AUX VIVANTS: VOIX D’OUTRE-TOMBE

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Ô mort !
J’étais vivant
Et me voici parti
Parti pour un voyage sans détour et sans retour
Parti sans tambour ni bonjour
Parti ce jour et pour toujours.

Ô mort !
Je suis mort,
Vraiment mort
Mort sans lendemain
Mort à jamais

Ô mort,
Le définitif adieu !
Adieu, aux vivants
Adieu, vous qui m’avez tant aimé
Adieu, tous ceux que j’ai connus sur terre et chéris de tout cœur.

Adieu à vous,
Peuples des vivants de la terre
Adieu
Vous qui pleurez,
Vous qui vous lamentez,
Adieu !

De là où je suis,
Permettez que je vous le dise,
Vous qui êtes encore sur terre :
Une poignée de main à un semblable
Un simple sourire à celui qui en a besoin
Un petit signe d’amour à l’homme qui geint,
Un mot de soutien à une famille en détresse
Voilà des gestes qui valent toujours mieux et plus que tous les cris de douleurs
Tous ces torrents de larmes que vous aimez verser sur les morts,
Les mêmes que je vous vois verser aujourd’hui sur mon corps de mort sans vie

J’étais vivant
Et me voici parti
« Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ;
J’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
J’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ;
J’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ;
J’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. »

Chers vivants,
Vous qui êtes encore sur terre n’oubliez jamais :
Un mot aimable à la femme épuisée,
Une main tendue à l’enfant qui crie et pleure
Un regard d’amour à un mendiant
Tout ce que vous pouvez donner ou faire pour un vivant
Vaut toujours mieux et plus
Que vos dépenses de prestige à l’occasion d’une disparition,
Que tous vos cris et vos vaines lamentions pour moi qui ne suis plus,
Moi qui ne vois et n’entends plus rien
Moi, désormais rendu insensible à tout gémissement,
À toute manifestation quelle qu’elle soit.

J’étais vivant
Et me voici parti
Mais de là où je suis,
Je voudrais encore m’adresser de manière particulière à chacun de vous.

Toi mon Frère,
Parce que tu as appris que je suis mort
Tu cries et t’arraches les cheveux. Merci.
Mais te souviens-tu du jour où j’ai couru implorer ton pardon
Pour un péché que je n’avais point commis,
Une faute dont je n’étais même pas le coupable?
Ce pardon, je voulais simplement l’obtenir parce je t’aimais,
Parce que je souhaitais tellement que tous deux,
Nous puissions continuer à vivre en paix.
Cependant,
Ce pardon, tu as refusé catégoriquement de me l’offrir ;
Ce pardon, je ne l’ai jamais obtenu de toi jusqu’à en mourir.
Cher frère,
Aujourd’hui me voici parti.
Et de là où je suis, je voudrais te dire :
Cesse de te lamenter sur moi qui suis désormais en paix pour toujours.
De grâce : cours donc te réconcilier avec celui qui t’a blessé ou que tu as offensé,
Celui à qui tu refuses de pardonner.
Ainsi seulement, tu pourras me faire plaisir
Et prouver combien tu m’aimes,
Au lieu de continuer à te plaindre et gémir sur ma tombe.

Toi ma Cadette
Parce que tu as appris que je suis mort
Tu es revenue de l’étranger où tu vis
Pour prendre part à mes obsèques. Je te remercie.
Mais te souviens-tu encore de cette affaire d’héritage de nos parents pour laquelle tu m’avais traîné devant les tribunaux,
Lesquels avaient fini par me donner raison ?
De là ou je suis, je voudrais te dire :
Apprends dès à présent à tous tes enfants à ne compter que sur eux-mêmes,
Sur la force de leurs bras ;
L’effort personnel ne ment jamais.
Le travail opiniâtre et sérieux sauve de la misère et protège de la rancœur
Apprends une chose une fois pour toute, à tous et à toutes :
Le plus grand secret de la réussite ne réside pas dans ce que l’on peut hériter de ses parents qui eux –mêmes, ont dû consacrer toute leur vie au travail pour acquérir leurs quelques biens, mais surtout élever leurs enfants.
Mieux vaut un héritage moral, intellectuel et spirituel qui ne passe pas
Que tous ces biens pour lesquels les héritiers se disputent et finissent par s’entretuer.

