LA MONTAGNE DE BRAZZAVILLE VA-T-ELLE ACCOUCHER D’UNE SOURIS ?

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A l’ère de l’échographie, le sexe et la viabilité de l’enfant à naître ne sont plus un secret pour les parents pour peu qu’ils daignent faire au moment opportun, sur prescription du Médecin, la démarche nécessaire. Sans se soumettre le moins du monde à cette formalité qui du reste n’est jamais obligatoire et sans forcément être prophète à la manière d’Elysée des Saintes écritures, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que la montagne de Brazzaville va accoucher d’une souris. Il s’agira très certainement d’une souris tout aussi maigrichonne et hideuse à la fois. Ce genre de rejeton pour lequel certaines mères, dépassées par les évènements, n’hésitent pas à passer à l’acte en les étouffant à la naissance purement et simplement.

Nous le faisions déjà remarquer mais nous n’hésitons pas de le répéter : La Séléka et les Anti-balakas n’ont pas vocation à être des interlocuteurs crédibles. Le sang chaud des milliers d’innocents qui dégouline encore sur leurs mains et qui maculent leurs treillis les disqualifie on ne peut plus définitivement de toute tentative de réhabilitation nationale. On a voulu en faire des géants incontournables dans la recherche des solutions au problème de l’effondrement sécuritaire de la République centrafricaine dont ils sont mêmement à l’origine mais ils ne sont que de vulgaires hercules aux pieds d’argile. On les a invités à la table des gens sérieux pour participer aux discussions sérieuses comme s’il fallait mélanger les torchons et les serviettes. La vérité, c’est qu’ils ne peuvent pas cacher longtemps leur véritable nature, ni camoufler indéfiniment leur identité. Dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est pour étaler au grand jour leur inaptitude intrinsèque à penser et à vouloir l’unité, la paix et la réconciliation nationale. Comment prêter foi aux sornettes de ceux qui affectionnent la duplicité et le mensonge comme seules stratégies de survie ? Comment faire confiance à des personnes qui ne croient même pas à ce qu’ils disent eux-mêmes ou font semblant de déjà l’oublier à l’heure qui suit ?

Je me délectais hier soir encore  du troisième article intitulé « Des propositions de la victoire et de la défaite » tiré du livre, L’art de la guerre, écrit par Sun Tzu, ce grand stratège chinois de l’antiquité. J’ai retenu entre autres que connaître son ennemi et se connaître soi-même est la clé de la victoire. Connaître son ennemi, c’est connaître ses points forts et ses points faibles, son état de santé, son aptitude physique, son morale, ses goûts, ses envies, ses relations, ses alliances, ses adversaires potentiels ou réels dans son propre camp ou à l’extérieur, etc.

Si on s’était livré un tant soit peu à cet exercice minimum préalable mais combien salutaire avant le forum de Brazzaville, on se serait rendu compte que la Séléka  est la championne toute catégorie du double langage implorant la pitié le matin et devenant le monstre le soir. On aurait su qu’on ne peut faire confiance à une organisation qui a toutes les peines du monde à se soumettre à l’autorité d’un leader car la Sélaka a toujours du piment dans la bouche qu’elle n’hésite pas à cracher dans les yeux de ses interlocuteurs pour les aveugler. Elle secrète du venin confessionnel pour paralyser ses adversaires afin de mieux les avaler. Incapables du moindre compromis, aveuglés par leur propre inculture, ces extrémistes d’un autre âge se mettent à rêver les yeux ouverts en émirs du pétrole du prochain Qatar de la Vakaga. Ils se voient déjà des roitelets de Boromata ou de Gordil baignant les pieds dans du pétrole comme les princes du Golfe. On a dit et cela a besoin d’être vérifié que le pétrole dont regorge le sous-sol centrafricain est comparable en quantité et en qualité au pétrole de l’Arabie saoudite. Cela attise forcément toutes les convoitises de ces grands requins aux dents longues.

Nous sommes en pleine fable de La Fontaine de « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ». La leçon que nous enseigne ce poète moraliste du XVIIe siècle se trouve à la fin de l’histoire: à force de vouloir être celle qu’elle ne peut jamais devenir, la chétive grenouille a fini par crever, certainement éclatée en mille morceaux comme une baudruche.

Il est évident que nous ne décrèterons pas trois jours de deuil national, ni ne mettrons les drapeaux en berne si la grenouille Séléka venait à crever. Bien au contraire, le peuple centrafricain sera tellement heureux que les femmes, les hommes et les enfants danseront de joie toute la nuit même si la lune et les étoiles refusent de briller. Ils courront dans les quartiers et villages, même sans culotte s’il le faudra,toute la journée suivante avec des feuilles de manioc à la main et les feuilles de palmier tressées autour de la tête, chantant à tue-tête « I yé siriri !», « I yé siriri !» qui veut dire nous voulons la paix.

