire qu’ils sont chargés de mener à bon port ?

L’Oubangui-Chari a produit un homme exceptionnel, un homme habité par le souci de la bonne santé, de la sécurité, du bien-être de tous ceux au milieu desquels il se trouvait. Et parce qu’il était un homme exceptionnel, peut-on penser qu’à cause de cette éminence précoce, précoce par rapport à son époque, Boganda, par son nationalisme, sa grandeur, a laissé aux centrafricains, une charge dont ils ont beaucoup de mal à s’acquitter ?

Obo, Zémio, Ndélé, Birao sont des villes centrafricaines qui ne savent rien de ce qui se passe dans la capitale parce qu’elles en sont coupées. Les centrafricains meurent sur les routes par le manque d’entretien de ces routes. Les rues de Bangui sont devenues des pistes de rallye pour les 4X4 de dernier cri que seuls s’octroient les hommes puissants. L’eau potable manque dans certains quartiers de Bangui, quand d’autres sombrent dans l’obscurité totale. L’empoisonnement est devenu l’arme redoutable qu’on emploie pour éliminer tous ceux qui gênent, sans que la moindre enquête policière s’ensuive.

Est-ce le Centrafrique qu’on veut laisser à la postérité ?

Boganda n’a jamais souhaité une telle acrobatie manœuvrière pour son pays.

L’on peut se tromper, c’est la nature de l’homme, mais se tromper volontairement en laissant mourir « ses propres frères », alors qu’on peut faire quelque chose pour les sauver, est un comportement qu’on ne trouve pas chez les bêtes de la même espèce.

Les centrafricains souffrent, ils souffrent dans leur chair et même s’ils ne l’expriment pas de la manière la plus criante ou la plus sauvage, le rôle d’un responsable est aussi de chercher à se mettre à la place de ceux dont il a la responsabilité, pour mieux estimer les conditions dans lesquelles ceux-ci vivent.

Boganda est un « mythe ». Il n’est pas mort car ses idées son impérissables. Et la République Centrafricaine sortira du calvaire dans lequel on l’a plongée, pour peu qu’on s’imprègne de ces idées salvatrices.

Que le bon sens gagne tous les esprits pour que dans l’unité, la dignité et le travail bien fait, vive le Centrafrique.

Adolphe PAKOUA , un fils d’Oubangui-Chari et de Centrafrique. ( Centrafrique Presse)

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