EN FINIR AVEC LA PARENTHESE SELEKA POUR ABRÉGER LA SOUFFRANCE DU PEUPLE CENTRAFRICAIN

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On a beau tourner et retourner l’équation dans tous les sens, il semble vraiment difficile de trouver une seule raison qui puisse justifier de soutenir la Séléka avec cette horde d’apprentis sorciers sortis d’on ne sait quel trou d’enfer du diable qui tuent, pillent, violent impunément le peuple centrafricain accablé de tous les maux.

Bien au contraire, chaque jour que Dieu fait est l’occasion rêvée de ces sbires d’étaler au grand jour une inhumanité toujours plus hideuse, une bestialité toujours plus détestable, une barbarie toujours plus haïssable.

CONTRE LE REGNE SOUVERAIN DES APPRENTIS-SORCIERS

Avec les nouvelles technologies de la communication, nous vivons en direct et en continue de manière quasi instantanée tout le drame que vit le peuple centrafricain au quotidien. L’émotion est certes grande mais amplifiée à bon escient par les sites d’information, les blogs et autres réseaux sociaux ainsi que les médias internationaux. Elle contribue à étaler au grand jour notre impuissance à défendre notre propre territoire, notre incapacité à protéger nos propres enfants, à sauver l’honneur de nos propres épouses violées sous nos yeux voyeurs et à préserver nos propres parents de l’humiliation.

Certes ces barbares d’un autre âge auront provisoirement gagné sur toute la ligne : Les morts ne se comptent plus. Les viols, les braquages, les pillages continuent malheureusement d’être consignés dans le registre noir de la comptabilité macabre. Aucune ville, aucun quartier, aucun village n’est épargné par les exactions morbides de ces anges de la mort, de ces vampires, véritables agents du diables, à jamais décidés à s’empiffrer du sang des centrafricains jusqu’à la dernière goutte.

Nous sommes tous K.O. debout ! Avec la Séléka nous avons perdu notre dignité. Nous avons perdu notre fierté. Nous avons perdu notre honneur. Nous avons perdu notre souveraineté. Cinquante ans après l’indépendance, des leaders politiques sont convoyés par cargos entiers tantôt à Libreville, tantôt à Ndjamena, tantôt à Brazzaville pour aller quérir des instructions pour la gouvernance de notre pays. Nous sommes à nouveau devenus la risée du monde entier comme nous le fumes hier lorsque l’Empereur Bokassa se couronnât, comme lorsque les rebelles du congolais Jean-Pierre Mbemba vinrent nous humilier dans notre pays. Les partis politiques ont disparu du radar. Les syndicats ne revendiquent plus ni leurs outils de travail pillés et saccagés, ni leurs salaires impayés. Les militaires rasent les murs. La société civile se complaît dans le décompte des places supplémentaires au CNT.

A force de pleurer, les larmes ne coulent plus. A force de crier, il n’y a plus de son qui sort de notre voix. Les cimetières refusent de recevoir nos morts. Les chiens n’aboient plus. Les chats ne miaulent plus. Les oiseaux ne chantent plus. Même les vautours ont fait grève et se demandent : où sont partis tous ces jeunes et dignes officiers centrafricains formés dans les meilleures académies militaires du monde entier ? Seule la terre de nos ancêtres exprime sa colère à haute voix en détruisant routes et ponts à Bangui.

Entre nous, soit dit : La Séléka n’est pas sortie des cuisses de jupiter. La Séléka est l’expression exacerbée de toutes les faiblesses d’un Etat moribond, des errements d’un pays en faillite, du bégaiement de l’histoire du peuple centrafricain confronté à ses propres démons. La Séléka, disons-le en toute objectivité mais aussi en toute gravité, c’est le résultat de l’incompétence des uns et de l’inconséquence des autres, moi y compris hélas. La Séléka est le miroir grossissant des faiblesses d’un pays en mal d’inspiration. La Séléka est le reflet déformé de notre bouille déconfite comme après une bonne cuite collective. Elle est non seulement révélatrice de nos tares qui nous collent à la peau comme la carapace d’une tortue mais également elle est l’étalon qui mesure l’échec de l’élite centrafricaine et l’incapacité de la classe politique à proposer une offre politique crédible pour une alternance pacifique.

