LE FORUM DE BRAZZAVILLE : UN AUTRE MARCHÉ DE DUPES EN PERSPECTIVE ?

@Lesplumes 21 juillet 2014 0
LE FORUM DE BRAZZAVILLE : UN AUTRE MARCHÉ DE DUPES EN PERSPECTIVE ?

Dans ce drôle de guerre qu’on nous a imposée depuis bientôt dix-huit mois, on n’a jamais vu la Séléka et les Antibalakas s’affronter directement sur le terrain alors que leurs victimes se comptent en milliers. Ils évitent systématiquement de s’attaquer frontalement, préférant de loin lancer des grenades sur la population désarmée, égorger des femmes et des enfants sans défense, incendier des villages et des campements entiers, piller, violer, etc. Comme si cela n’était pas suffisant, ils dévorent ostentatoirement de la chair humaine par pure pulsion cannibaliste. Il n’y aura probablement ni vainqueurs, ni vaincus. Les uns comme les autres n’auront jamais le pouvoir qu’ils ont si convoité et pour lequel ils ont versé tant de sang et de larmes. Même la division du pays comme lot de consolation que d’aucuns revendiquent à cors et à cris ne leur sera jamais octroyée. Les FACA, les vraies devront se donner le devoir de reconquérir centimètre par centimètre pour qu’aucun pouce de notre territoire ne soit cédé aux bandits. D’ailleurs sait-on jamais le réel objectif qu’ils visent ?

La nature a horreur des faibles, ai-je dit dans un autre post. Aujourd’hui le moins qu’on puisse dire c’est que la République centrafricaine n’est pas un pays fort. Elle est même devenue non seulement la risée du monde entier mais aussi le terrain de prédilection pour tous ceux qui sont engagés dans une certaine rivalité pour le leadership dans la sous-région. Les avis de ses dirigeants, de la classe politique et même de la société civile ne sont même pas sollicités ou très souvent magistralement oubliés. Comme dirait l’autre « il a perdu le droit au respect ».

Le forum de Brazzaville ? Nous avons notre idée sur ce genre de rencontre qui ressemble à s’y méprendre à un véritable marché de dupes où les signataires des accords n’ont manifestement pas de prise directe sur les criminels et autres assassins qu’ils sont censés représenter et qui se pavanent le plus tranquillement du monde dans nos  villes, villages et quartiers continuant à commettre leurs forfaits en toute impunité. Les leaders auto-proclamés de ces bandes de criminels ne sont jamais que de vulgaires tigres en papier même s’ils doivent endosser la responsabilité de tout le mal commis. Et les voilà maintenant conviés à la table de discussion comme s’ils étaient des gens fréquentables. Nous aurions tellement voulu les voir passer le reste de leur vie en prison pour le mal qu’ils ont infligé à tout un pays, à tout un peuple, à mon peuple.

Quel crédit accordé à une réunion qui n’aura regroupé que des seconds couteaux de la classe politique centrafricaine, de la société civile et des personnalités de seconde zone sans aura ni assise populaire ? Le forum inter-centrafricain aurait pu être une nécessité absolue. Il est même dommage qu’il soit venu si tard. Cela aurait pu être le moyen pour mettre fin au chaos, à l’anarchie et aux assassinats qui prévalent dans notre pays. Il est fort regrettable qu’un rendez-vous aussi important soit décidé d’autorité et de manière unilatérale. Ni la forme, ni le contenu, ni la méthode et certainement ni le résultat attendu et connu d’avance n’a fait l’objet d’une discussion préalable. Ils ne souffriront d’aucune contradiction de la part des acteurs centrafricains pourtant concernés au premier chef. C’est à croire que le bénéfice secondaire attendu est plus important que l’objectif principal affiché. Ce forum s’inscrit dans un agenda dont personne en République centrafricaine n’a la maîtrise. Sommes-nous devenus de simples faire-valoir ?

Il ne faut surtout pas dire que ceux qui sont partis à Brazzaville ou ceux qui n’ont pas voulu y aller sont plus patriotes que les autres. Les raisons évoquées par les uns et les autres pour justifier leur accord ou leur refus sont parfaitement valables. Qui ne souhaite pas que la paix revienne aujourd’hui en République centrafricaine ? Qui ne souhaite pas que la Sélaka et les Anti-balakas disparaissent à jamais dans la profondeur des abysses pour que s’ouvre enfin une nouvelle page de l’histoire de notre pays ? Qui ne souhaite pas que les assassins des prêtres, les égorgeurs des femmes enceintes et les assassins des enfants ainsi que leurs commanditaires ne soient poursuivis et traduits en justice ? Qui ne souhaite que la République centrafricaine, guérie de ses vieux démons, soit enfin réconciliée avec elle-même pour commencer enfin à mettre en valeur ses riches potentialités ?

De grâce, que ceux qui se disent les amis de la République centrafricaine veuillent au moins tenir compte de nos avis même si nous sommes encore à genoux et malgré la bave qui  coule provisoirement de nos lèvres !

Alain LAMESSI

Laissez un commentaire »