CVG-04 : GUIMOWARA- LE- SAVANT REPOND AUX QUESTIONS DES VILLAGEOIS

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Cette nuit a été la plus paisible et la moins triste, de toutes les nuits de Guitilitimô. En effet, depuis qu’ils sont installés il y’a près de deux mois dans ce campement de brousse, l’absence de nourriture et d’eau potable, les problèmes de santé, et l’insécurité permanente, sont le lot quotidien de ces villageois oubliés. Chaque jour, une personne au moins meurt. D’après les décomptes du patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, l’on sait désormais, que le nombre de cadavres enterrés rien qu’ici, égalerait celui des vivants, qui eux aussi, sont tous, plus ou moins mourants. Par ailleurs, les jeunes et adultes de 15 à 40 ans, sont aujourd’hui nettement moins nombreux, que les personnes de plus de 45 à 60 ans, et au-delà. Enfin, sur une centaine de naissances pratiquées par la matrone du village, à peine 20 bébés ont survécu. Cependant, la moitié de ces petits miraculés, risquent de ne pas sortir vivant de cette brousse. Telle est la situation à laquelle GUIMOWARA-LE-SAVANT,devra s’habituer, lui qui a choisi de ne pas abandonner son « peuple et son petit pays ».

Ce matin, pour une des rares fois, le breuvage de quinquéliba chaud, accompagné d’un pain de tubercule de manioc, a pu suffire pour nourrir tous les habitants du campement Guitilitimô. Immédiatement après ce petit déjeuner, le patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, ordonna au jeune KPARAKONGO et à Béka le pygmée, de convier tous les villageois, à se rassembler au pied de l’arbre à palabre, improvisé au milieu du campement. Aussitôt dit, aussitôt fait. Après le silence convenu, et quelques paroles d’usage, réciproquement adressées par les membres de l’assemblée, les uns aux autres, le dialogue s’installa entre toutes les personnes présentes :

Le Patriarche vieux MBI-NA-ALA MIDOWA : Nous remercions Dieu, lui qui nous a ramené vivant, notre fils GUIMOWARA. Comme vous le savez, nous ignorons beaucoup de choses de tout ce qui se passe là-bas en ville. Lui, il a toujours son poste radio. Notre premier souci, est de savoir quand, nous pourrions enfin, sortir de cette brousse, sans toutefois risquer pour notre vie. La dernière fois, j’ai envoyé une lettre à ma fille MACATHY après son élection. Il semble qu’elle vient de nommer un Premier Ministre. Celui-ci a même, semble-t-il formé un gouvernement de techno…techno …tehno quoi ?

Le jeune KPARAKONGO : « Technomachin »

Le Patriarche vieux MBI-NA-ALA MIDOWA : Oui c’est ça « technoquelquechose » C’est quoi encore ce qu’on nous amène – là mon fils ? Nous, on connaît déjà les « polotiqui ». Ils nous ont habitués à leurs mensonges. On connaît les « démoclassi ». Depuis qu’ils sont arrivés, plus de paix. Chaque jour guerre par –ci, rébellion par –là. On ne comprend plus rien. Tous les jours gouvernement de ceci, gouvernement de cela. On n’a jamais vu au temps de Dacko et de Bokassa, n’importe qui, vouloir et pouvoir devenir ministre, mon fils. « Quel histoi mledé alor ! Trop bon trop con ! Dié matend palé » !

GUIMOWARA-LE-SAVANT, avalait tranquillement son verre de « ngouli », une liqueur locale très forte. Il se mit debout, se racla la gorge, et remercia toute l’assemblée, particulièrement le patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA. Comme jadis sous le hangar, à l’Université GUITILITIMÔ, il commença à répondre aux questions posées :