Il faut abréger la souffrance du peuple centrafricain

Je veux étayer mon propos par un exemple vécu sur le terrain. La campagne du 1er tour pour les élections présidentielle et législatives avait commencé. Nous étions à Kaga-Bandoro en ce mois de mars 1993. Cet après-midi l’équipe de campagne a pris le cap vers Ndénga. Hier, nous étions à Takara et avant-hier à Koukourou. Belle campagne ! Belle animation ! La foule était nombreuse et l’assistance semblait heureuse.

Le frère Maurice M. tribun hors pair et fin connaisseur du monde paysan, a électrisé la foule avec éloquence et humour. Il a présenté le bilan du Président André Kolingba au pouvoir et après avoir parlé brièvement du programme, il appelle à voter pour son candidat. Tonnerre d’applaudissements. Tout semblait plier et nous étions satisfaits lorsqu’un petit vieux, appuyé sur sa canne, a demandé à prendre la parole. Il se racla la gorge et dit d’une voix enrouée :

–              Mes enfants, allez dire au Président Kolingba que je l’aime beaucoup. Depuis qu’il a pris le pouvoir, il n’a tué personne. Aucune goutte du sang centrafricain n’a coulé. Il respecte les droits de l’homme. Mais seulement depuis deux ans notre coton pourrit sous la pluie, il n’est plus acheté. Il n’y a plus de route. Je ne vais pas voter pour Kolingba même si je l’aime beaucoup. Je vais voter pour Patassé. C’est un paysan comme nous, il connaît bien nos problèmes.

En une seule petite minute le petit vieux a balayé les arguments de campagne du frère Maurice M. et a fait une contre-campagne héroïque sans dire beaucoup de choses. Tous ceux qui avaient applaudi M. ont applaudi deux fois plus le petit vieux. C’était manifestement la vedette. Il a réduit à néant les effets de toute notre armada : orchestre, tee shirts, casquettes, pagnes, sel, savon, sucre, etc.

Il faut dire que nous avions battu campagne dans un contexte difficile : 8 mois de salaire impayé, une année blanche, une grève générale illimitée, ville morte, concert de casseroles, etc. L’histoire a montré que le Président André Kolingba avait perdu l’élection et son score à kaga-Bandoro était des plus mauvais. Il avait accepté cette défaite avec élégance et remis le pouvoir intact au nouveau Président élu dans un pays uni et apaisée.

Aujourd’hui, vingt ans après, la situation s’est empirée ! En effet, avec la Séléka non seulement le sang des centrafricains ne cesse de couler mais encore les salaires ne sont pas payés, l’économie est détruite, l’administration saccagée, les droits de l’homme bafoués, l’insécurité généralisée.

Encore quinze mois de transition. C’est trop long ! Combien de morts allons-nous encore compter ? Combien de véhicules seront-ils encore volés ? Combien de maisons seront-elles encore pillées ? Ô Dieu, il faut arrêter l’hémorragie.

Mettre fin au règne souverain des apprentis-sorciers, c’est à coup sûr abréger la souffrance du peuple centrafricain. Bouter hors de notre pays tous les flibustiers est la condition minimale de la survie de notre peuple. A leur violence barbare opposons la non-violence : Grève générale, désobéissance civile, concert de casseroles, ville morte. C’est la condition ultime de la reconquête de notre dignité, de notre fierté et de notre honneur bafoués.

Que Dieu bénisse la République Centrafricaine ! Que Dieu bénisse Monseigneur Nzapalaïnga, la voix des sans voix ! Que Dieu bénisse Urgence 236, cette petite lumière dans les ténèbres ! Que Dieu bénisse, mon ami et frère Nicolas Tiangaye avec son gouvernement dans ce moment particulièrement difficile que traverse notre pays! Que Dieu donne la sagesse de Salomon au Président Djotodia !

 Alain LAMESSI

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