RCA: POUR NZAPAYÉKÉ LE GLAS A SONNÉ !

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Comment faire pour en finir avec la crise qui perdure en RCA, et arriver à restaurer la démocratie dans les meilleures conditions? A cette inquiétude, les stratèges occidentaux qui scrutent la situation de la Centrafrique, analysent toutes les données, et induisent les grandes décisions applicables spécifiquement au difficile cas centrafricain, en seraient arrivés à une  conclusion sans appel : épurer l’actuelle transition, en imposant un ajustement à la fois juridique, politique, structurel et fonctionnel. Pour y parvenir, les pays de « la communauté internationale », auraient fini par s’accorder sur des solutions pressantes, qui sont autant de mesures politiquement contraignantes et « éliminatoires », adoptées en vue de suppléer à l’incapacité notoire, aux carences et aux atermoiements de la classe politique centrafricaine.

Dans un premier temps, il a fallu avant tout confronter les différents points de vue, discuter et arrêter une position commune quant aux deux premiers dirigeants de l’exécutif centrafricain. A ce niveau, la stratégie commune viserait à maintenir à son poste Madame Samba-Panza, l’actuelle Présidente de la Transition, afin d’éviter de remettre en question son élection par le CNT. Une autre raison avancée, la plus évidente semble-t-il, serait que Samba-Panza, en quelques mois de sa présidence, aurait fait preuve d’une totale disponibilité et d’une grande obligeance, à suivre les directives et à appliquer toutes les mesures, même les plus impopulaires, qui lui sont dictées et imposées de l’extérieur, par la communauté internationale. Jamais aucun dirigeant centrafricain, même le plus nul parmi tous les nuls qu’a connu la République, ne s’est montré aussi docile et aussi bon éléve. Quant au Premier Ministre André Nzapayéké, que tout le monde apparemment évite et redoute pour sa clairvoyance, son indépendance et le ton de ses discours, faute de le contraindre à la démission, tout serait mis en oeuvre pour rendre sa mission impossible et le mettre mal à l’aise. Voilà ce qui expliquerait ses fréquentes sorties et “fuites en avant”, qui n’ont pour but que d’essayer d’emmener la Présidente de la Transition, à le conforter dans les détails et la mise en application concrète, des grandes lignes politiques pourtant discutées et arrêtées de commun accord. Malheureusement à l’arrivée, il se retrouve souvent bien seul et incapable de se justifier devant le peuple, tandis que Madame Samba-Panza, véritable détentrice du pouvoir, en plus soutenue par les “parrains”, peut toujours s’en tirer et tirer profit des déconvenues de celui qu’elle a nommé, elle-même aux fonctions de Premier Ministre.

