CENTRAFRIQUE : UN PEUPLE MANIPULÉ

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« Malheur à l’homme seul », aimait à dire à son époque Barthélémy BOGANDA,  fondateur de la République CENTRAFRICAINE, pour prévenir contre la balkanisation de  l’Afrique et éviter ce qu’il dénommait lui-même la formation de « Poussières de Républiques ».

Aujourd’hui, un peu plus d’un demi-siècle après sa disparition, combien de fois doit-il se retourner dans sa tombe d’entendre le vent souffler à ses oreilles pour lui répéter, à maintes reprises, que sa propre terre natale, celle-là qu’il avait servie de toute son âme et de toutes ses forces, était gagnée par le vent de la division ?

De ses enfants, certains se reconnaissent aujourd’hui musulmans, d’autres chrétiens. De ses enfants, ceux-là mêmes qui ont vécu depuis sa disparition jusqu’à il y a moins de deux années en parfaite harmonie, qui avaient du mal à se dire musulmans ou chrétiens dans n’importe quel coin du pays, dans n’importe quel service public du pays, aujourd’hui, la manipulation extérieure, aidée d’une poignée d’assoiffés nationaux de gloire, est en train de faire son chemin, pour atteindre son objectif de scission du pays.

Une bonne partie des « musulmans centrafricains », nationaux dans leur chair et dans leur âme, se sont laissés tomber mains et pieds liés dans le piège de la SELEKA, pour prêter main forte à des ennemis venus d’ailleurs, dans la destruction du patrimoine national, et accepter aujourd’hui, d’être déplacés dans certaines régions du pays pour y trouver la sécurité dont ils avaient besoin, comme si une telle mesure était la seule solution au retour de la paix dans le pays. Autant accepté d’être éloigné complètement du pays que d’accepter une telle mesure. Là n’est pas non plus la meilleure des solutions.

Une bonne partie des « chrétiens centrafricains », chrétiens ou animistes, érigés en ANTIBALAKA, sont aujourd’hui gagnés par l’esprit de vengeance morbide née des exactions, des saccages, des viols, des vols et des tueries orchestrés par les éléments de la SELEKA, dont une grande partie, n’ayant aucune affiliation avec le peuple centrafricain, pouvait dès lors se livrer à une barbarie insoupçonnée sur ce peuple de CENTRAFRIQUE, que même des musulmans centrafricains, pour ne pas dire aussi des chrétiens centrafricains, ne pouvaient admettre du fond de leur âme et de leur conscience.

Comment peut-on expliquer que de nos jours, des gens qui ont toujours vécu ensemble puissent, sur un coup de tête, se mettre à s’entre-tuer en sachant que dans l’autre camp, il y a une sœur, une cousine, un oncle, un ami de très longue date ?

Comment peut-on comprendre que même jusqu’aujourd’hui, les africains continuent de dénoncer les tracés des frontières coloniales africaines, qui ont vu des familles se trouver séparées les unes des autres par la volonté des colons ?

Comment comprendre qu’aujourd’hui, l’idée puisse traverser l’esprit de certains pour dire à haute voix que la seule solution à la crise centrafricaine est la partition du pays ? Comment peut-on accepter qu’on ne puisse pas vraiment faire l’effort nécessaire pour trouver des solutions idoines afin de ramener la paix dans le pays, des solutions autres que celle de déplacer des populations sur une base religieuse, pour les confiner dans une partie du pays, avec la conviction qu’elles y seront en sécurité. Et comment se fait-il que cette sécurité ne soit possible que dans ces zones choisies ? Et pourquoi ne pas tout faire pour assurer cette sécurité là où exactement ces populations ont toujours vécu ?

Le déplacement des populations pour assurer leur sécurité dans une partie donnée du pays ne sera jamais une solution acceptable pour la majorité des centrafricains, tout comme ne le sera nullement la folie de penser à une partition quelconque du pays.

Les populations centrafricaines ont souvent vécu en symbiose dans la misère du manque de développement de leur pays. Et ce ne sera pas à cause de la ruée vers l’or, le diamant, les mines ou le pétrole qui rejaillissent aujourd’hui à la face du monde, qu’il faut fragiliser davantage le pays en distillant dans la tête des uns et des autres, l’idée de la partition. Les centrafricains, de toutes obédiences religieuses confondues, doivent le comprendre. Ce ne sera que dans l’unité et la dignité retrouvées, qu’ils devront sortir la tête de l’eau, pour se relever de cette manipulation extérieure qui ne doit pas manquer de leur  montrer la voie du réalisme.

Adolphe PAKOUA

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