LE MESSAGE DES ÉVÊQUES DE CENTRAFRIQUE : PARTIE 1

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Le peuple centrafricain ne peut pas fuir devant son histoire douloureuse,
ni opter pour le status quo.

En ces termes, les évêques de Centrafrique, suite à la conférence épiscopale, de ce juin2014, ont adressé leur message aux centrafricains. Le Centrafricain est responsable de ce qui lui arrive. Les compatriotes n’ont pas su utiliser leurs talents au profit de l’intérêt national. Les politiques qui ont tous échoué ont provoqué le chaos sans précédent dans le pays. Les politiques et tous les maillons des pouvoirs ont chacun une lourde responsabilité. Les décisions pour sortir Centrafrique de conflit dépende de la volonté du centrafricain lui-même. Il ne peut pas fuir devant ce destin. « L’ordre nouveau » doit venir du fils du pays. C’est là qu’il « trouve sa pleine réalisation ». Le peuple peut encore espérer en une victoire finale. « Chacun a le devoir de relever le défi de construire une Centrafrique nouvelle, plus digne, plus unie et plus prospère. »

Mais le parcours reste jonché d’obstacles.
Et les défis couvrent un large spectre.

Dans leur analyse et en guise message, ils évoquent les menaces visant le personnel pastoral : la profanation à l’endroit des églises, des paroisses directement attaquées, mitraillées et pillées, des menaces physiques, la torture psychologique contre des prêtres, les tentatives ou enlèvement et séquestration, la tentative d’assassinat de l’évêque de Bossangoa en compagnie de trois de ses prêtres, l’assassinat de l’abbé Christ Forman WILIBONA du diocèse de Bossangoa, la mort suite à ses blessures de l’abbé Paul-Emile NZALE, des crimes odieux perpétrés contre les pasteurs de l’Association des Eglises Evangéliques en Centrafrique. Sous des menaces, des Pères et des sœurs ont dû fuir la mission pour dormir quelques jours en brousse. Mgr Juan José Aguirre, missionnaire combonien et évêque de Bangassou, en avril 2013, avait écrit qu’il assistait a des pillages systématiques des biens de l’Eglise. «Le pays n’intéresse ni les uns ni les autres. La seule chose qui les intéresse, c’est le butin ».

L’insécurité et l’impunité :
Le pays ressemble à une grande prison à ciel ouvert

À la manière de l’International Crisis Group, les évêques peignent avec précision la crise centrafricaine vécue et subie par toutes les strates de la population :