Toi ma cousine,
Parce que tu as appris que je suis mort
Tu te roules par terre et te montres inconsolable. Merci.
Mais souviens-toi de ceci :
Moi, vivant, tu ne m’avais épargné
Ni injures, ni humiliations, ni fausses accusations
Tu avais ainsi consacré tout ton temps et toute ton énergie
À me calomnier, à répandre en mon nom des rumeurs et des insanités
Tout cela, parce que ma réussite sociale te déprimait
Et que ta propre jalousie t’aveuglait
Tu avais traîné partout mon nom dans la boue
Parce que tu étais habitée par une terrible haine qui te rongeait
Tu en avais voulu à mon épouse et même à mes pauvres enfants qui pourtant t’aimaient et t’appelaient « omba » – tante ;
Chère Cousine,
Parce que tu suintais l’hypocrisie,
Tu avais réussi à te faire passer pour la plus gentille de mes autres sœurs que tu détestais.
Parce que tu avais endormi totalement ma conscience,
Je n’écoutais personne d’autre que toi
Mais toi par contre, tu n’avais de cesse de me poignarder dans le dos.
De là où je suis, je voudrais te dire simplement : je te pardonne:
À ton tour, cours donc te confesser les bras levés devant Dieu et devant les hommes.
Ainsi seulement tu pourras peut-être connaître des heures de paix pour le reste de ta vie.
Toi ma sœur aînée
Parce que tu as appris que je suis mort,
Tu te laisses mourir de chagrin et de regrets. Merci.
De là où je suis, je voudrais te dire : je renouvelle et maintiens le reproche que je t’avais adressé de mon vivant, reproche qui m’avait valut de ta part, haine et rejet durant les vingt dernières années de ma vie sur terre.
En effet chère aînée,
Trouvais-tu vraiment normal d’avoir réussi à détourner le mari et père des enfants à ta propre petite sœur ?
Vois-tu, tout se paye ici-bas: ainsi, tu avais failli te suicider, lorsque ta propre fille s’était éprise jusqu’à devenir l’épouse de l’homme à côté de qui tu pensais jouir du restant de tes vieux jours.
Alors, au lieu de pleurer sur le paisible mort que je suis
Je t’engage pour les jours qu’il te reste à passer sur terre,
À tout faire pour être un parangon de vertu.
Tu devrais pouvoir te servir du témoignage de ta misérable vie
Pour enseigner aux jeunes enfants,
Comment transformer le monde en faisant le bien.

Toi mon fils
Parce que tu as appris que je suis mort
Tu te souviens enfin que tus avais des parents.
Quel dommage, quel gâchis !
Maintenant, tu peux te rappeler ce que je te disais si souvent :
L’on n’a jamais qu’une mère et elle n’est pas immortelle.
L’on n’a jamais qu’un père.
En t’éloignant de moi,
Tu avais fait le choix volontaire et libre
De vivre en orphelin de mon vivant
En me perdant, tu ne perds rien donc.
Mais alors, qui pleures-tu en pleurant de la sorte aujourd’hui?
Pour ma part je pense sincèrement que j’avais été gâté par cette vie.
Au-delà de m’avoir épargné de traverser le monde en fainéant et en mendiant,
J’avais connu le bonheur d’une progéniture féconde.
Je rends grâce à Dieu pour mes petits –enfants
Auxquels je m’étais accroché
Pour entrer dans le troisième âge en paix
Et finir mon existence terrestre en toute sérénité.
Toi cher fils
Je te sais assez intelligent.
Tu sauras donner à ta vie le coup de barre nécessaire
Pour la remettre sur le droit chemin si tu ne veux sombrer.
Parole de père.

