RCA : EN ATTENDANT LA COUR CONSTITUTIONNELLE

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C’est inéluctable, c’est imparable, c’est fondamental. Au nom de la paix, de la démocratie et du droit, la Cour constitutionnelle de la RCA devra absolument se prononcer. Nous le saurons dans les jours ou les semaines à venir, notamment, en ce qui concerne l’une ou l’autre au moins des trois approches distinctes que voici :

1– le recours formé par des partis politiques membres de la COD 20 – la coalition de l’opposition démocratique -, sur l’inconstitutionnalité de l’ANE (Agence Nationale des Elections) ;

2– l’initiative en cours, d’une clique de députés, que l’on imagine toujours en train de saliver, à l’idée que la crise du coronavirus reste une aubaine dont il faut s’en saisir pour tripatouiller les testes sans rendre compte, et obtenir une prorogation des mandats présidentiel et législatifs;

3– la note du citoyen Professeur Jean François Akandji, en fait, une libre intervention en perspective de l’appréciation juridique, que la Cour Constitutionnelle pourrait avoir « nécessairement à effectuer relativement à la proposition de loi, si les auteurs de l’initiative –ci-dessus rappelée -, persistent », et que les juges constitutionnels sont saisis.

Dont acte.

S’agissant du recours formé par les partis politiques de l’opposition et dont on a pu prendre connaissance du contenu grâce aux réseaux sociaux, chacun l’aura sans doute compris. Ainsi, au-delà des arguments développés et sur lesquels se fonde ladite requête, le peuple est à la fois pris à témoin, et invité à suivre attentivement, ce qui demain, va engager son destin.

Toutefois l’on peut se demander:
– pour quelles raisons a-t-on cru devoir attendre aussi longtemps, avant de soulever ces questions d’inconstitutionnalité de l’ANE, surtout quand on sait que celles-ci, ne relèvent d’une situation ni nouvelle, ni méconnue des initiateurs de la procédure?
– et si donc cette clique de parlementaires mal inspirés n’avait pas mis en mouvement son initiative hasardeuse de violation de la constitution, qu’aurait fait l’opposition vis à vis de l’ANE dans ce cas ?

Il ne s’agit là que de simples questions ouvertes, dont les réponses pourraient permettre d’avoir une vision assez claire sur la stratégie politique à moyen et long termes de la COD20, cette espèce de rejeton squelettique et à multiples têtes, digne descendant d’ancêtres plus ou moins lointains, dont la structure des gènes se caractérise par une hypocrisie extrêmement contagieuse d’une part, et d’autre part, par un penchant naturel de la quasi-totalité des membres pour des calculs égoïstes, toutes choses, qui finissent on le sait, par donner naissance à une harmonie douteuse, et causer la mort subite résultant d’une cacophonie déroutante.

Mais malgré tout, à quoi cela servirait –il de désespérer de toutes ces tentatives de regroupement des opposants, surtout en l’absence de toute alternative fiable ? Osons donc espérer – et même croire fermement-, que le respect des engagements pris par chacun de nos leaders des partis membres de la COD20, les conduira raisonnablement à tout mettre en œuvre, pour ne pas apparaître comment des « radicaux » unis le jour, tandis que certains roublards indécrottables, vont passer des nuits d’insomnie à arpenter les halls du palais ou les salons de certaines résidences, pour expérimenter des astuces ordurières, visant à trahir à bon prix leurs prétendus partenaires, dans le seul but de se goinfrer des prodigalités de dirigeants jamais avares quand il s’agit de préserver leur pouvoir, et toujours aptes à faire miroiter aux politiques félons, des postes de premier rang, pour au final, ne leur tendre que des strapontins, et encore !

En effet, dire du peuple Centrafricain qu’il a perdu confiance en sa classe politique actuelle – opposition et pouvoir confondus –, serait un doux euphémisme. C’est pourquoi ce peuple si souvent victime et déçu, se devrait de demeurer vigilant à tout instant, c’est-à-dire, surveiller les dirigeants au pouvoir d’un côté, et de l’autre, veiller à ne pas se laisser berner par une opposition dont on a fini par connaître – un peu trop -, le mode de fonctionnement de la plupart de ses leaders, pas si différents à vrai dire, et même probablement pires, que ceux dont ils convoitent les attributs et s’évertuent à combattre, pour demain, prendre leur fauteuil et continuer les mêmes “bêtises”, celles qu’ils leur reprochent aujourd’hui.