  1.  L’Insécurité, toujours grandissante a encore droit de cité dans le pays qui « est tombé dans une spirale de violences, de représailles et de contre-représailles. C’est la loi de la jungle où le plus fort s’impose par les armes». Cette insécurité a « induit la montée en puissance des anti-balles AK, improprement présentés comme milice chrétienne par de nombreux medias étrangers, des archers de la commune d’élevage, Ourou-Djafoun de Bambari. L’armée de résistance du Seigneur (LRA) profite de cette anarchie pour exploiter les populations de l’est abandonné et sous le joug de son pouvoir sanguinaire depuis quelques années entre ». Elle a conduit à la prolifération de groupuscules armés et des armes de tout calibre (kalachnikov, grenades, armes blanches…). Les populations laborieuses et entrepreneuses ne peuvent plus vaquer librement à leurs occupations champêtres. « Elles sont prises à partie par les peulhs, ‘mbororos’, les archers, les seleka, les anti-balles AK ainsi que des LRA qui écument la campagne en semant la mort ». Les commandants de région, appelés aussi comzones, nommés par Djotodia sont toujours dans leur localité et règnent. « De manière générale, les Centrafricaines et les Centrafricains se sentent traqués comme des bêtes de somme […] Tuer, incendier des maisons voire des villages entiers, traquer des gens en brousse deviennent désormais des actes anodins et sans poursuite judiciaire. » On ne respecte rien. La vie humaine n’a plus de prix faute de l’impunité.
  2. L’insécurité et précarité alimentaire : « Beaucoup de concitoyens ont perdu non seulement leurs biens, mais aussi leurs moyens de subsistance. Leurs maisons ont été saccagées. Ils sont contraints à l’errance, vivant pour certains en brousse comme des animaux ou encore dans des camps de fortune […]. Ce nomadisme est lié à l’insécurité dans l’arrière-pays empêche la reprise effective des activités champêtres et fait planer un risque grandissant d’insécurité alimentaire. La situation reste toujours  préoccupante. Les populations ont besoin d’une assistance.
  3. L’Impunité : Tous les observateurs concordent à signaler que Centrafrique est le pays de l’impunité par excellence. Elle plonge ses racines dans la mauvaise gouvernance qui a caractérisé la gestion du pays par les différents politiques. Personne ne punit personne. Les lois votées ne sont pas appliquées. Les maisons pénitentiaires existantes ne sont jamais entretenues et jouent le rôle de véritables passoires. « La déliquescence de l’Etat consacre un régime fondé sur l’impunité et compromet la garantie des droits fondamentaux inhérents à chaque citoyen». Chacun prend la loi entre ses mains et se fait justice. « Des groupes armés illégaux orchestrent en toute impunité des parodies de justice en vue de vouer à une mort infâme de paisibles citoyens supposé sorciers ou affiliés à tel groupes sans être inquiétés […] des brigands, des criminels et des bandits de grand chemin qui ont le sang du peuple centrafricain sur la main, de surcroît connus et identifiés, jouissent toujours de leur liberté de nuisance sans être inquiétés ».
  4. La précarité sanitaire et l’éducation : L’accès aux soins de santé est rendu particulièrement difficile à cause de la mobilité incessante des populations et la grandissante insécurité qui les a contraintes à trouver refuge en brousse. Soumis aux intempéries, à l’insalubrité, au manque de soins de santé, beaucoup meurent dans l’indifférence complète.Une large partie du territoire national échappe totalement au contrôle de l’Etat. La majorité des enfants n’ont accès ni à l’école, ni à un enseignant. Ils sont, par ailleurs, privés de toute condition adéquate d’apprentissage et d’instruction.  Le programme élaboré par le ministère de tutelle ne touche qu’une infime partie des élèves, ceux de la capitale. L’éducation et la formation risquent d’être un luxe, réservé aux nantis. Or,
    l’éducation est un droit fondamental que les politiques centrafricains ignorent. « L’avenir d’une nation se construit sur la formation intellectuelle et socioprofessionnelle de ses enfants ».
  5. Une économie exsangue et une exploitation prédatrice des ressources minières et forestières : Malgré la sécurisation de l’axe Bangui-Garouamboulaye dans l’ouest qui a permis l’approvisionnement du pays à partir du Cameroun, les régions entières de l’est et du nord-est demeurent coupées du pays. La circulation des personnes et des biens reste compromise à cause de la présence des bandes armées. Cette reprise d’activités économiques a favorisé une petite rentrée de recettes. Toutefois, « l’essentiel des taxes échappe encore aux régies financières de l’Etat et profite aux groupes armés seleka et anti-balles AK ».  Les prix ont flambé sur les marchés. Le panier de la ménagère ne peut se remplir.Les chefs de guerre se sont répartis les zones minières, les espaces d’exploitation forestière et le braconnage de la faune. Chacun les exploite pour son propre intérêt et celui de la cause partisane qu’il défend. Les retombées financières servent de « servent au financement de la rébellion et à la déstabilisation du pays ».
  6. Le jeu de la partition
    Certains membres de la coalition seleka ont annoncé publiquement la partition du pays, ont tenu une convention à Ndélé, ont créé un état-major avec siège à Bambari. Deux états-majors existent désormais en Centrafrique. Les gendarmes déployés à Bambari ne sont pas acceptés et ne peuvent exercer leur mission de sécurité et de paix.

A suivre 2ème partie : Le chemin de la paix et de sécurité

Joseph GRÉLA

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