BESOIN DE RUPTURE OU ENVIE DE RÉVOLTE ?

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Par GJK

De RUPTURE et CHANGEMENT, vous vous en souvenez assurément, il en avait beaucoup été question, notamment lors de la campagne présidentielle de 2016 en Centrafrique. RUPTURE et CHANGEMENT, deux petits mots bien simples, mais, – nous laissait-on croire –, deux petits mots porteurs d’un grand dessein, d’une vision noble, d’un futur révolutionnaire. Dans tous les cas, deux mots, deux projets, deux concepts que tout prétendant à la magistrature suprême à cette époque, s’empressait d’utiliser avec bonheur, d’user à la perfection, de répéter à la ronde, de manier avec l’éloquence d’un vendeur de rêve ou la virtuosité d’un artiste de cirque.

RUPTURE et CHANGEMENT d’abord, pour une Rca débarrassée de ses vieux démons : rébellion, mauvaise gouvernance, culte de la vénalité, triomphe de l’avidité, enrichissement illicite, gabegie, impunité, crise de l’éducation, de la santé, de la communication…

RUPTURE et CHANGEMENT ensuite, pour une Rca en lutte frontale contre tous ses « ismes » malheureux, honteux, vicieux et pernicieux : tribalisme, régionalisme, népotisme, clientélisme, opportunisme, griotisme, gangstérisme, banditisme, barbarisme …

RUPTURE et CHANGEMENT enfin, pour une Rca belle comme une étoile, une Rca où « coule le lait et le miel ». Pour un peuple travailleur et honnête. Pour des hommes et des femmes riches et prospères comme Crésus. Pour une nation sans armes, forte, puissante et unie comme un seul homme…et tutti quanti.

Que n’avait-on pas entendu donc ! Que n’avait-t-on pas fait rêver alors !

Au final, « RUPTURE et CHANGEMENT », c’était bien la véritable RÉVOLUTION que les populations espéraient, le remède qu’il fallait à ce peuple de paresseux, de frondeurs et de resquilleurs.

Mais plus de deux années sont désormais passées.

Nos dirigeants actuels, ont-ils seulement pris le moindre tournant du changement des mentalités et de la rupture d’avec ces mêmes vieilles habitudes et méthodes naguère décriées, mais qui cependant, semblent refaire surface et même prospérer, au point de paraître faire le lit des malheurs présents et probablement futurs du peuple ?

La RUPTURE et le CHANGEMENT que l’on attendait sans doute, que l’on espère toujours, ce ne sont certainement ni ces bouts de routes bitumées, ces vieux bâtiments enduits de couleurs vives, ou encore, ces quelques petits ponts inaugurés à grande pompe. Ce ne sont non plus, la médiocrité et les indélicatesses glorifiées, le tribalisme et le népotisme magnifiés, le repli sur soi ou la gouvernance obscure et solitaire sanctuarisés.

La RUPTURE et le CHANGEMENT que l’on attend aujourd’hui, c’est surtout l’exact contraire – en bien -, de toutes les petites gesticulations trompeuses visant à détourner l’attention du peuple.

Au demeurant, n’avez-vous pas remarqué combien les mots RUPTURE et CHANGEMENT ont désespérément disparu des discours officiels, et déserté curieusement les champs des échanges et débats entre Centrafricains ?

Et pendant que la Rca n’est pas encore remise au travail, que rien n’a été fait pour insuffler de nouvelles dynamiques, pour pousser au changement des mentalités, préparer chaque citoyen au respect de l’autre et au respect du bien commun ; bref, pendant que le binôme « RUPTURE et CHANGEMENT » semble de plus en plus s’éloigner des réalités quotidiennes, quel sacré aplomb que de vouloir faire croire au peuple centrafricain, que ce dont il a manifestement le plus besoin, c’est de se lancer dans une RÉVOLTE incertaine ?

Malheureusement, il se trouve toujours dans l’entourage des Chefs d’État, des hommes et des femmes de confiance, prêts à leur servir à tout moment, toutes sortes de complaisances, dans le but de satisfaire leurs caprices, nourrir leurs convictions, et asseoir leurs décisions les plus farfelues et les plus hasardeuses, alors que celles-ci engagent le destin d’un peuple. On notera aussi le cas de tous ces partisans zélés qui, même avant de s’interroger et de chercher à comprendre, semblent être programmés à applaudir en permanence et à tout rompre, les moindres actions ainsi que les plus petits faits et gestes de leur « champion ».

Aussi, peut-on entendre certains se rengorger en criant : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace », Monsieur le Président !

Oui de l’audace. Il en a fallu à Lumumba, Sékou Touré, Ben Baka, Sankara ou autre Kagamé pour réussir – s’ils ont réussi. Mais avant tout, ces leaders avaient cherché à développer en eux-mêmes des vertus, et ensuite, à servir d’exemple à travers leur propre conduite. Ainsi seulement, ils ont su conquérir le cœur de leur peuple, en sont parvenus à le remettre au travail, et surtout, à lui faire changer de mentalité.

On n’est pas RÉVOLUTIONNAIRE – artisan de la RUPTURE et du CHANGEMENT -, tout simplement, parce qu’on a pris la décision un jour, de se RÉVOLTER contre d’anciens colons et exploiteurs impénitents, devenus des amis très proches, avant de se révéler trop encombrants et insupportables.

Ce qui est en cause ici, ce n’est pas tant les relations avec la Russie de Vladimir Poutine. C’est plutôt la manière avec laquelle le Président centrafricain, entend narguer, faire macher, ou engager le bras de fer avec ses principaux partenaires traditionnels, France-CEMAC- UA – MINUSCA. Du coup, Touadera serait en passe de réussir la plus grande prouesse de son règne : faire l’unanimité de tous contre sa personne et contre la Rca.

Cela dit, une RÉVOLTE que l’on est pas certain d’assumer devient absolument ridicule et se transformera tôt ou tard en trahison. Alors, à quoi cela-sert-il, de montrer des muscles lorsque l’on a pas d’os à l’intérieur ; de prouver qu’on a des dents lorsqu’on sait qu’elles sont toutes pourries ; de bomber le torse quand on n’est pas sûr de faire peur à une mouche ; de gueuler en continuant de tendre la main.

De tous ses « amis » et partenaires, la Rca en a eu besoin hier, elle en aura encore besoin demain, et peut être encore pour longtemps. Et si le prix à payer pour l’amitié avec la Russie paraît élevé, il est encore temps de se demander si ce que le Centrafrique pourrait malgré tout gagner, vaut plus que ce qu’il perdra. Et c’est ici que l’on se rend compte de l’enjeu d’une diplomatie intelligente et efficace qu’on a feint d’ignorer. Cette diplomatie devrait sans plus tarder être remise en marche.

En définitive la Rca a-t-elle besoin de rupture ou envie de révolte ?

GJK – Guy José KOSSA

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