LES FANTOMES DE BOKASSA HANTENT LA CENTRAFRIQUE

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REPORTAGE – Cinquante ans après l’indépendance, dans un pays rongé par la misère, les habitants sont gagnés par la nostalgie de «l’empereur».

«L’histoire de la Centrafrique est celle d’un État en faillite. Ce n’est pas un État failli, comme d’autres pays, c’est un État fantôme », analyse un haut fonctionnaire international. La France, comme si elle prenait acte de son impuissance, s’est peu à peu retirée de ce symbole de la Françafrique, ne laissant sur place qu’une poignée de coopérants et de militaires.

Mathieu Gbakpoma ne va pas jusqu’à regretter l’époque coloniale. Mais l’éphémère ministre des Mines de Bokassa se surprend à plonger dans une sombre nostalgie. «Le président Bokassa n’était pas toujours bon, c’est vrai, sourit-il. Mais c’était un grand bâtisseur, il a tout construit à Bangui. Bien sûr, il n’y avait pas beaucoup de liberté. Mais c’était surtout les hommes politiques qui allaient en prison. Pour les autres c’était bien…»    Publié 

Nous avons choisi de reprendre volontairement le titre cet article du Figaro écrit par Tanguy Berthemet  le 25 05 2010 auquel nous avons ajouté les extraits ci-dessus pour deux raisons simples. La première est que cet article va avoir bientôt quatre ans alors qu’il nous étale toujours des faits d’actualité, la seconde se justifie par le fait du paradoxe dans le second extrait, où le mal semble produire le bien.

A travers ces  déclarations toutes deux oh combien pertinentes, nous retenons principalement les propos de M. Mathieu Gbakpoma, éphémère ministre des Mines de BOKASSA, qui, même s’il ne va pas jusqu’à regretter l’époque coloniale avec tous ses dérapages néfastes aux populations oubanguiennes, ne manque pas de plonger dans une certaine nostalgie de l’ère Bokassa, qualifiée ici d’une époque sombre. Ces propos montrent bien le grand paradoxe qu’il y a entre la dictature de Bokassa, qui menait une chasse ardue contre les hommes politiques centrafricains qui enfreignaient les lois par lui mises en place, et qui subissaient la foudre de ses colères à travers un séjour mémorable en prison, et le traitement réservé à la population qui souffrait très peu de cette dictature, si ce n’était à travers le sort réservé à certains parents qui trempaient à tort ou à raison dans la politique.

Cette déclaration de l’ancien ministre montre bien que la population centrafricaine, en dehors des hommes politiques qui pouvaient être inquiétés à tout moment, se portait bien mieux à cette époque.

C’étaient les hommes politiques qui allaient le plus souvent en prison. Une phrase qui sonne et qui tranche comme un couteau  traversant une barre de beurre. Elle met en évidence la nouvelle pratique politique centrafricaine, qui privilégie les hommes politiques qui ont compris que si leurs prédécesseurs avaient souffert avec BOKASSA, il n’était plus question qu’ils subissent ce genre de sort.

Ainsi tangue la bateau centrafricain. Ainsi chacun a pu constater que depuis le renversement de BOKASSA, très peu d’hommes politiques ont rendu des comptes à la justice, en dépit des gouffres de malversations financières qui leur ont permis de se payer des villas ou d’envoyer, aux frais  de l’Etat, leurs progénitures en Occident ou ailleurs, de s’offrir les biens meubles ou immeubles de l’Etat sans bourse délier, laissant les populations à la merci de la malnutrition, de l’ignorance ou de l’insécurité. Cette insécurité qui ira jusqu’à plonger le pays entier dans un abîme inqualifiable, à cause de la cupidité d’un homme, de sa progéniture et de ses admirateurs insensés, avides de tirer eux aussi les marrons du feu qui consumait la « populace » centrafricaine.

Depuis le départ de Bokassa, il « semble » que les hommes politiques ne Vont plus en prison et le CENTRAFRIQUE sombre dans une misère qui ne saura jamais dire son nom. Depuis le départ de Bokassa, il « semble » que le CENTRAFRIQUE ne sait plus où aller, quelle direction prendre.

Bokassa est parti et le CENTRAFRIQUE est perdu. Perdu dans les méandres d’un tribalisme assassin, perdu dans les brumes d’une gabegie gargantuesque, perdu dans les abîmes d’une impunité sans commune mesure.

Balancé entre une dictature expérimentale et expérimentée que d’aucuns soutiendraient et une gouvernance qui s’apparente à un ballet de « reines de fourmis » que beaucoup répugnent, le CENTRAFRIQUE, avec ses paradoxes, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Il est à la croisée des chemins à travers l’expérimentation pour la première fois d’une femme à la tête de l’Etat, il est à la croisée des chemins, et cela, les centrafricains doivent le comprendre, à travers la recherche d’un nouveau mode de gouvernement et de gouvernance, qui ne doit plus être le « copier-coller » des systèmes venus d’ailleurs et qui ont fait tant de tort au pays et à son peuple, mais  ce mode de gouvernement et de gouvernance doit être le fruit de toutes les observations faites pendant toutes ces années de navigation aveugle, pour mettre en place un système de gouvernance novateur approprié, afin de sortir durablement le CENTRAFRIQUE du chaos qu’il n’aurait pas dû vivre.

Les centrafricains ne sont pas à ce point aveugles, ils peuvent trouver le meilleur chemin pour leur pays, pour peu qu’ils le veuillent. L’impunité continuelle est dangereuse pour un pays. A éviter absolument.

Adolphe PAKOUA

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  1. A voir les choses à la loupe dans le contexte de notre pays,ce sont effectivement les hommes politiques qui devraient se retrouver au violon et par centaines car ils sont bel et bien une des causes ( et pas des moindres) de la situation que traverse la RCA .

  2. La RCA a perdu un Homme(J-B Bokassa).Le regret vient toujours après et aujourd’hui les Centrafricains comprennent et connaissent réellement les dirigeants dévoués à une cause et qui ont aimé la Centrafrique de tout leur Cœur et ame. Gerer un pays n’est pas seulement s’occuper de sa propre famille et la faire venir de tous les coins du monde malgré ce qu’elle est ( certaines personnes sans qualifications ) pour installer dans un gouvernement national .Le pays est dans un déclin total mais une ethnie et certains amis s’enrichissent sur le malheur des centrafricains. A quand ces dirigeants comprendront ? . La Centrafrique appartient à tous ses enfants jusqu’au petit village ou habite même un seul individu à qui les aides internationales et voir de ses frères doivent lui arriver. Dommage pour notre beau pays qui ne trouve pas une personne d’envergure,de lucidité et de clairvoyance dont le regard est porté sur l’avenir de tout le pays et principalement ceux qui peuvent l’avancer.

  3. Bokassa restera a jamais l’homme qui a su apporte un plus a son pays.
    Tout ceux qui arrivent a son stade doivent se decourages eux memes a travers le bilan de la RCA.

  4. Ah ! Cette époque “BOKASSA” A vous lire, j’ai l’mpression que vous tournez autour du pot, et je vous comprends ! Dois-je comprendsre qu’il nous faudra inventer un système à mi-chemin entre la dictature et la démocratie et pousser progressivement le curseur vers la démocratie jusqu’å ce que les choses redeviennent normales ? Si oui, je suis preneur.

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