Tout compte fait, Monsieur André Nzapayéké se verrait  bientôt contraint de céder sa place à un homme politique du sérail, connu de tous, et qui a été déjà plusieurs fois Ministre en Centrafrique. Certes musulman mais ni Séléka, ni Antibalaka, ni compromis dans les innombrables “sales affaires” des régimes qu’il a servi. L’heureux pressenti par ailleurs ancien député, serait, à ce qu’il paraît, plutôt bien apprécié par les cadres des différents camps de belligérants, la classe politique, ainsi que la plupart de ses compatriotes Centrafricains. Sur le plan extérieur, le Premier Ministre dont le nom circulerait déjà, serait un Expert réputé, Consultant et Conseiller auprès de plusieurs gouvernements et Chefs d’Etat d’Afrique, – il serait notamment un protégé de Sassou Nguessou le Président Congolais – avec qui il entretiendrait de très bons rapports, et partagerait les mêmes convictions maçonniques. En outre, pour un pays en quête permanente d’argent, notre ci-devant futur Premier Ministre Centrafricain, serait aussi bien à l’aise dans les négociations avec l’Union Européenne qu’avec les grandes institutions financières et économiques mondiales. Enfin, pour se convaincre vraiment que quelque chose bouge en silence au sujet de la Primature, autant on a aperçu quelquefois, l’Homme dont tout le monde veut taire le nom, sortir par les portes dérobées de certains bureaux feutrés du Quai d’Orsay, – le Ministère Français des Affaires Etrangères – autant les habitués des vols longs courriers, l’ont croisé à maintes reprises dans des avions, effectuant des allers et retours entre l’Afrique, l’Europe et les Etats-Unis. S’il n’est pas toujours invité, il consulte cependant beaucoup; sans en donner l’impression des fois, en envoyant par exemple des sms, – suspendus en Centrafrique – à des gens qu’il connaît à peine. Son plus grand voeu, c’est de pouvoir marqué la différence dès les premières semaines de sa nomination, en rendant bien visibles les signaux d’un véritable retour à la paix et à la stabilité, et bien sûr, chose non négligeable, en payant plusieurs mois et ensuite régulièrement les salaires. Arrivera-t-il ou non à le faire? Le futur Premier Ministre espère en tout cas, car il pose ses conditions et entend avoir les assurances sur les moyens de mettre en oeuvre sa politique avant de s’engager. Un autre point sur lequel il hésite beaucoup, concerne la nature de ses relations avec Samba-Panza, qu’il ne critique pas ouvertement, mais à qui il voudrait demander, si les choses se confirment, de le laisser “gouverner librement et en paix”, sans interférence et sans excès d’ingérence, c’est-à-dire, en évitant les petits arrangements entre amis et parents, et surtout en laissant la justice faire son travail en toute indépendance, toutes choses dans lesquelles, la Présidente de la Transition ne brille pas particulièrement de par sa réputation. Dans la foulée de sa nomination, Nzapayéké n’avait pas eu cette chance et ce temps.

En effet, le Premier Ministre qui devrait être nommé, quels que soient son nom et sa personnalité, pourra-t-il redonner la confiance et remettre les Centrafricains au travail? En une année, le pouvoir présidentiel a changé tellement de mains en RCA, et la crise militaro-politique, a usé tant d’hommes exceptionnels et de grandes qualités. L’on a beau imaginé le meilleur profil, cherché et “déniché” l’oiseau rare des buissons touffus, les Centrafricains plusieurs fois échaudés, ne demandent plus à croire, mais à voir, toucher et goûter. Et même à ce stade, les Centrafricains, puisqu’ils ont été privés pendant très longtemps, d’eau, de pain et de paix, de lait et de miel, attendent à la limite d’être gavés comme des oies, et c’est seulement, quant ils commenceront à se sentir repus, qu’ils pourront alors et peut-être, lancer enfin “Ecce Homo!” . Voici l’homme qu’il nous fallait.

S’agissant des observations soulevées, et des autres points de discussion qui auraient été abordés par les stratèges de la communauté internationale, il y’a lieu de retenir notamment, la question de l’article 106 de la charte constitutionnelle de transition qui stipule : « Le Chef de l’Etat de la Transition, le Premier Ministre, de Transition, les membres du Gouvernement de Transition et les membres du Bureau du Conseil National de Transition sont inéligibles aux élections présidentielles et législatives organisées à l’issue de la transition ». A ce sujet, il a été souligné, à raison, que cette disposition constitutionnelle, semble avoir mis un frein, – hormis les éventuels candidats aux législatives et à la présidentielle – à l’engagement de beaucoup de cadres compétents. Préférant observer une attitude de réserve, ceux-ci craignent en fait, d’hypothéquer leur chance de carrière, pour quelques mois de transition, et au risque de compromettre ainsi, leur avenir professionnel post transition. Une  telle attitude, aussi insensée soit-elle, est bien symptomatique de la mentalité du fonctionnaire centrafricain, dont les diverses promotions à des postes de responsabilités, ne sont presque jamais fonction uniquement des  mérites personnels. D’un autre point de vue, la suppression de ce fameux “verrou constitutionnel”, peut être interprétée comme une espèce de pression politique, et un appel adressé à tous les leaders d’opinion, qui hésitent à s’engager concrètement et sans réserve, à occuper les hautes fonctions de l’état. En définitive, la transition est, demeure, et doit être comprise comme l’affaire de tous. Ce qui n’est pas le cas de tous ceux qui refusent de “mouiller la chemise”, et n’agissent qu’en fonction des calculs uniquement politiciens. Enfin, et l’on se souviendra de certains de mes articles, cette interdiction constitutionnelle une fois levée, les plus hautes autorités de transition que sont Alexandre Nguendet, le Président du CNT et Madame Samba-Panza, la chef de l’Etat, auront le droit de se porter candidats à la Présidentielle. Naturellement, Samba-Panza qui bénéficie de l’onction internationale, est déjà, ainsi que je l’avais précédemment écrit, en pré-campagne et tout le reste de son mandat ne visera qu’à la préparer à sa propre succession. Il va de soi, qu’elle ne voudra surtout pas organiser la présidentielle pour la perdre. Ce qui est écrit, que tous les autres candidats le tiennent pour dit !

