Pourquoi l’Union Africaine a-t-elle maille à partir avec la Charte des droits et du bien-être de l’enfant africain ?

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Par Gervais Douba

L’Union Africaine est  confrontée aux exigences de la Convention Internationale du 20 Novembre 1989 dont la version africaine est la Charte des droits et du bien-être de l’enfant africain. Sans reprendre à notre compte l’intégralité du questionnement de René Dumont ([1] ) , il est urgent qu’une version africaine de la  lettre posthume des jeunes Guinéens ; les regrettés Yaguine Koita et Fodé Sylla ([2]) soit rédigée puis adressée aux institutions dirigeantes de l’Union Africaine. Quel tribut les enfants d’Afrique doivent-ils payer aux différentes tribus des dirigeants de l’Union Africaine pour s’attribuer les attributs des pays à même de leur fournir des perspectives d’avenir ? C’est ce que nous appelons la version africaine du message de Yaguine et Fodé – Paix à leur âme.

A l’aune des cris d’enfants morts, par le fait des esclavagistes des temps modernes et dont les profondeurs de la mer méditerranée servent désormais de lieu de sépulture, de la souffrance des 6000 à 10000 enfants soldats enrôlés de forces par les forces et groupes armés de Centrafrique en totale violation les protocoles additionnels de la Convention Internationale  des  droits de l’enfant du 20 Novembre 1989 et repris par la Charte Africaine, de l’utilisation des biscuits comme appât par les militaires de l’Opération Sangaris, des militaires Tchadiens et Equato-Guinéens, la mise en articulation des 3 P dans la Convention Internationale et la Charte Africaine demeure un vœu pieux, une chimère pour ces enfants d’Afrique.

Les 3 P c’est :

  • P comme protection ; les politiques publiques à mettre en œuvre pour protéger les enfants.
  • P comme Prestation ; les politiques publiques à mettre en œuvre pour faciliter l’émancipation des enfants. Cela peut aller du maintien en état de fonctionnement des structures et lieu de socialisation à la création d’autres. Dans le cas Centrafricain, toutes les structures et lieu de socialisation sont réduits à n’être que des camps d’entraînement militaire pour ceux qui sont enrôlés de force. Rien n’est envisagé au profit des enfants « déplacés ». Pour les exilés, les Institutions Onusiennes HCR et Unicef font de leur mieux, malgré la pénurie des financements.
  • P comme participation de l’enfant aux choix des orientations qui concernent sa vie.

Dans cette partie du globe où l’on fait le culte des  anciens ; « quand un vieillard meurt c’est toute une  bibliothèque qui brûle », quelle culture a-t-on des droits de  l’enfant, qui meurt en pleine mer et sur des radeaux de nouvelles formes d’esclavagisme, de celui qui, mourant de faim et venant solliciter la ration des militaires au camp MPOKO de Bangui. Enfin, celui, qu’on a enrôlé de force pour transformer en chair à canon et esclave sexuel ? [les 6000 voire 10 000 enfants-soldats  selon le journal La Croix ([3])  Si le vieillard qui meurt est assimilé à une bibliothèque qui brûle, l’enfant dont les institutions préemptent le devenir, confisquent et compromettent irrémédiablement et définitivement le devenir, n’est –il pas une pépinière que l’on brûle ! .

1 : Plaidoyer pour un respect des 3 P  comme  dissolvant.

Sans jeter l’anathème à personne, le fait le plus perturbant est le concert de désapprobations des uns  face au silence assourdissant des autres. Les puissances européennes s’organisent pour mieux se protéger : navires de guerre, aviations etc. On veut se mettre à l’abri à partir du symptôme mais jamais on ne cherche à guérir la cause ; génératrice du phénomène. La problématique des 3 P des droits de l’enfant dans l’Union Africaine est laissée à l’appréciation des clusters des ONG « humanitaires ». La problématique de l’enfant ; objet de protection trouve  davantage  un regain d’intérêt auprès des institutions de financement que celle de l’enfant ; créancier des « Prestations » ainsi que celle du droit de l’enfant à la « Participation ».