GUIMOWARA-LE-SAVANT : A vrai dire, mes pères , mes frères et sœurs, mes enfants, sans vous mentir, moi-même que vous voyez et que vous appelez « Le Savant révolté », avec tous ces diplômes que j’ai accumulés, tout ce que j’ai appris chez les blancs, je ne peux pas vous dire exactement ce que ça signifie, ce mot de « technocrate » ou « technomachin » et « technoquelquechose », comme vous dites. Quand j’étais écolier, on nous parlait souvent de « savant » ; et nous comprenions par-là, que ce sont de grands messieurs, qui avaient appris tous les livres du monde par chœur, comme par exemple le Sénégalais SENGHOR ; ils pouvaient répondre à toutes les questions, trouver des solutions, à tous les problèmes et à toutes les situations. Au fur et à mesure que nous grandissions, nous comprenions, que les savants, du moins ceux de notre imaginaire d’enfants, n’ont jamais existé. Les technocrates d’aujourd’hui, seraient-ils nos savants d’hier ? Ce que je sais aussi, ceux qui vous ont parlé de « technocrate », ont-ils au moins pris le temps, d’expliquer au peuple ce que technocrate veut dire ? Et personne non plus, ne cherche à savoir. Comme si ce mot magique, s’imposait et se comprenait par lui-même aisément. Quant à moi personnellement, de peur de ne pas vous décevoir demain, je vous dis simplement, comme un gros blanc déjà décédé, que j’ai connu en France et qui faisait rire les autres blancs : « Technocrates, c’est les mecs que, quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée. » (Coluche). Un autre blanc que je n’ai pas vu, et qui s’appelle Henry Mintzberg, disait «Les technocrates ne vont guère au-delà du présent. Ils manquent de vision pour apprécier le passé et d’imagination pour voir l’avenir. »Franchement, mes pères, mes frères et sœurs, mes enfants, avait-on besoin de nous servir ces mots de « Gouvernement de technocrates », comme si le salut de la Centrafrique en dépendait ? Voyez la composition du gouvernement et trouvez vous-mêmes le profil du technocrate voulu par le « gouvernement des technocrates » en Centrafrique :

– rebelle
– plusieurs fois ministres
– des dizaines d’années en dehors du pays
– par la naissance ou par alliance appartient à l’ethnie privilégiée etc…

Plus grave encore, j’ai entendu l’autre jour sur ma radio que vous connaissez très bien, le Premier des Technocrates du gouvernement, déclarer quelque chose comme ceci : « Avec moi, ne vous en faites pas, vous les autres technocrates qui n’avez pas trouvez de la place au gouvernement, il en aura pour tous. Des technocrates avec rang de ministre dans les cabinets, les chambres, les quartiers, les préfectures, les communes, les villages, partout où besoin sera ! ». Et puis quoi encore ! Il commence vraiment bien celui-là. Je vous dis, personnellement, moi, GUIMOWARA-LE-SAVANT, c’est de « centrafricanocrate » dont nous avons besoin. Car, j’estime qu’un technocrate n’est pas forcément un bon gouvernant, et un bonde gouvernant, n’est pas nécessairement un technocrate. Il nous faut un savant dosage de l’un et de l’autre, pour réussir à trouver l’homme qui maîtrise à la fois les dossiers et le terrain, en clair, un« centrafricanocrate ». Celui-là, j’en suis sûr, peux se faire comprendre et accepter, aussi bien à New -York, Paris et Bruxelles, qu’à Guitilitimô, Tondomazoma, et Nzako. Dès lors qu’on arrête de nous répéter technocrate, technocrate à tout moment. Il n’y a pas de magie à faire. Dans la situation exceptionnelle où se trouve la R.C.A actuellement, il faut faire preuve de beaucoup d’imaginations et de réalisme à la fois, pour pouvoir trouver des solutions exceptionnelles et originales, susceptibles de sortir le pays de son gouffre. Les mots ne servent à rien.

GUIMOWARA-LE-SAVANT, faisait son exposé dans la langue nationale de Centrafrique, un « sango » limpide qu’il maîtrisait parfaitement. Il s’inspirait de la vie même du village Guitilitimô, prenait des exemples simples, et recourait aux métaphores, pour faire passer son message auprès de son auditoire totalement absorbé. Il a fallu pour la retranscription en français, lui soumettre la copie, avant de vous faire parvenir ce que vous lisez actuellement.

Un villageois : Après tout ce que je viens d’entendre, j’ai bien peur pour nous. Peut-être les messieurs de l’AFDT pourront nous sauver? Mais surtout pas celui qui avait dit que « Djotodja est l’homme de la situation ». Je n’oublierai jamais ça.

GUIMOWARA-LE-SAVANT : Tout d’abord, je déclare solennellement l’Académie pour la Fabrique de la Démocratie à Tartiner ou AFDT, morte le jour même de sa naissance. Définitivement. Enterrée au cimetière « Fourberie Hypocrisie Division ». Dès lors, pourquoi chercher parmi les vivants celle qui est morte ? Pour le reste, vous avez raison de vous inquiéter. A mon tour, de vous poser simplement la question suivante : Depuis que vous vivez dans votre situation, qui avez-vous vu, venir vous rendre visite, et vous consoler ?