Toi ma fille
Parce que tu as appris que je suis mort
Tu as accouru aussitôt.
Toi qui n’avais jamais le temps rendre visite à tes parents,
Jamais le temps de prendre de leurs nouvelles ne fut-ce qu’au téléphone
Maintenant que je ne suis plus
Et te voilà qui trouve le temps de te noyer dans un océan de larmes,
Secouée que tu es, par des vagues de regrets.
Chère fille,
De là où je suis-je voudrais te dire :
«À tout péché miséricorde,
À condition que pénitence soit faite
Et que ferme propos de mieux agir soit déclaré ».
Sache que malgré la multitude de tes fautes et de tes transgressions répétées
Je t’ai toujours pardonnée.
À ton tour, va, et demande pardon à ta mère, tes frères, tes sœurs.
Surtout,
Avises-toi de mettre fin à cette existence solitaire que tu mènes.
Tu es née au sein d’une famille et non sur une île déserte.

Fils et filles de la terre
De là où je suis, je voudrais vous poser cette question :
Ne vous est-il jamais arrivé de dire de votre bouche à vos parents :
Papa je t’aime
Maman je t’aime ?
Trois petits mots qui forment la clé de la porte du bonheur sur terre.
À ce triptyque, ajoutez s’il vous plaît,
Cette recommandation de Saint Paul dans sa lettre aux Ephésiens :
« Vous, les enfants,
Obéissez à vos parents dans le Seigneur,
Car c’est cela qui est juste :
Honore ton père et ta mère,
C’est le premier commandement qui soit assorti d’une promesse :
Ainsi tu seras heureux et tu auras longue vie sur la terre. »

La vie nous donne de force quelques leçons.
La mort aussi.
À vous tous chers vivants de la terre
Vous qui vous contentez d’exister sans vivre
Ou qui avez cessé d’exister en ayant oublié de vivre !
De là où je suis, permettez que je vous dise encore ceci ::
Occupez-vous de vivre votre vie.
Et si vous êtes désespérés,
Cherchez surtout à retrouver en vous-même
La plus petite graine qui redonnera goût à votre raison d’être sur terre..
Retenez ceci :
Par leur mort, ceux qui sont morts vous apprennent à vivre.

J’étais vivant
Et me voici parti
Parti pour un voyage sans détour et sans retour
Parti sans tambour ni bonjour
Parti ce jour et pour toujours
Ne venez surtout point à mes obsèques pour pleurer
N’allez pas vous lamenter sur ma tombe
Tout cela ne sert de rien à un mort
Tout cela ne me sert de rien.
Encore une fois, rappelez-vous de celui qui avait dit :
« Ne pleurez pas sur moi !
Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! »

Chers vivants,
Vous qui pleurez et vous lamentez
Sachez qu’il est maintenant trop tard pour vous et moi !
Hier,
Nous passions l’un à côté de l’autre
Sans même nous voir ;
Sans cesse nous nous croisions
Sans même un regard pour l’autre ;
Très souvent, nous ne voyions dans l’autre
Que ce qui nous repousse et nous rend étrangers.
Et sans mot dire,
Nous nous heurtions
Nous nous ignorions.

Enfin,
Chers frères et sœurs
Chers amis et connaissances
Chers parents et compatriotes
Vous tous qui vivez !
J’étais vivant
Et me voici parti
Parti pour un voyage sans détour et sans retour
Parti sans tambour ni bonjour
Parti ce jour et pour toujours.

Chers vivants,
Dépêchez-vous donc de vivre
Dépêchez-vous d’aimer,
Dépêchez vous de faire du bien sur terre dès aujourd’hui.
Demain il sera tard!

La vie est une grande école,
Et la mort, une leçon de vie.

GJK-GUY José KOSSA

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