ANALYSE DE PRESSE : CENTRAFRIQUE – DES TRACTATIONS SOUS-REGIONALES AUTOUR DU REMANIEMENT MINISTERIEL

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Centrafrique moribonde. Centrafrique mendiante de l’unité, de paix et de l’autorité. La transition sans pouvoir réel est ballottée. La présidente, pionne, à la tête et les mains liées par le sommet du 15 janvier à Ndjamena au Tchad. Elle n’a pas de pouvoir ni d’autonomie pour se décider de la composition de son gouvernement. Elle bat les pavés, au Congo-Brazzaville, au Tchad pour négocier, pour présenter les personnalités centrafricaines susceptibles de composer le gouvernement.

Or les ennemis de la république, soutenus par Idriss déby vacillent, tatillonnent mais restent encore debout grâce à leur mentor. Des soutiens logistiques sont mis à leur disposition pour leur déplacement. Ils sillonnent également les pays sur les pas de la présidente pour négocier ou plus exactement imposer leurs hommes dans le gouvernement « plus inclusif et plus représentatif » selon la présidente Samba Panza. Va-t-elle vendre le pays en leur cédant des postes régaliens (Défense, Affaires étrangères, Sécurité publique et Justice) dont la primature aux selekas ? A-t-on besoin des ennemis dans le gouvernement ? Si oui, le pouvoir serait à eux. Ils auront gagné. Si non, il faut les combattre et les désarmer. Doit-on leur faire de la place dans les instances de décisions nationales et internationales ? Si oui, où va-t-on ?

La présidente de transition est-ells soumise, sans fermeté ? A-t-elle une marge de manœuvre réduite à cause des accords inédits de Déby ? Attendez et vous verrez.

Il continue de penser à signer l’acte de décès de Centrafrique

Idriss Deby ami gênant de Paris, débarqué de la Misca, autoritaire, répressif qui était entrain de s’imposer comme le pivot de la France et sangaris continue toujours de tirer les ficelles de la déstabilisation de Centrafrique et d’œuvrer ardemment contre les factions moins dures des selekas. Déby a remis sur la table les accords tacites sur le départ de Djotodia et madame Samba Panza peine à former son gouvernement annoncé et attendu depuis au moins un mois. Selon Vincent Duhem, reporter de Jeune Afrique dans le n° 2781-2782 du 27 avril-10 mai 2014, les relations de madame Samba Panza «  avec le Tchad d’Idriss Déby Itno sont particulièrement difficiles. À N’Djamena, un accord tacite aurait été conclu entre les différents protagonistes, prévoyant que si un chef de l’État chrétien était élu (ce qui est le cas de Catherine Samba-Panza), le Premier ministre devrait être musulman ». Naïve ou indépendance d’esprit, non informée ou ironie du sort,  celle qui « n’entrait pas dans les plans des chefs d’État de la CEEAC » avait nommé Nzapayéké, non-musulman, premier ministre. Depuis cette nomination contraire aux aspirations et aux calculs stratégiques de Ndjaména,  Déby la « boude » et le lui a clairement fait comprendre, mi-février, lorsqu’elle est venue en visite officielle au Tchad, selon l’analyse du journaliste. Elle « peine à s’imposer, elle, victime de l’éternelle querelle de leadership entre ses homologues », parrains du processus de transition qui n’avaient jamais imaginé son élection. « Dans ce contexte, le retrait des soldats tchadiens manifeste également la défiance [de Déby] à l’égard des nouvelles autorités de Bangui », ajoute le reporter.

On comprend aisément les difficultés de la formation du nouveau gouvernement. Elle ne peut, toute seule, en âme et conscience, se décider de la nomination de nouvelles personnalités pour le nouveau gouvernement et surtout pour la désignation du premier ministre. Elle doit composer avec les diverses positions des ses homologues régionaux et surtout les présidents Sassou Nguésso et Déby. Des noms doivent leur être soumis et avalisés. Idriss Déby a envie de prendre sa revanche sur la situation en Centrafrique et profiter de l’occasion pour rebondir, reconquérir ses visées impérialistes, dominatrices. D’ailleurs, monsieur Le Drian a demandé au président en exercice de l’UA, le mauritanien Mohamed Ould Abdelazi « en tant qu’ami de Déby, de lui parler »…afin de faire revenir les troupes tchadiennes en Centrafrique et  au président Ouattara de Côte d’Ivoire de « discuter avec le Tchadien Idriss Déby lors du prochain sommet de l’Union Africaine, en juin, pour le convaincre de renvoyer des troupes »  en Centrafrique, avait rapporté l’envoyé spécial de Jeune Afrique n°2784 du 18 au 24 mai 2014.