Aussi, face à ce brouillard politique aux perspectives illisibles et aux finalités incertaines, ce brouillard doublé d’une nuit noire au milieu desquels le peuple centrafricain se démêle, comment ne pas se réjouir de certaines contributions individuelles dont la motivation première reste la défense des intérêts collectifs. C’est en tout cas à notre sens, le but de la démarche que nous croyons sincère, sans calcul, sans prétention et sans ambition du Professeur Jean-François AKANDJI, dont la libre intervention près la Cour Constitutionnelle, devrait être appréciée à sa juste valeur et tenue pour ce qu’elle est, ni plus ni moins que l’exercice d’un droit, sinon d’une possibilité offerte à tout citoyen d’agir ou de réagir en rapport à une situation, quitte à saisir par tous moyens, l’institution dont le rôle par définition consiste à chercher et trouver la réponse à la problématique soulevée, du moins, à initier en toute impartialité les prémisses de la solution idoine.

Cela dit, venons-en maintenant aux principaux protagonistes de cette affaire, ces hommes et ces femmes dont la soif de pouvoir et l’appât du gain, finiront implacablement par perdre un jour, ces députés criminels – car c’est un double crime que nous allons prouver -, qui sont à l’initiative de la tentative de déverrouillage des dispositions verrouillées à double tour de la constitution centrafricaine votée par référendum à 93% des voix en décembre 2015.

En effet, le premier crime de nos députés vicieux et véreux, chers compatriotes, est avant tout, de se moquer non seulement des malheurs qu’endure le peuple centrafricain depuis des dizaines d’ années, mais encore et surtout, de vouloir vaille que vaille, tirer le plus grand profit égoïste, de cette pandémie du Covid-19, qui n’est rien moins qu’un autre grand malheur désormais présent en Centrafrique, malheur qui risque d’atteindre la majorité de nos concitoyens, que l’on sait incapables de survivre sans sortir de leur foyer pour chercher à assurer leur modeste pitance . Les ravages causés ailleurs par le coronavirus sont indiscutables et visibles par tous, dans tous  les médias et sur les réseaux sociaux. À ce jour, personne n’oserait des prévisions, et tous, nous ignorons ce qu’il adviendra de notre pays. Dès lors, le devoir primordial des représentants du peuple, n’était-ce pas, de chercher à protéger avant tout ce peuple qui les a élus, en prenant par exemple des initiatives législatives primordiales pour les soumettre en urgence au gouvernement ?

Mais voyez-les donc !
Au lieu de cela et contre toute attente, l’acte de guerre initial et fondamental de nos députés, fut de faire alliance avec le Covid-19, celui-là même qui est à l’origine du coronavirus le monde considère aujourd’hui  comme la « pandémie-ennemie-publique-N°1 de l’espèce humaine ». Ô rage!

Ainsi, bien décidés en toutes circonstances à toujours se regarder avant tout leur nombril, les soi-disants représentants du peuple centrafricain, se sont précipités et ont foncé têtes baissées, pour élaborer et signer leur maudite pétition, dont l’ambition première et la finalité dernière, est de proroger leur propre mandat, en prorogeant celui de ce Président qui tentera – mais ce sera en vain-, de convaincre les Centrafricains de son innocence, pour n’avoir rien demandé de telle, mieux,  qu’il fut lui-même surpris de d’entendre parler de la pétition des députés seulement un matin à son réveil. Comme le commun des citoyens de ce pays. Chiche !

En tout état de cause, il existe dans tout engagement politique, une forme de noblesse qui consiste à se mettre au service la nation. Dès lors, en politique – et peut-être plus encore en politique que dans tout autre domaine -, il y’a quelque chose de malsain, d’indécent, de répugnant, d’inconvenant, d’inélégant, en somme de choquant, à voir ceux qui prétendent défendre les intérêts du peuple, ceux qui jurent au nom du devoir de « nourrir, éduquer, loger, vêtir et soigner » le peuple, à voir donc tous ceux-là, se rendre ainsi coupables de parjure, en renonçant pour une bouchée de pain à leur raison d’être; en privilégiant leurs petits intérêts égoïstes; en marchant sur la noblesse que leur confère en principe leur statut, le tout,  pour finir un jour par disparaître eux-même sans laisser d’adresse ni de trace. Dans le déshonneur et l’oubli.

