DES VALEURS À DÉFENDRE ?

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Par A. PAKOUA

Les Africains ont-ils encore des valeurs à défendre?

Très vaste question que cette interrogation qui évoque tant de pans de notre société, considérée dans son histoire, son évolution avec tous les apports extérieurs, tant sociologiques, technologiques que cognitifs. Rien de plus normal qu’une société évolue, et davantage rien de plus normal que cette évolution se fasse dans le sens positif, pour permettre à chaque individu de trouver sa place, et surtout de la trouver et de s’y plaire.

Cette évolution ne va pas sans engendrer moult bouleversements, prévisibles et parfois inattendus, lorsqu’on n’a pas eu assez de perspicacité pour envisager le parcours, muni des remèdes préventifs pour ridiculiser les maux que pourraient provoquer les écueils dont ce parcours serait jonché.

Les africains, pour ce qui les concerne, ont eu la colonisation, appuyée à bouts de bras pas l’administration avec ses nouvelles lois, la religion chargée de nouvelles pratiques et d’une autre perception de la création de l’univers, et l’école, avec son instruction et son éducation, qui avaient peu de choses à partager avec le mode de transmission des connaissances et des pratiques ancestrales.

Cernée de tous côtés par ces nouveaux systèmes, l’Afrique s’est trouvée traquée dans sa propre demeure,  avec une forte pression pour lui faire perdre son âme.

Avec la colonisation, le peuple devait obéir à une autorité qui lui était imposée, sans qu’il sache de quoi la désignation de cette autorité relevait, quand bien même il avait sa manière de désigner ses chefs, de pérenniser leur pouvoir et leur autorité.

Avec la religion, il n’avait plus la possibilité de choisir sa compagne ou ses compagnes, la voix du nouveau Dieu qu’il devait vénérer étant insondable et inquestionnable à ce propos. Ainsi, adieu la polygamie avec ses avantages tant sociaux qu’économiques, vivent le libertinage, la corruption des âmes, la naissance de pratiques allant bien au-delà de l’entendement.

Avec l’école, c’est la foire des vanités, où seuls les esprits bien futés trouvent leur nouveau monde, un peu comme des vertébrés inférieurs privés pendant un moment d’eau et qu’on rejette à la rivière, après les avoir mis au supplice de l’air libre. Et dans cette foire insensée, les grosses têtes ont pris le dessus sur l’âge et l’expérience, relegués désormais dans la classe des valeurs éculées.

Alors aujourd’hui, parce qu’il faut suivre servilement l’évolution d’un monde moderne avec sa démocratie façon occidentale, les africains doivent subir depuis lors et pendant des années et des années, les exactions d’un chef autoritaire qui n’a rien compris d’autre que de disposer de toutes les richesses de son pays, pour en faire bénéficier ses parents, ses amis, ses fanatiques, après avoir réussi à enfermer son peuple dans une prison dont lui seul est devenu le gardien.

Après avoir perdu la croyances aux forces de la nature, après avoir perdu l’école du village où le plus âgé était l’autorité à laquelle il fallait obéir et l’exemple sinon la figure emblématique qu’il fallait suivre à tout prix, cette école du village où les contes du soir autour du feu allumé sous le hangard, les proverbes et les préceptes de vie communautaire étaient les pages d’un livre à apprendre par cœur pour ensuite faciliter leur transmission de génération en génération, après avoir perdu tous ces liens qui faisaient que l’enfant de la sœur ou du frère était sans conteste notre propre enfant, pour bénéficier des mêmes traitements que les nôtres mêmes, après avoir vidé la polygamie du sens culturel que nos ancêtres lui avait donné en envisageant que la veuve de notre ami de sang devienne notre épouse pour préserver les liens d’amitié et jouer le rôle que notre ami jouait de son vivant ( Mandela l’avait si bien assumé pour l’avoir compris), quand nous avons jeté la plupart de ces valeurs à la poubelle de notre histoire, quelles valeurs nous reste-t-il à préserver pour  continuer à être nous-mêmes ?

Ne mangeons plus avec nos doigts de peur que l’étranger (et parfois même notre propre frère acquis aux nouvelles règles de comportement importées) ne se moque de nous.

Ne rôtons plus bruyamment ni n’enfonçons plus nos doigts dans nos narines pour les nettoyer de peur d’être traités de sauvages.

Et quand ailleurs certains s’adonnent à la pédophilie, nous avons hâte de les imiter, question de nous mettre rapidement à la mode, sans le moindre esprit critique.

Quand d’autres prennent des armes pour aller massacrer des enfants dans une école, eh bien, nous n’hésitons pas à enfiler leur blouse de folie pour nous faire appeler Boko Haram ou Seleka.

Ainsi, quand Boko Haram et Seleka nous mettent à genoux, nous avons du mal à nous relever, nous pensons trouver la réponse avec l’aide de l’extérieur, et nous nous reposons sur cet espoir.

En dernière observation et pas la moindre, quand un simple fonctionnaire de l’O.N.U. ou de l’U.A.(c’est pareil) vient sermonner notre chef d’Etat africain pour le plier aux exigences de son institution, nous le peuple, n’avons pas notre mot à dire.

Alors, pourquoi devons-nous continuer à subir ces offensives qui ne font que nous enfermer dans une stagnation propice au recul et néfaste à notre progrès social collectif ?

Pourquoi ne resterions-nous pas nous-mêmes, en faisant que les autres cherchent à nous comprendre pour accepter les valeurs qui sont nôtres, propres, sans toujours vouloir nous imposer celles, leurs, qu’ils croient divines et irréprochables ?

Je n’ai pas encore dit que beaucoup de nos frères et sœurs ne veulent plus être « africains » parce que la couleur noire est un véritable cancer de peau pour eux. C’est profondément entré dans leur crâne.

En définitive, il ne nous reste plus qu’à inventer notre propre Ecole, pour partir de nos racines et devenir sinon rester de vrais hommes.

Adolphe PAKOUA

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