POÈME: LE« DENT POUR DENT » DEVENU « COU POUR COU » EN CENTRAFRIQUE

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Il y a longtemps, très longtemps et encore très longtemps,
Avant que le monde des vivants n’ait entendu mon premier cri
Selon les dires des anciens qui vivaient encore, et pouvaient raconter
Des contes, véritables appareils de transmission des informations,
Le monde a connu de nuits semblables mais pas tout à fait pareille à celle-là.
La lune et les étoiles ont pris congé du firmament.
Aucune luciole ne vole, aucun œil de chien ne peut percevoir une silhouette ;
Même le hibou ne sait à quelle maison annoncer le malheur.
C’est une nuit si noire, si silencieuse, si longue…

Mon seul compagnon fut le rythme de ma propre respiration.
J’entendis un tout petit bruit qui semblait ne pas provenir deloin.
Je sortis et raclai fond de la gorge pour me libérer de ma peur.
Je vis deux jeunes gens plongés dans un trou qu’ils creusaient.
J’ai chuchoté :« l’homme aux cheveux blancs » pour dire que c’est moi.
Ils m’ont reconnu, et m’ont dit en chuchotant à leur tour
« C’est ton frère ». J’ai tout compris, c’est mon voisin de derrière.
Il a le cou tranché. Nous devons faire vite de peur d’être repérés.
Ne me parlez pas des toilettes funèbres ou de cercueil.

Au petit matin, pendant qu’il faisait encore sombre,
Je vis de l’autre côté de la route des gens assis chez le deuxième voisin.
Il s’est passé quelque chose ; certainement un malheur.
Je ne me suis pas trompé. Un des fils du deuxième voisin est tué cette même nuit.
Lui, aussi, il a eu le cou tranché : deux tués la même nuit et de la même manière !
L’un, non-musulman, le second, un musulman ; mais tous deux,morts égorgés.
C’est affreux ;un grand vide se crée ; le jour devient aussi silencieux que la nuit.
Et moi alors, comme en plein milieu du fleuve, vers quelle rive me diriger ?

J’ai fouillé à la source de référence de pareil cas :
Le « Dent pour dent et Œil pour œil ».
J’ai lu des paragraphes et tourné des pages.
Nulle part, il est écrit « Cou pour Cou ».
Alors, mon frère, centrafricain,
Nos yeux sont pleins de larmes qu’ils ne peuvent voir,
Nos lèvres,sans sourire,cachent nos belles dents.
Gardons nos cous sur les épaules pour porter nos têtes
Face à face nous célébrerons la victoire de la réconciliation.

TONGAMBA Pascal
L’Homme aux cheveux blancs

 

Commentaires

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1 COMMENTAIRE

  1. Aumoins ces propos contenus dans ces poemes nous donnent l’espoir de survivre.
    Car nous savons desormais que nous avons un sage chez qui on peut se ressourcer.

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