Dans ce contexte, les raisons de déplacement des selekas dans la sous-région non seulement pour la conquête de la reconnaissance mais surtout pour tailler la part du lion dans le nouveau gouvernement se justifient et s’expliquent. Une délégation de la branche politique de la Seleka s’est rendue à Brazzaville par vol spécial au départ de Bangui. « L’objectif est de rendre compte au président Sassou Nguesso, médiateur de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale en Centrafrique, des résultats du congrès du mouvement qui s’est tenu le 11 mai à Ndélé (Nord). La délégation se rendra ensuite au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale et au Tchad. Les anciens rebelles,  annonce Jeune Afrique, cherchent à apaiser les inquiétudes de la communauté internationale concernant la création à Ndélé d’un état-major » dirigé par le général Joseph Zindeko.

Les messages SMS en cause et suspendus : Nouvelle forme de Censure

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Par ce  texte, Centrafrique entre dans une nouvelle ère de censure après celle de la presse. Véritable outil de communication sociale, redoutable par ses appels à la manifestation dont le printemps arabe réussi grâce aux textos, le sms angoisse le pouvoir de Bangui qui craint les appels à la grève générale lancés et relayés par celui-là ces derniers jours et les implications sur cette façon de communiquer incontrôlée qui ont paralysé la ville de Bangui. Alors, depuis lundi 02 juin 2014 « l’utilisation de tous les SMS pour tous les abonnés de la téléphonie mobile est désormais suspendue jusqu’à nouvel ordre… sur instruction du premier ministre » ainsi peut-on lire dans la note du ministère des postes et des télécommunications qui a soutenu « contribuer à la restauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire ».

« Nous sommes en situation de guerre. C’est une mesure temporaire, qui devrait durer quelques jours, que nous prenons pour tenter de contrôler la situation sécuritaire » a tenté de justifié le premier ministre Nzapayeké à Jeune Afrique. La décision a été prise lundi alors que des SMS invitant à la grève générale étaient envoyés aux habitants de Bangui. « Ville morte à partir du 5 juin, pas de bar, d’école, de boulot. Rester chez vous jusqu’au désarmement – partagez SVP », indiquait le message lancé par un collectif qui se dit apolitique baptisé « Centrafrique lève-toi ». Les raisons officiellement évoquées restent le maintien de la paix et du calme qui avait été retrouvés peu avant la récente reprise des violences.

Quand on essaye d’envoyer un texto via le réseau Orange, à Bangui, il est écrit « sms interdit », a constaté l’AFP. Le gouvernement ne sait-il pas qu’il y a d’autres réseaux sociaux ? A-t-il les capacités de lutter contre les réseaux sociaux et les contrôler ? Les observateurs doutent que ce combat s’annonce stérile. C’est un coup d’épée dans l’eau. La vieille méthode ne s’est pas encore essoufflée : le bouche à oreille qui a produit ses effets lors de grandes grèves des élèves et étudiants en 1977 contre les uniformes imposées par le pouvoir impérial.

Nouvelle attaque contre MSF à Ndélé
L’absence de MSF, est une tragédie pour les populations

L’aspect confessionnel du conflit en Centrafrique n’est pas à mettre en avant,  il mais «  il s’agit d’un conflit de pauvreté » dit madame Hyacinthe Wodobodé le maire de Bangui, à la journaliste  Florence Richard l’envoyée spécial de Libération. On ne respecte rien. Les MSF sont consternés par la violence utilisée à l’encontre de leurs équipes un mois seulement après le massacre de Boguila, au cours duquel 18 civils dont 3 employés ont perdu la vie. « Nous restons déterminés à apporter des secours médicaux aux populations centrafricaines, mais un minimum de conditions doit être respecté par les parties aux conflits. Sans celles-ci, nous ne pouvons pas travailler », a expliqué Javier Eguren, chef de mission pour MSF qui vient de retirer une partie de son personnel de la ville de Ndélé, située dans le Nord de la Centrafrique, suite à une nouvelle attaque à mains armées, à l’encontre de ses équipes médicales et de ses structures par quatre hommes, dans la nuit du 02 juin 2014, a rapporté Afriquinfos. MSF qui travaille en RCA depuis 1997, dispose, actuellement, de plus de 300 expatriés et plus de 2000 Centrafricains dans le pays. Entre décembre 2012 et mars 2014, 115 incidents de sécurité ont eu lieu à l’encontre des équipes de MSF en RCA.

Mais, en attendant la publication de la composition du nouveau gouvernement, la priorité reste le désarmement

Joseph GRÉLA

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