FORUM DE BANGUI : RISQUE D’ENLISEMENT

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Par RJPM

Confortablement assis dans leur fauteuil tels des spectateurs V.I.P des combats de gladiateurs, les participants au conseil des ministres élargi de la transition assistent impuissants aux combats de coqs que se livrent nos petits hommes politiques « faux-rhumiens ». Que des quolibets, des petits bras de fer, sans compter les multiples passes d’armes et altercations superfétatoires entre certains leaders de la politicaillerie centrafricaine et autres responsables de groupes armées. Le forum de paix tant attendu s’est plutôt transformé en un ring de règlement de compte. Si certaines personnes pensent que ce forum est celui de la dernière chance, force est de constater que son scénario et son casting semblent être en inadéquation avec les attentes du peuple centrafricain. En principe, un forum dit de la dernière chance devrait être en rupture avec les précédents. Peu importe le choix des participants, les résultats devraient apaiser les cœurs, aider à réduire les fractures sociales, éradiquer les actions vindicatives, les ambitions démesurées d’accession au pouvoir avec des fusils sur les épaules, les bruits de bottes à répétition et le climat de défiance qui règne entre chrétien et musulman. Quel bilan pouvions-nous faire de ce forum avant que les rideaux tombent définitivement.

Forum de la Transition

En dépit des petits soucis d’ordre organisationnels, la cérémonie d’ouverture du forum a été une réussite totale. Seulement, l’on déplore la mainmise des autorités de Bangui sur tous les travaux du forum. Quasiment toutes les personnalités proches du pouvoir ont été placées à des postes stratégiques dans les Comités d’organisation du forum et dans toutes les commissions techniques comme si en dehors d’elles le pays ne disposerait pas d’autres ressources humaines. A l’allure où les choses se passent actuellement à Bangui, l’administration centrafricaine fonctionne sans doute au ralenti étant donné que tous les responsables semblent très occupés par l’organisation du forum de la transition. En outre, au lieu que les différents intervenants politiques associatifs et militaro-politiques montrent leurs biceps, ils devraient songer à faire une analyse systémique de la crise et faire des propositions de sortie apaisée du conflit actuel, plutôt que de se livrer à des querelles de personne, de quotas… Tel que c’est parti, le conseil des ministres élargi de Bangui connaîtra inéluctablement un flop si les organisateurs ne changent pas de cap. Même le représentant de la diaspora centrafricaine de France, qui était pourtant censé donner de la voix, est tombé dans la griserie. Celui qui est devrait parler au nom d’un groupe, n’a fait que son propre autoportrait et l’éloge de sa personne….MOI, JE… Et jamais de NOUS. Pire encore, les travaux en commission se sont transformés en une foire d’empoigne physique. D’où la question de savoir pourquoi les autorités de Bangui veulent-elles absolument verrouiller entièrement les assises? Détiennent-elles un agenda caché ? Ce forum permettra t-il de désarmer les cœurs des Centrafricains ou deviendra t-il le point de départ d’un nouveau conflit ?

Risque d’enlisement

Dès l’entame du forum, les principaux responsables des entités militaro-politiques ont déroulé un chapelet de revendications très peu conciliables. Djono Haba, l’un des représentants de la coalition seleka, avait même présenté une pléiade des préoccupations de leur mouvement. Quoique l’on puisse reprocher à ce dernier, son intervention relève à suffisance l’injustice sociale et la mauvaise gouvernance qui empoisonnent le pays depuis des lustres. Abdoulaye Hissein, un autre représentant de la coalition seleka, qui conteste l’actuel forum de Bangui, lui a également emboîté le pas sur RFI le Jeudi 7 Mai 2015 par rapport à la question du désarmement de leur faction rebelle. Que pourrait-on retenir de si bon de ce forum si les groupes armés ne font pas de concession ? Nous devons prendre garde, car le pays risque de renouer avec l’instabilité si aucune réponse adaptée n’est trouvée pour la Centrafrique profonde qui vit dans l’injustice sociale et qui subit de plein fouet la mauvaise gouvernance à cause de l’isolement géographique de leur région.

Regards croisés

Le conseil des ministres élargi de la transition suscite de plus en plus de crainte. Serait-il source de nouveaux conflits ? Déjà, des îlots de contestation se créent ça et là contre le forum. Certains chefs rebelles parlent ouvertement de la reprise des hostilités dans les tous prochains jours si les autorités de Bangui ne changent d’attitude. Tout porte à croire qu’il y’a vraiment de l’électricité dans l’air. Dès lors que Joseph Bendounga, le représentant de la plate-forme des 41 partis politiques, a réclamé aux noms de ses partis, le départ sans condition de Dame Cathy à la fin de son mandat d’Août 2015, l’on doit s’attendre à toute une panoplie de vitupération contestataire contre le pouvoir de Bangui dans les prochains jours. Quoi qu’il en soit, la question de la survie de la transition se pose avec acuité à partir du moment où le président de l’Autorité Nationale des Elections a déclaré devant les membres d’une des commissions du forum que les élections ne peuvent se tenir dans les délais impartis. Manifestement, les médecins du Forum vont devoir pratiquer une césarienne et précipiter la naissance de la maigrichonne souris tant pronostiquée par les débatteurs de la crise centrafricaine. D’ores et déjà, certains participants s’empressent de réfléchir en coulisse sur l’irréversible troisième transition. N’avions-nous pas évoqué dans nos précédentes éditions l’échec programmé de ce forum, l’impuissance et l’inaction des autorités de Bangui voire l’impassibilité de l’ANE ? Devant cette chienlit organisée, que pouvions-nous faire ?

Le débat reste ouvert mais il faut l’engager avec beaucoup de dextérité. L’on sait déjà que tous les acteurs impliqués dans la crise actuelle réfléchissent sur la question. Le peuple, quant à lui, voudrait voir son pays s’inscrire sur le chemin du développement durable et nous pensons que cela passe nécessairement par la justice sociale et la bonne gouvernance. Qu’on se le dise, la paix n’est nullement l’apanage d’une entité au détriment d’une autre. Cela va sans dire qu’elle nécessite une approche sobre et dénuée de tout calcul politique. Ce faisant, cette rencontre de la paix devrait permettre au peuple centrafricain de baliser l’arène politique avec des recommandations fortes sur la justice sociale, la sécurité et la bonne gouvernance. En voilà un mot contre les maux de notre société.

Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
Chroniqueur, Polémiste

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