Un enfant : Le grand ministre des « mon père »

GUIMOWARA-LE-SAVANT : L’église, la mosquée, les pasteurs, les prêtres, les imans, tout ça, ce n’est pas vraiment mon problème. Mais quand j’ai vu les dignitaires religieux sur le terrain, quand je les ai entendu oser prendre courageusement la parole, pour dénoncer ce qui se passe dans notre pays, et attirer l’attention de la communauté internationale, au péril de leur vie ; j’ai seulement dit merci, BOGANDAvit encore. Pendant ce temps, savez-vous où se trouvaient ces minables politiciens et candidats déclarés à Présidence de votre pays ?

L’assemblée : Nonnnnnnnnn ! Dis-nous, dis-nous ! Oui dis-nous, le Savant révolté !

GUIMOWARA-LE-SAVANT : Tous à l’étranger. Dans les pays des blancs. Ils se promenaient dans les hôtels de luxe. Ils venaient parler à la télévision pour se faire voir. Ils faisaient des photos avec les grands blancs. Ils mendiaient de l’argent et des soutiens. Il se souciait de leur image, s’entrainait à parler, à faire des gestes, à s’habiller. Ils s’asseyaient paisiblement dans les appartements achetés avec votre argent. Ils dormaient tranquillement à côté de leurs femmes. Ils mangeaient sans penser à vous, entourés de leurs enfants nés là-bas, et qui ne savent même pas si, la Centrafrique, à plus forte raison, le village Guitilitimô existent. Vous, mes pères, mes mères, mes frères et sœurs, mes fils et filles bien-aimés. Quand le pays sera en paix, tous ces gens, ces politiciens qui n’ont jamais honte, reviendront tous chez vous; pour vous voir et vous mentir. Juste pour que vous leur donniez vos voix pendant les élections, et vous oublier le lendemain. Mais moi, je vais vous faire répéter par chœur, un passage de la bible que le défunt Pierre nous avait appris à retenir au cathéchisme. Pierre, seuls les anciens le connaissent. C’était le seul Catéchiste du village. Il se prenait pour un certain Monseigneur CUCHEROUSSET que lui seul avait connu. Répétez-donc, le moment venu, à chacun des menteurs qui arriveront : « j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.»

Assemblée : Bravo bravo bravo !!!! (Et un tonnerre d’applaudissement s’ensuivit)

Une Villageoise : Vous voyez, vous mes pères, mes mères, mes maris ! Vous mes sœurs, mes fils et mes filles ! Notre Pays est béni. Il est vraiment dans les mains de Dieu. Et je vais vous dire ce que je sais. Dieu nous a envoyé trois centrafricains qui portent son nom :

1- NZAPA INGA, le grand mon père
2- NZAPA PANZA, la Présidente
3- NZAPA YEKE, le chef des ministres

Notre Dieu connaît tout et voit tout (OMNISCIENT) ; Il est fort et Tout-puissant (OMNIPOTENT) ; Il est toujours là à côté de nous(OMNIPRESENT).

Assemblée : Dieu est grand ! Dieu est grand !

Un villageois : (à haute voix) Oui il est vraiment grand le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob. Il est puissant, il est merveilleux, l’éternel des armées, le Lion de la tribu de Judas, le Libérateur d’Israël, le vainqueur des vainqueurs, c’est lui qui combat ceux qui nous combattent, c’est lui qui terra…

Un jeune : (plus fort) hummm ! hummmmm ! hummm deh ! Vous encore avec vos choses-là ! Quand ça chauffé, vous étiez les premiers à fuir deh !

Assemblée : Eclat de rires !

GUIMOWARA-LE-SAVANT : Allons ! Allons ! On se calme tout le monde. Vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, avec votre permission, s’il n’y a plus d’autres questions, ce que je souhaite d’ailleurs, permettez-moi de m’asseoir et de m’occuper de ma bouteille de « ngouli » qui commence à me réclamer.

Tout en le disant, GUIMOWARA « Le Savant Révolté », saisit sa bouteille, retrouva le tronc d’arbre sur lequel il était assis, et but longuement. Le patriarche vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, quant à lui, reprit la parole et conclut la réunion de ce jour en ses termes :

« Nous avons tous appris, chacun, chacune aujourd’hui, quelque chose, beaucoup de choses. Cela, grâce à tout le monde. Ce que je souhaite à tous, c’est la patience. Patience d’abord, parce qu’il nous faut supporter nos conditions de vie actuelles. Demain sera un autre jour. Patience ensuite, parce qu’il nous faut attendre de voir ce que feront la Présidente actuelle MACATHY, et son gouvernement. Hier les « politissiens » et les « démoclass » nous ont trahis. Aujourd’hui les « technomachins » ont arraché le pouvoir. Vont- ils nous tourner le dos eux-aussi ? Bonne chance à vous tous mes enfants ».

Retrouvez l’ensemble des chroniques du village Guitilitimô, ici

GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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