EN VEDETTEGJK PLUME

CHRONIQUE D’UN SÉJOUR AU CONTINENT (Extraits I)

LE VOYAGE

Je me suis toujours promis de revenir dans ce pays. Tôt ou tard, je savais que j’effectuerai ce voyage. Sans me préoccuper ni des conditions, ni des circonstances du déplacement, quand il m’arrivait d’y penser, je me disais tout simplement que « tout vient à point à qui sait attendre », et le jour viendra. Lorsque Sam, mon vieux frère et ami de quarante ans, m’annonça environ douze mois à l’avance le mariage de sa fille aînée, je sautai cette fois sur l’occasion. Pour ne rien laisser au hasard, je pris mes dispositions et entrepris de me préparer aussitôt, de façon à être fin prêt quand l’heure sera venue de partir. Le moment arrivé, une rude déconvenue survint cependant, qui doucha profondément ma vive exaltation. Sur le coup, j’étais si décontenancé, que je faillis tout abandonner et annuler mon séjour que je tins à mauvais signe et défavorable augure. Au Terminal 2E de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, j’attendais depuis quelque temps dans la longue file de voyageurs l’ouverture du guichet, pour passer les formalités habituelles. À mon tour, je fus recalé net dans mon élan. Motif : défaut de visa d’entrée. En d’autres termes, je devais obligatoirement disposer dans mon passeport, d’un document officiel m’autorisant d’entrer dans le pays hôte. À tout le moins, il me fallait apporter la preuve que j’en étais exempté. Une exigence qui m’apparut absurde et absolument incongrue, s’agissant du citoyen que je suis, d’origine et de nationalité d’un des pays membres de la même communauté politique et économique sous – régionale, que celui de ma destination. Furieux, j’engageai aussitôt la discussion avec l’hôtesse du guichet, bientôt relayée par deux de ses supérieurs hiérarchiques appelés à sa rescousse. Au bout du compte, rien n’y fit. Ma longue plaidoirie, à la fois brillante et pathétique, n’émouvra nullement mes interlocuteurs qui, campant sur leurs positions, refusèrent sèchement de me laisser embarquer. À ma déplorable infortune, fallait-il en plus que se mêlent tous les désagréments inhérents à un vol manqué : rendez-vous échoués, opportunités ratées, anxiété éprouvée, nuits agitées, pénalités à payer. Deux jours plus tard heureusement, sans la moindre encombre, j’allais crânement prendre place à bord de l’Airbus A330-200 de la compagnie Air France qui comme prévu, devait m’emmener dans les conditions satisfaisantes, à mon lieu de destination. Du fond de mes poumons, je laissai échapper un long soupir de soulagement. Mon rêve se réalisait enfin. J’avais hâte de revisiter cette métropole dans laquelle je séjournai pour la dernière fois il y’a près de trois décennies. J’étais pressé de retrouver des amis qui, malgré tous mes faux-bonds, n’avaient guère ni désespéré, ni ne s’étaient lassés d’attendre ce moment de fêter nos retrouvailles et chanter le temps loin de nos vingt ou trente ans. J’avais aussi soif de plonger dans l’ambiance surchauffée des bars et restaurants qui pullulent dans tous les coins de cette ville que j’avais tant aimée. Je voulais m’esclaffer aux plaisanteries burlesques, rire à me tenir les côtes des réactions instinctives de tous ces gens du commun, prompts à s’invectiver réciproquement, inutilement et à tout bout de champ, sans jamais en venir aux mains et sans que cela ne gêne jamais personne. Bref, je brûlais de livrer mes oreilles à l’humour malicieux et grinçant de ce peuple dynamique et ingénieux qui, d’un côté, a su dompter l’anglais, et de l’autre, assaisonner le français de délicieux ingrédients verbaux du terroir. Néanmoins, une chose me turlupinait. Comment s’y prendre pour éviter le casse-tête des embouteillages inextricables, et me soustraire au tohu-bohu ininterrompu de tous ces chauffards, ces conducteurs de taxi- motos, de même que ces piétons, tous, toujours plus pressés les uns que les autres, toujours plus audacieux jusqu’à la mort, lorsqu’il s’agit de se frayer un passage pour s’élancer à la poursuite dont on ne sait rarement  qui ou quoi. J’étais en vacances, et je ne tenais absolument pas à rentrer en pièces détachées comme on dit chez moi. Tant que je pourrai encore l’éviter me suis-je dit, pourquoi donc courir le risque gratuit et insensé, de compter parmi les nombreuses victimes des accidents de circulation qui rythment la vie quotidienne ici ? Mais puisque je me devais de découvrir ou redécouvrir la ville, rendre visite aux amis, répondre aux invitations, aller à l’église, au restaurant ou en boîte de nuit, je n’avais pas d’autres choix, que de me fondre dans cette masse impatiente qui ruse sans cesse avec une circulation endiablée. Au bout de toutes ces réflexions, de tous ces calculs de précaution, de toutes ces équations vaines à multiples inconnus, je m’écriai en moi-même : à la guerre comme à la guerre mon brave garçon ! Il était hors de question de céder à l’excès d’angoisse, de refroidir l’enthousiasme brûlant qui m’habitait et qui m’avait déterminé à effectuer ce voyage longtemps espéré.

(À suivre)

Commentaires

0 commentaires

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page