Fatigués par tant d’assassinats, tant de viols, tant de pillages, tant de destructions et d’incendies de maisons, les centrafricains, tous les centrafricains aspirent aujourd’hui à la paix. Chacun et chacune espère enfin voir le bout de tunnel. Les atermoiements des uns et les surenchères des autres finissent par exacerber les rancœurs. A vouloir différer indéfiniment toute solution à la crise centrafricaine qui est synonyme de bol d’air frais qui aurait permis à tout un peuple et à tout une nation de reprendre enfin vie, on l’accule irrémédiablement dans son dernier retranchement avec cette seule perspective de demeurer un quémandeur de la paix, de la sécurité et un mendiant de l’unité nationale.

La République centrafricaine serait-elle devenue une république de cocus ? Tout le monde convoite-la avec ses richesses supposées. Chacun y vient avec des solutions douteuses soit disant pour l’aider. Mais tous entretiennent des relations coupables avec ses ennemis déclarés ou potentiels et finissent par lui donner des coups de poignards dans le dos.

La Séléka était à terre, vaincue, cantonnée et encerclée dans des camps militaires bien identifiés : le camp Kassaï, le camp de Roux et le camp Béal. On n’attendait plus que le désarmement de tous ces soudards conformément à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Contre toute attente, les « pompiers pyromanes » n’ont pas trouvé mieux que d’autoriser la Séléka de quitter Bangui avec armes et bagages, gardant intactes ses forces de nuisance. On a décidé qu’elle allait se regrouper à Sibut, puis à Kaga-Bandoro et enfin à Bambari. On lui a ainsi donné le droit légal de se réorganiser, de se renforcer, de détruire des vies et des biens. Pendant ce temps, les stratèges de la division du pays ont demandé et obtenu le transfert des musulmans du Km5 à Bambari et les Centrafricains non musulmans de Bambari à Bangui. Le scénario semble bien réglé. Il suffit de l’agrémenter avec quelques assassinats violents par-ci par-là pour convaincre les plus sceptiques.

Comment ne pas crier au scandale quand ceux qui sont sensés imposer la paix font les yeux doux tantôt aux Anti-balakas, tantôt à la Séléka allant jusqu’à assister à leur assemblée générale ? Comment ne pas crier à la trahison quand la Séléka qui est officiellement dissoute, officiellement transformée soit disant en parti politique, officiellement invitée à Brazzaville, demande officiellement la partition de la République centrafricaine ?

Que le forum de Brazzaville soit un rendez-vous manqué, c’est une évidence. Le Congo, ce pays frère a ouvert grandement sa porte. Le Président Denis Sassou Nguésso n’a pas ménagé ses efforts. On ne remercie pas un ami avec une telle désinvolture. On ne remercie pas un allié avec une telle pantalonnade. Mais la réalité est la réalité : on ne fait pas la paix avec des gens qui ne veulent pas la paix. Quel que soit le résultat obtenu, il laissera un goût amer. Comment croire un seul instant que si par miracle un accord de cessez- le- feu était signé qu’il serait respecté par des acteurs aussi inconséquents que versatiles ? Certes l’immense majorité des Centrafricains et la communauté internationale  y avaient fondé beaucoup d’espoir. Ils voulaient y voir un premier pas vers le retour à la paix dans un pays en déconfiture. La Séléka en a décidé autrement. Elle l’a fait parce qu’on lui a donné beaucoup de poids qu’il n’en a en réalité. Elle a profité de la tribune internationale qui lui est gracieusement offerte pour marteler sa revendication favorite : la partition de la République centrafricaine. Il faut simplement prendre acte : la Séléka ne veut pas de la paix en République centrafricaine. Elle ne peut pas faire la paix. Psychologiquement, intellectuellement, humainement elle en est tout simplement incapable. Alors comme le recommande la sagesse populaire : il faut soigner le mal par le mal.

Alain LAMESSI

Commentaires

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1 COMMENTAIRE

  1. Effectivement,il faut soigner le mal par le mal..
    J’ai toujours dit que ces bêtes féroces appelés séléka ne comprennent que le langage de la force; Ne nous voilons pas la face; tant qu’ils n’auront pas en face une puissance de feu pour les mettre en débandade le pays ne connaîtra pas la paix…
    J’avais dit qu’on a jamais soigné le cancer avec du paracétamol…
    AUX ARMES CITOYENS! ,pour la défense de la Patrie!

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