De là, les pratiques dominantes laissent entrevoir l’enfant ; objet de droit plutôt que l’enfant ; sujet de droit.

A quoi sert la charte Africaine des droits et du bien-être de l’enfant ? Quand l’Union Africaine va exiger son respect et sa mise en œuvre  par les Etats signataires ? Quelles sont les conditionnalités idoines de sa mise  en œuvre ? Qui doit la mettre en œuvre ?  Les Etats uniquement, les membres de la société civile ? Les administrations civiles et militaires, les entreprises ? Comment évalue sa mise en œuvre et sanctionne-t-on sa violation ? Les groupes et forces armés ainsi que les militaires redéployés sur des théâtres d’opération à l’étranger bénéficient-ils des immunités quant à l’application de la Convention Internationale des Droits de l’enfant ?

Si les 3 P deviennent un dissolvant, cette approche met en évidence les éléments constitutifs d’une orientation nouvelle en matière de coopération ; de nouveaux points d’ancrage pour défendre les intérêts supérieurs de l’enfant

2 : Eriger les droits de l’enfant en valeurs et principes.

La question qui nous préoccupe n’est pas tant l’amnésie, qui frappe les uns ; le message de Yaguine et Fodé et l’indifférence dont les autres font preuve ; les larmes de crocodile des autres ; le gouvernement Centrafricain et le silence assourdissant  des institutions de l’Union Africaine.  Elle est de savoir si le respect de la  Convention  des Droits de l’enfant peut être exigé dans les accords de coopération  technico-économique et  les accords de défense  comme socle de projet de coopération ? Dans ce sens la Convention Internationale des Droits de l’Enfant et de la Charte des droits et du bien-être réalisation des intérêts supérieurs de l’enfant a vocation à devenir un levier de transformation des sociétés ; entraînent la mise en place des structures de socialisation. . Les droits de l’enfant sont des droits humains de l’homme à part entière  et non des  droits entièrement à part.

En hissant ces droits à la hauteur des valeurs et principes « Démocratiques Républicains » le respect des droits de l’enfant deviendrait le prisme par lequel la communauté internationale coopèrerait  avec les Etats.

Conclusion :

On assimile le respect des Droits de l’enfant à une sorte de religion où tout le monde est croyant et peu sont les pratiquants.  Dans le cas de Centrafrique certains y voient une opportunité de marchandisation de l’impunité malgré les crimes contre l’humanité dont ils sont notoirement les auteurs alors que d’autres plaident la bonne foi  en raison du niveau de pauvreté de l’Etat et de ses institutions ; donc un des  facteurs du sous-développement.

Nous plaidons pour qu’on fasse du respect des Droits de l’enfant le socle de la communauté et non uniquement une vitrine d’affichage pour attirer les investissements étrangers. Ce n’est pas parce les enfants sont pauvres que leurs droits doivent être pauvres. Nous n’y  voyons aucune corrélation.

Gervais Douba
Enseignant en Sciences de gestion IUT-Université de Rouen
Délégué local Section française de Défense de l’Enfant Internationale

[1] ) René Dumont « l’Afrique noire est mal partie des années 60 ; ouvrage quasi-prémonitoire»

[2]) Yaguine Koita et Fodé Sylla sont les deux jeunes Guinéens retrouvés morts dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena le 2 Août 1999 en Belgique. Il a été retrouvé dans leurs poches la désormais célèbre « message aux dirigeants de l’Europe Occidentale ». Le message qui devrait faire la trame de toutes les Conventions de Coopérations dont les Accords de défense n’a reçu aucune traduction politique dans aucun pays de l’Union Africaine malgré sa pertinente actualité.

[3] ) Laurent Larcher  du Journal  La Croix éditions du 6 Mai 20015 «  Accords sur la libération des enfants-soldats en Centrafrique.

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