CENTRAFRIQUE : LE PAYS ET LES HOMMES

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Dans ce monde d’aujourd’hui où les distances en kilomètres ne se réduisent plus qu’en centimètres, où les hommes partent d’un point très éloigné pour se retrouver très peu de temps après à un endroit à leur esprit et à leur connaissance insoupçonné, un de mes amis me racontait un jour pas si lointain, une anecdote dans laquelle il se trouvait en compagnie d’un camarade Malien. Il me révéla que lors d’un voyage en CENTRAFRIQUE, le camarade Malien, avec qui il faisait des études en FRANCE voulait découvrir ce pays situé au cœur de l’Afrique et dont il avait déjà entendu parler à travers les fresques du couronnement impérial et à travers les multiples soubresauts politiques qui faisaient s’enchaîner les coups d’État.

A leur descente d’avion à l’aéroport BANGUI-MPOKO, quelle ne fut pas la surprise du Centrafricain, de voir son compagnon de voyage s’allonger littéralement sur le tarmac, en signe de bénédiction qu’on eut dit « papale » ? Mais pourquoi fais-tu un geste si insensé, lui demanda le Centrafricain après qu’il se fut relevé de sa prosternation. Mon frère, lui répondit le Malien. Qu’appelles-tu un geste insensé. Je m’incline devant l’immense richesse de ce pays. Toute cette verdure autour de l’aéroport. Mon Dieu, que n’as-tu offert une toute petite parcelle de terre avec toutes ces plantes vertes à mes parents ? Toute cette verdure là, à elle seule trahit toutes les richesses de ce pays.

A travers ce court récit d’une rencontre opportune, quand d’autres souffrent de sécheresse, de vent de sable, d’étendues de terre où la vie est un combat de tous les jours, le CENTRAFRIQUE, ce pays au cœur de l’Afrique, n’est pas le cœur de l’Afrique pour rien. A cheval sur l’équateur, il jouit d’un climat où la saison des pluies et la saison sèche se partagent l’année en parts presque égales, offrant aux peuples qui y vivent la possibilité de mener un train de vie tout à leur guise. Ainsi le grain de maïs tombé à tout hasard par terre, tout comme la graine de n’importe quelle plante se retrouvant à terre, se transforme dans les jours suivants en une plante indépendante des soins que peuvent lui apporter les hommes.

Dans ce pays où une végétation luxuriante occupe la quasi totalité de l’étendue du territoire, il ne faut pas oublier les nombreuses richesses animales et florales, celles, aussi nombreuses et à dessein inexploitées du sous-sol à travers les gisements de mines, de diamant et d’or sans parler de celui du pétrole qui semble attirer toutes les convoitises et qui n’est pas, loin s’en faut, indissociable de la terrible crise qui traverse et secoue violemment le pays en ces jours sombres.

En dépit de tout ce palmarès fort « élogieux », le CENTRAFRIQUE tire encore et toujours le boulet, ce boulet de pauvreté que beaucoup ne peuvent pas s’expliquer avec tous les atouts précités.

La vraie explication qu’on puisse donner à de tels résultats, c’est que les richesses ne se créent et ne se développent nullement d’elles-mêmes. Seuls les hommes participent à leur mise en valeur.

Aujourd’hui, avec la crise que le CENTRAFRIQUE connaît, le pays a perdu presque dans leur totalité les prémices de ce qui constituait les signes d’un pays qui s’arrachait des tripes de l’État sauvage. Ces signes qui, pendant une soixantaine d’années, n’ont été possibles qu’avec le concourt en particulier de l’aide internationale. C’est dire la mise en jachère de ces ressources qui ne sont restées jusqu’ici que la propriété de la nature, tous les régimes politiques successifs n’ayant jamais eu comme priorité l’exploitation réelle des richesses du pays, en vue de son développement et de l’épanouissement du peuple.

Ainsi, aujourd’hui que toutes les convoitises se manifestent de partout pour gagner une portion du gâteau centrafricain, quelle attitude auront désormais les centrafricains, hommes politiques et citoyens lambda confondus pour participer pleinement au développement de ce pays ? La loi du moindre effort est connue pour être le propre du centrafricain, cela à tous les niveaux Le bâclage du travail, la va-vite, le manque de soin, le manque de suivi, le manque de conscience professionnelle, le gain facile, le je-m’enfoutisme, l’indifférence face au naufrage du voisin, toutes ces imperfections et tous ces égoïsmes ont contribué à ce que le CENTRAFRIQUE soit l’un des rares pays au monde qui manquent d’industries et de grandes entreprises pouvant faciliter le développement.

A quelque chose malheur est bon, même si le malheur centrafricain d’aujourd’hui est la dernière chose au monde qu’on puisse accepter de subir. Aujourd’hui, le malheur du peuple centrafricain doit être pour lui un vrai virage, un grand tournant pour ne plus recommencer, pour ne plus poursuivre les mauvais comportements, les mauvaises attitudes, les indifférences que nous avons eus face à la gestion des biens publics et face aux problèmes de société que nous n’avons jamais voulu percevoir.

Alors, comme ceux qui se disent prétendants au trône après la transition se montrent muets comme des carpes pendant ces périodes difficiles, comme personne ne les entend appuyer des actions pour faciliter le rétablissement de la paix dans le pays, la moindre des choses qu’on puisse faire pour les réveiller, c’est de demander au peuple d’exiger de leur part la présentation de leur programme politique au moment opportun, programme dont le peuple suivra l’exécution dès que l’heureux candidat sera désigné. Il n’est plus question de gouverner ce pays à l’odeur de vin, de champagne ou de whisky, ou au nombre de jupes accrochées comme trophées chaque soir, comme cela avait été toujours le cas. Il est désormais question de savoir à quelle étape de réalisations du programme choisi le pays se trouve, contrôle du peuple et contrôle de la représentation nationale étant les seuls garants possibles.

Conscients que nous avons atteint le fond, nous avons le devoir de ressortir de l’eau, pour nager en surface.

Adolphe PAKOUA

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