CENTRAFRIQUE : LA VERITABLE RECONCILIATION VIENT DU PEUPLE D’EN BAS

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Après Ndjamena, Libreville, Luanda et Malabo, voici que s’annonce le forum de Brazzaville, où seront à « l’honneur », Séléka et Antiballaka, deux groupes armés criminels, en voie de réussir leur pari de s’imposer comme les seuls décideurs des conditions de retour à la paix et à la stabilité en Centrafrique. De fait, les autorités de transition, la classe politique et la société civile, lesquelles seront invitées à participer bien sûr audit forum, passent aujourd’hui pour des démissionnaires, du moins, des entités incompétentes et incapables de trouver ensemble les voies et moyens, de conduire le peuple centrafricain vers une sortie de crise, et la réinstauration de la démocratie.

Mais le dialogue et la réconciliation, tant souhaités et attendus, disons-le clairement, ne viendront certainement pas des politiques et des groupes armés. Certes, toutes ces forces vives de la nation, ont leur partition à jouer. C’est celle qui consistera pour chacune, comme nous l’avons vu dans le passé, à imaginer, monter et répéter plusieurs actes d’un spectacle politique à plusieurs milliards. Ainsi, quand viendra le jour de la représentation, le grand public pourra venir voir jouer et applaudir les acteurs de cette réconciliation théâtrale. Mais une fois les lumières éteintes, les caméras rangées et les millions de FCFA distribués aux uns et aux autres, chaque groupe s’en ira gaiement se mettre aussitôt à réfléchir et concevoir rapidement le prochain épisode. Ainsi, Ils reviendront encore et encore, «  professionnels  » tous autant qu’ils sont, de débats nationaux, dialogues inclusifs ou exclusifs, fora nationaux de réconciliation, table ronde, concertation de ceci ou de cela, tous aussi futiles et improductifs les uns que les autres !

Cependant, des véritables acteurs de paix, de dialogue et de réconciliation à la base, personne n’en parle réellement. Et pourtant ils sont bien là, ceux qui œuvrent en silence et dans l’anonymat, sans moyens matériels certes, mais avec un engagement et une conviction inébranlables. On peut à titre d’exemples en citer quelques-uns :

Avez-vous entendu parler des «brigades» multiconfessionnelles » ? : « Par groupe de 10 chrétiens et musulmans, ces jeunes nettoient chaque matin les rues du PK5. En choisissant le balai, en lieu et place de la machette ou du fusil, ces jeunes entendent ainsi jouer leur partition pour le retour de la paix en RCA. A travers ces actes, ils donnent à leurs aînés des leçons de tolérance et de paix. Ils montrent aux fauteurs de troubles, et par-delà aux Centrafricains, la voie à suivre. Ils montrent aussi que la paix n’est possible que par l’acceptation de l’autre dans sa différence. »

Radio Bê-Oko (“Un seul coeur”) : Dans quel coin du monde, un container peut héberger la structure d’une radio ? « Murs déshabillés, troués d’un côté, néon diffusant une lumière trop crue, à la joie de dizaines d’insectes, deux grosses pierres pour caler un ventilateur. Un ordinateur, en panne, est recouvert d’un bout de tissu. Ce sont les locaux de la radio Bê-Oko. Ils sont misérables ses infrastructures et matériels, mais la mission de cette radio est immense. A Bambari, la station intercommunautaire cherche à apaiser les tensions entre chrétiens et musulmans, qui ont embrasé la Centrafrique ». Difficile de savoir si cette radio survit toujours.

Les promoteurs des formations sur le retour de la paix et de la cohésion sociale : En exemple, l’on sait que plusieurs musulmans du Km5 dans le 3e arrondissement de Bangui ont participé, il n’y a pas très longtemps, à la mairie de leur arrondissement, à une formation visant à leur donner des notions élémentaires sur la citoyenneté, les droits et les devoirs du Centrafricain, ses obligations vis-à-vis de l’autre et de la collectivité. De telles initiatives sont à multiplier partout dans le pays, mais personne ne semble vouloir les encourager.

Qu’est devenue l’émission Centro Liv’N Piz (Centrafrique en paix) ? L’objectif des initiateurs de ce projet, était de montrer des témoignages d’habitants de la capitale, Bangui, ainsi que des courts métrages. À travers cette émission, ils voudraient prouver que les préoccupations de paix, de stabilité et de retour à la démocratie, restent les mêmes pour les membres de toutes les communautés, chrétiennes et musulmanes. En outre, il s’agissait de montrer autre chose, que les actes de violences qui touchent quotidiennement nos concitoyens.

Le Collectif 236 : Quand des musulmans et des chrétiens s’entraident à Bangui, cela apparaît aujourd’hui comme un véritable symbole et un exemple à promouvoir. Tel est la mission que s’est assigné ce groupe citoyen assidu et efficace, créé en avril 2014, à partir de simples réunions entre des chrétiens et des musulmans du quartier KM5. A cause de leurs prises de positions, ils sont de plus en plus objets des menaces d’anti-balaka et d’ex-Seleka.

Tout compte fait, n’en déplaise aux Séléka et Antibalaka, aux autorités de transition et à toute la classe politique, c’est de nos familles et nos quartiers ; de notre volonté individuelle de faire la paix, et de nos petites initiatives collectives, que naîtra le véritable dialogue, facteur de la réconciliation, laquelle pourra favoriser à nouveau le vivre-ensemble entre les communautés de Centrafrique.

GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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