L’ÉDITO GJK : DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

@Lesplumes 13 novembre 2017 0
L’ÉDITO GJK : DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

Par GJK
L’Élève Certifié du Village Guitilitimö
Immigré au village frère de KOUÂKÊMBI

Ancienne génération, nouvelle génération, génération des vieux, génération des jeunes, génération présente, passée – ou dépassée -, génération sacrifiée, génération actuelle, montante, responsable ou irresponsable, consciente ou inconsciente, douée, sous-douée ou surdouée…bref.

De « génération », aujourd’hui – comme hier d’ailleurs -, il en est régulièrement question. Dans les déclarations et les discours des officiels, mais pas seulement. Au fait, la génération a souvent servi de thème de nombreux débats, discussions, analyses et réflexions, visant tantôt la responsabilité des « anciens » et des « ainés » dans la déconfiture de la RCA ; tantôt, le rôle et la mission des « cadets », quant au devenir de la nation.

Vous souvenez-vous certainement, du mémorable discours de Stockholm, dans lequel Albert Camus, immense écrivain français, du haut de son prix Nobel de littérature 1957, prononçait avec emphase et au nom de sa génération, la profession de foi précédée de l’honnête confession que voici :

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse ». Fin de citation.

Osons – juste le temps de relire les lignes précédentes -, substituer au mot « monde », le substantif « Centrafrique ». Et le Centrafricain ne pourrait échapper au minimum à deux questions introspectives :

« Ma génération, qu’a-t-elle fait pour son pays? »                                                                            « A-t-elle réussi à refaire la RCA, ou tout au moins, à empêcher que ce pays ne se défasse ? »

L’on peut imaginer aisément, que les réponses qui viendront de toutes les générations qui se sont succédées en RCA, peuvent se résumer en ces quelques mots : « ni l’un, ni l’autre ! »

Quelques mots suffisants pour ainsi signifier, que passée ou nouvelle, aucune génération centrafricaine, n’a jusqu’ici réussi à faire émerger son pays, pire, à lui éviter simplement de se retrouver au tréfonds des abîmes où il se morfond depuis des lustres, sans espoir de s’en sortir.

Terrifiante vérité que celle-là ! D’où le salut nous viendra-t-il donc ?

À tort ou à raison, l’on ne cesse de gloser sur le rôle et la mission « rédemptrice » de la jeunesse centrafricaine. Aussi, se rêvant Gavroche ou en révolutionnaire, la génération nouvelle n’en finit pas de nourrir des ambitions si ce ne sont des illusions, au point de se croire capable de s’installer au pouvoir, après avoir « balayé » ou infligé un insolent « dégage » à cette génération de vieux briscards au cuir épais, qui ont voué leurs dizaines d’années de carrière au siphonnage en règle de la République.

Et l’on se prend tous à rêver avec cette jeunesse qui rêve. Advienne le « tsunami générationnel », qui emporterait sur son passage et dans ses vagues, le népotisme, le tribalisme, ainsi que tous les systèmes politico- mafieux à la peau dure, qui depuis des décennies, sont érigés en mode de gouvernance nationale et en culte souverain d’enrichissement personnel et familial.

Mais ne soyons pas naïfs plus que de raison!

Entre d’une part, la horde juvénile qui va à la soupe et festoie allègrement en dansant en rond aux bords de la mangeoire du pouvoir tout en excitant l’appétit de la meute de jeunes avides qui n’en finit pas de saliver rien qu’à l’idée de prendre part un jour au festin des cancres , et d’autre part, une classe de jeunes iconoclastes prêts à tout renverser pour le pouvoir, il existe surtout une caste de jeunes centrafricains, complètement blasés et qui rechignent à s’engager, par ignorance ou par condescendance.

La RCA doit s’interroger: de quelle « jeunesse » parlons-nous, quand visiblement il y’a une multitude de « jeunesses » aussi différentes les unes des autres, et que souvent, parlant d’elle-même, chaque jeunesse feint d’ignorer d’où elle parle ?

Ainsi, la jeunesse centrafricaine qui n’a le mérite que de bégayer, de se renier, de s’identifier à la génération « vieillesse » qu’elle entend combattre, à force de dormir en ronflant, se réveille toujours vieillard, le visage déjà marqué par des rides très sévères.

Lorsque la jeune génération sur qui la RCA aurait pu compter, une fois à l’épreuve du pouvoir, se révèle qualitativement et intellectuellement plus médiocre, et avidement plus insatiable que la génération des devanciers, il est fort à parier que « la rupture et le changement, ce n’est pas maintenant !».

Tenez !

Considérons la tranche d’âge des moins de 30 ans actuellement aux affaires. La plupart de ceux qui la constituent n’étaient pas encore entrés à la maternelle, et certains n’étaient même pas encore nés en 1993, quand s’opéra la première alternance démocratique entre les Présidents Patassé et Kolingba. Aujourd’hui, cette génération se retrouve à travailler aux côtés des septuagénaires qui jouent les prolongations, et des sexagénaires qui étaient eux-mêmes ces jeunes quadragénaires des années 90, déjà rompus aux mauvaises pratiques de l’administration publique et du monde politique, d’où, ils voyaient arriver leurs cadets trentenaires de cette époque, lesquels sont à ce jour, ces quinquagénaires qui s’ingénient à faire la pluie et le beau temps en RCA.

Au total, au moins trois générations d’hommes politiques et de dirigeants toujours en train de cohabiter. Une telle « proximité générationnelle » induit une promiscuité préjudiciable aux plus jeunes, qui eux, ont tendance à contracter rapidement le virus très contagieux de l’incompétence, des comportements répréhensibles, de l’appétence et de la goinfrerie politico-administrative.

D’où la question ultime: la RCA saura-t-elle guérir un jour de toutes ces maladies politico administratives« générationnellement transmissibles » ?

GJK-Guy José KOSSA
L’Élève Certifié du Village Guitilitimö
Immigré au village frère de KOUÂKÊMBI

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