Le second crime à retenir contre tous ces députés perdus, est certainement, celui de tenter, d’oser s’en prendre à la loi fondamentale, plus est, en s’en prenant à ce qu’elle a d’inaliénable, et de plus sensible, à savoir, les dispositions sacrées des articles hors-champ de toute révision, et d’une révisions à la légère comme c’est ici le cas.

Tout compte fait, le « grand » Camus a raison qui écrit dans la Peste : « La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on pensait pas toujours à soi ». Et c’est ce quoi l’on va assister. Les auteurs de l’initiative de révision décriée, on le sait, n’en démordront pas. Ils persisteront et voudront malgré tout, aller jusqu’au bout de la bêtise, aveuglés qu’ils sont par la sordide conviction d’avoir raison sans se douter que « le vice le plus désespérant est celui de l’ignorance qui croit tout savoir et qui s’autorise alors à tuer » – encore une citation de Camus !

En définitive, il convient d’étouffer à temps, le risque de chaos qui déjà point à l’horizon, si l’on tient à préserver le fragile équilibre démocratique, et à assurer la sérénité et la transparence du prochain jeu électoral qui, quoi qu’il en soit, finira bien par s’engager tôt ou tard.

Mais quel arbitre au charisme exceptionnel, quelle institution à l’autorité incontestée et à l’impartialité éprouvée, saura donc mettre fin à toutes ces agitations et siffler la fin de la récréation sans provoquer du grabuge politique et social?

Naturellement, tous les yeux sont aujourd’hui braqués sur la Cour constitutionnelle dont les juges se trouvent du coup face aux attentes du peuple, portés en haut du pavé médiatique, soumis aux feux des projecteurs de l’actualité, à l’analyse, et aux critiques d’observateurs avisés et circonspects.

Quoiqu’il en soit et quoiqu’il advienne cependant, il faut aux Centrafricains, apprendre tout d’abord à faire confiance et à compter sur la hardiesse des femmes et des hommes appelés à servir au sein de cette haute institution, femmes et hommes dont les mérites personnels et les carrières individuelles, on peut le penser, placent au-dessus de tout soupçon de manque d’intégrité. De même, l’intime conviction et la liberté d’esprit qui sont leur leitmotiv et  le gage de leur indépendance, nous en sommes convaincus, demeurent à jamais leur sûre parade contre toute influence politique.

À la vérité, la Centrafrique regorge d’exemples de magistrats qui en silence, dans la pauvreté, et même au risque de leur vie, ont pu traverser courageusement toutes les turbulences de la politique, affronter honorablement et avec détermination, les turpitudes face auxquelles leurs différentes fonctions les ont placés. Citer ici des noms, c’est prendre le risque d’en oublier, et peut-être de plus méritants. Nous nous garderons de cet exercice périlleux.

Cependant dans notre Afrique noire, comment ne pas rappeler la voie tracée par les aînés à la carrière emblématique tel le magistrat sénégalais Kéba Mbaye qui en 1993, avait préféré démissionner de la présidence du Conseil constitutionnel, plutôt que d’avoir, disait-il, «à violer la loi» ? La très honorable Salifou Fatimata Bazeye, Présidente de la Cour constitutionnelle nigérienne en 2009, laquelle s’était prononcée contre le référendum que voulait organiser le Président Mamadou Tanja pour proroger son mandat ?

En revanche, la postérité se souviendra, mais pour des raisons moins glorieuses, du non moins « célèbre » Paul Yao Ndré, le président du Conseil constitutionnel ivoirien, qui aura proclamé élus en 2010, deux chefs d’Etat pour le même mandat.

En RCA, les juges de la Cour constitutionnelle, à travers les démarches évoquées plus haut, ont une fois de plus la “chance”, et une bonne occasion à saisir pour dire le droit, rien que le droit et ainsi, sauver notre démocratie soumise à rude épreuve.

Alors, que retiendront les générations futures de ces hauts magistrats ?

Malheur à tous ceux qui s’arcboutent du mauvais côté de l’Histoire pour des raisons absurdes et des motifs indignes. Ils porteront au front, l’éternel insigne du déshonneur.

GJK-Guy José KOSSA

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