LE MEILLEUR EST DEVANT NOUS

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Pendant ce long week-end de la fête du travail, j’ai relu avec beaucoup de délectation « L’Art de la guerre », un livre écrit par le Général Sun Tzu, ce grand stratège chinois de la fin du VIe siècle avant Jésus-Christ.

Ce plaisir intellectuel n’aura été que de courte durée car des coups de fil des amis de Bangui et de Paris m’ont demandé de lire l’interview de l’abbé Sicki, curé de la cathédrale pris en otage par la Séléka et le témoignage de Mme Epaye, ancien Ministre, ancien Député, séquestrée par Séléka. Séléka, par-ci, Séléka par-là.

Il y a une véritable inflation de la Séléka. Au cours de nos échanges, mon ami parisien m’a posé quelques questions qui ne manquent pas de pertinence que je m’empresse de reformuler in extenso: Fallait-il, faire tomber un Président de la République certes mal élu, incompétent, entêté, contesté mais qui était à la tête d’un Etat, avec des institutions plus ou moins viables, qui arrivait à payer les fonctionnaires tant bien que mal ? Fallait-il soutenir Séléka à prendre le pouvoir avec un leader auto-proclamé, sans programme, ni moyen, dont la compétence reste à démontrer mais qui est déjà détesté à l’intérieur, contesté au plan international et qui vit désormais dans la peur de ses propres éléments?

Pire, ses éléments ont réussi à détruire toutes les institutions, toutes les entreprises et à saccager toutes les archives. Est-ce que les commanditaires et financeurs de la Séléka qui ont débauché tant d’énergie et de moyens en argent, en armements sophistiqués, en matériels derniers cris, l’ont-ils fait gratuitement et accepteront-ils finalement que leur poulain cède le pouvoir 18 mois après ou voudront-ils atteindre leur objectif final qui est l’islamisation de la République centrafricaine? Et si les mercenaires de Séléka ne veulent ni être désarmés, ni être démobilisés quel moyen avons-nous pour les y contraindre ?

Toutes ces questions sont une invitation au débat car après tout anticiper une nécessité stratégique.

La République souffre d’un déficit chronique de leadership

Je ne succomberai pas à la tentation de l’extrémisme gauchisant qui tend à dire que tout le monde est pourri et vendu à l’impérialisme. D’ailleurs que veut même dire encore impérialisme dans un contexte où pour accéder au pouvoir en Centrafrique, il faut passer non pas par Paris ni Moscou, mais par Libreville, Brazzaville ou Ndjamena ?

On a dit, pour justifier le silence assourdissant des uns et des autres, qu’il ne fallait surtout pas heurter la susceptibilité de ces prisonniers en sursis de peur qu’ils ne dynamitent pour de bon tout le pays. Comme quoi la stratégie de la terreur a bien fonctionné. Il leur suffit de monter un peu les enchères en s’attaquant aux hommes politiques pour que tout le monde s’aplatisse.

Lorsqu’on n’est pas capable de pleurer avec le peuple qui pleure, souffrir avec le peuple qui souffre, compatir avec les blessures du peuple blessé, essuyer les larmes des veuves et orphelins, consoler le peuple affligé, donner espoir au peuple sans lendemain et sans avenir, alors on est pas différents de tous ces enfants soldats enrôlés de force, sans foi ni loi, qui assassinent, pillent, violent et détruisent tout sur leur passage. On n’est plus qu’un mercenaire politique, prêt à s’allier avec le diable, pourvu qu’il consente bien à nous gratifier quelque strapontin. Ce n’est plus de l’opportunisme, c’est pire.

Lorsqu’on a peur de la mort et de la prison, lorsqu’on se tait et se complaît dans une stratégie de neutralité bienveillante face à tant de blessures et de meurtrissures, à tant de d’assassinats et de pillages, à tant de viols et de destructions, lorsqu’on embrasse le bourreau de son propre peuple en lui tapant sur le dos et disant les yeux dans les yeux « vous avez bien fait, continuez !!! », vous ne faites plus honte. Vous ne faites même pas pitié. Il vaut mieux pour vous vous taire à jamais. A une autre époque, c’était le démenti. Aujourd’hui c’est le silence. Motus, bouche cousue. Le temps a changé mais pas les hommes.

Pendant que Paoua, Bozoum, Kabo, Markounda, KagaBandoro, Mbrés, Bambari, Mobaye, Bambari, Kembe, Bangassou, Ouango, Obo, Berbérati, Mbaïki, Bangui, Boy rabe, GobongoFoû, Ngaragba, Ouango, etc. sont à feu et à sang ; pendant qu’un pan entier de la population est contraint à l’exil et vivant dans des conditions effroyables d’inhumanité, pendant que le spectre de l’année blanche se dessine sur nos écoles, collèges, lycées et université on aurait pu s’attendre que des hommes politiques courageux levassent le petit doigt. Que nenni.

Certains veulent même suspendre leur participation au gouvernement au motif qu’ils seraient sous-représentés et que le Ministère d’état leur reviendrait de droit tandis que d’autres à cours d’idées et d’arguments introduisent subrepticement un vrai faux débat, sans tête ni queue, sur la nouvelle génération des hommes politiques. Faut-il en en rire ou en pleurer ?

La République centrafricaine est toujours à la recherche de ses héros introuvables. Elle pleure inconsolable ses martyrs à jamais partis.

Quoi qu’il en soit il y a un temps pour tout. Un temps pour la guerre, un temps pour la paix. Un temps pour les pleurs, un temps pour le rire. Un temps pour la tristesse, un temps pour la joie. Le meilleur est devant nous. Levons-nous et bâtissons notre pays.

Alain LAMESSI
Maître de conférences de Psychologie
Directeur MAS

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