RCA: LA PAROLE DES HOMMES ET DES FEMMES POLITIQUES EST DEVALUEE

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« Au commencement était la Parole. Et la Parole était avec Dieu. Et la Parole était Dieu. » Cette sublime assertion que l’on peut lire dans le 1er verset du 1er chapitre de l’Evangile selon Saint Jean démontre, si besoin en était, l’importance ultime du logos dans l’acte créateur du monde. Ce que la théorie de Big-bang n’est arrivée jusqu’ici à contredire. Bien au contraire, elle lui donne plus de consistance et de pertinence. En effet, c’est par la parole que tout a été créé. « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. » C’est aussi par la parole que tout le monde sera jugé à la fin des temps, c’est à dire par Jésus-Christ, la Parole faite chair. La parole est source de bénédiction. Elle peut aussi être source de malédiction.

S’il y a un domaine où la parole est malmenée à longueur de journée, c’est bien la politique. En effet, on y trouve des hommes et des femmes supposément sincères mais qui mentent comme ils respirent. Ils disent tout le contraire de ce qu’ils pensent et pensent tout le contraire de ce qu’ils disent. Ils racontent au peuple des sornettes auxquelles eux-mêmes n’y adhèrent. En politique, on vous regarde les yeux dans les yeux et on vous ment sans vergogne, en plus on dénigre sans façon. On accuse sans fondement et on salit son prochain tout juste pour l’éliminer de la course.

Si les Sélékas et les Antibalakas tuent par des armes à feu et des machettes, de nombreux centrafricains assassinent leurs compatriotes par des injures et des propos diffamatoires dont ils ne mesurent même pas les conséquences. La haine suinte à travers des phrases violentes et virulentes qui peuvent terrasser les plus costauds. Comment peut-on en même temps parler de réconciliation et proférer des paroles si violentes à l’égard des autres ?

La vérité, c’est que l’inflation des promesses non tenues, la multiplication des paroles creuses, vides de sens et sans lendemain ont fini par créer une situation inédite en République centrafricaine : la parole des hommes et des femmes politiques est purement et simplement dévaluée. Et si en plus l’autorité de l’Etat est toujours en berne, il n’est pas exagéré de penser que le peuple ne croit plus à rien, ni à personne. C’est un handicap assurément. C’est moins structurant. Le peuple c’est comme un enfant qui a besoin de placer sa confiance en son père quand bien même celui-ci serait pauvre. Le peuple a besoin de croire en ses dirigeants pour avancer sur le chemin de la modernité.

Lorsqu’un Premier Ministre de la République et le Ministre de la sécurité publique déclarent publiquement qu’il y a une tentative de déstabilisation de l’Etat dont les instigateurs sont certains membres du cabinet de la Chef de l’Etat et de son propre cabinet et que deux mois après cela personne n’est inquiétée et l’accusation se dégonfle comme une baudruche, il se pose un problème de crédibilité. Lorsque les plus hautes autorités de l’Etat déclarent publiquement qu’il va y avoir un remaniement dans les 48 heures et que deux mois après il ne se passe rien et sans aucune explication, il se pose en plus du problème de la crédibilité, le problème de responsabilité.

Dans certaines circonstances il vaut mieux parfois ne rien dire que d’envoyer des phrases en l’air qui vous retomberont tôt ou tard sur la tête comme boomerang.

Alain LAMESSI

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