Sur un autre régistre, le mini-sommet tripartite sur la Centrafrique qui s’est tenu le 6 juin 2014 dernier à Luanda, entre les présidents de l’Angola, José Eduardo dos Santos, de la République du Congo, Denis Sassou-N’Guesso, et de la République du Tchad, Idriss Déby Itno, au-delà des déclarations officielles, des annonces et des bonnes intentions, obligent à des interrogations sérieuses : pourquoi la Présidente Centrafricaine n’a-t-elle pas été conviée à ce mini-sommet ? La malade à qui l’on veut administrer des soins, pourrait-on raisonnablement s’attendre à sa guérison tant qu’elle n’aura pas elle-même précisé la nature et les tous détails de ses crises ? Absente, comment cette malade recevra-t-elle son ordonnance, ses médicaments et ses perfusions ? A mon avis, cette attitude désobligeante vis-à-vis de la RCA, de la part des pays africains frères, au-delà de manquer d’élégance et d’un minimum de « galanterie » à l’égard de notre Présidente, prouve bien qu’il s’agit d’un conclave dont les résolutions, quelles qu’elles soient, risquent d’être des pilules difficiles à avaler pour les centrafricains. Quoiqu’il en soit, ces trois chefs d’Etat, il est presque certain, ont dû discuter autour des nouvelles stratégies de transition élaborées par la « communauté  internationale », dont ils sont les “partenaires locaux”.

Enfin, il est important de noter que du 20 au 27 juin 2014, se tiendra à Malabo (Guinée Equatoriale) le 23e sommet de l’Union africaine. Le Dimanche 25 mai 2014, lors d’une rencontre avec les ambassadeurs accrédités à Malabo, le Président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a déclaré: « Ce sommet de l’Union Africaine est une occasion où les leaders des États africains doivent aborder les thèmes cruciaux et importants qui affectent la sécurité du continent… Nous allons aborder ce problème, très sérieusement, lors du Sommet de l’UA ici à Malabo…Nous ne devons plus tout attendre de pays tiers, c’est-à-dire de pays non-africains, pour résoudre les problèmes africains, car c’est de là que vient l’ingérence… L’Afrique est adulte, nous devons nous associer tous ensemble, nous les leaders des pays africains, pour résoudre les conflits dans n’importe quelle partie du continent ». La Guinée Equatoriale, pays membre de la CEEAC, économiquement et financièrement très lourd, on aurait voulu entendre son Président Teodoro Obiang, se prononcer suffisamment et régulièrement à propos de la crise centrafricaine, que Deby et Sassou, ont cru devoir “apprivoiser” pour en faire leur affaire personnelle. Ce sommet de l’UA, manquera-t-il de donner l’occasion au Président Equato-guinéen de prendre sa « revanche » sur ses confrères, en annonçant des décisions exceptionnelles, – reste à savoir lesquelles – concernant la RCA ? Devons-nous attendre à un combat de coqs entre le « club de Luanda » et celui de Malabo ? Dans tous les cas, il ne faudrait pas perdre de vue, l’omniprésence de la France dans toutes les décisions qui seront annoncées dans les plus prochains jours.

En attendant, Bangui doit se préparer à bouger politiquement après Malabo, qui sonnerait le glas des fonctions de André Nzapayéké.

 GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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