RCA : N’AYEZ PAS PEUR…DES MOTS…MAIS DES MAUX !

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Il en est en Centrafrique aujourd’hui, des effets de certains mots sur certaines catégories de personnes comme exactement, des effets qu’ont produit ou peuvent encore produire sur l’ensemble des Centrafricains « normaux », les mots comme choléra autrefois, sida encore et toujours, et maintenant le terrible virus Ebola. Ces infections mortelles, dans l’imaginaire collectif nous le savons, créent, alimentent et entretiennent tout à la fois, l’idée que tout le monde peut les contracter – donc aussi les éviter -; le sentiment de peur que suscite la mort qui peut en résulter ; enfin, les divers questionnements au sujet de cette tragédie qu’est la fin de vie, c’est-à-dire la recherche des réponses et des solutions, qui aboutissent finalement, à la philosophie ou à la  conception que chacun se fait de la vie et de la mort, à travers ces différents maux : choléra, sida, Ebola, mort, etc…

Ami lecteur, chère lectrice, maintenant je vous invite, si vous en avez le temps, à une petite marche « spirituelle » :

Traversez dès à présent les allées du pouvoir – la présidence, le CNT et le gouvernement – et tout en marchant, prononcez plusieurs fois haut et fort le mot « audit » !
Je vous assure, tout le monde s’exclamera… « oh dites ! » en vous faisant signe de la fermer.
D’autres qui se croiront plus intelligent ajouteront « chasse aux sorcières » !
Et enfin les plus audacieux et pernicieux, l’air dépité, murmureront : « ah non Tout sauf Meckassoua ! »

Ouf !

Audit !…oh dites !…chasse aux sorcières !…Meckassoua ! Alors, moi je dis : chiche ! 

Ne vous découragez pas. Continuez votre marche et dès que vous arrivez dans les rangs des rebelles, lâchez plusieurs fois les mots « Dialogue ! », « cessez-le feu ! ».
Vous n’aurez même pas encore fini de les prononcer que les différents combattants en chef, vous posent déjà tous en même temps les mêmes questions :

  • combien de postes ?
  • quels ministères ?

Ouf !

Dialogue !… cessez-le feu ! … combien de postes ?… quels ministères ! Alors moi je dis : foutaise !

Si vous n’êtes pas fatigué, ami lecteur, chère lectrice, rassemblez alors tous les partis politiques et dites-leur sur un ton grave et solennel ceci : « Chers compatriotes, la situation actuelle nous oblige à la recherche permanente d’un consensus et surtout une union sacrée autour des mêmes objectifs ».

Je vous assure ami lecteur et chère lectrice, vous même vous serez étonné du tonnerre d’applaudissements qui accueillera vos mots, des mots de tous les jours mais qui à cet instant précis, apparaîtront comme si vous veniez de les créer.

Mais ne vous y méprenez guère ! Dans les premières dizaines de minutes après cette réunion, votre pauvre smartphone que vous n’avez pas pris la précaution de bien charger depuis ce matin faute d’électricité à Bangui, n’arrêtera plus de sonner jusqu’à épuisement total.

 Allooo…Oui, c’est X, président du parti Y… Je suis vraiment d’accord avec votre idée de consensus. C’est exactement cette idée qui nous a poussé à créer notre regroupement politique dans lequel on sait qu’on ne s’entend pas, mais on s’arrange toujours à être ensemble en attendant…Ce n’est pas grave, on enverra pour le gouvernement d’union sacrée, une liste de deux ou trois noms comme vous avez demandez… Choisissez surtout le nom du candidat de mon parti s’il vous plaît… Mais si vous prenez l’un des deux candidats des autres partis, je vous préviens, je convoquerais une réunion et une conférence de presse pour dire que notre regroupement politique soutient certes le gouvernement, mais ne souhaite pas en faire partie… A partir de ce moment, on va demander le retrait du gouvernement du ministre nommé au nom de notre regroupement politique. Et si ce dernier ne démissionne pas, il sera naturellement exclu de son parti…le reste ce n’est pas mon problème.

En même temps dans son for intérieur voici ce que pense tout seul et tout bas X président du parti Y, englué dans ses calculs de probabilités:

 Dans tous les cas, si c’est le gars de mon parti qui est nommé ministre et que les autres veulent me jouer le même coup que je leur prépare, qu’il sache que j’ai plus d’un tour dans mon sac ! Je m’arrangerais à dire à mon candidat de rester là-bas au gouvernement. Qui est fou ? Quelque chose où tu arrives tout de suite tu as dès le lendemain, frais d’installation, voiture, chauffeur, carburant, missions, argent de poche toutes les semaines, sans compter ceux qui viennent te « saluer », te dire merci avec de petites enveloppes…eh walaï ! si ce n’était pas à cause de la honte, j’allais moi-même me positionner dans ce gouvernement de Kamoun, même si c’est pour deux mois. Là où je suis actuellement, qui vient me donner même 100 000 FCFA à la fin du mois ! Au contraire, parents et partisans attendent tout de moi, car le parti c’est moi d’abord ! Donc, si mon candidat est retenu, on va l’exclure pour faire plaisir à ceux qui veulent croire à cette fausse exclusion. Et dès que le gouvernement de quelques mois de Kamoun s’achève, il lui suffira d’écrire une longue lettre d’explication et d’excuse au parti. Ainsi, le tour est joué et le voilà réintégré !

Ouf !

Partis et associations politiques !…consensus…union sacrée… ! Alors, moi je dis : Hypocrisie collective !

Ami lecteur et chère lectrice, gardez votre souffle car le meilleur est à venir. Prenez votre courage à deux mains et allez chercher une petite « consolation patriotique » du côté de la société civile. Convoquez à une très grande réunion tous ceux qui se réclament de ce grand regroupement de grands calculateurs méthodiques.

Alors, avant de prononcer votre allocution et d’ouvrir le débat, demandez un tour de table pour les présentations individuelles. Vous vous rendrez très vite compte au fur et à mesure de ces présentations, que les visages qui défilent devant vous ainsi que les noms qui sonnent à vos oreilles, vous sont presque tous familiers ! Vous avez raison. Vous avez vu presque tous ces visages, et entendu prononcer pratiquement les mêmes noms, lors de vos précédentes rencontres avec les personnes qui sont à la présidence, au gouvernement, parmi les rebelles et dans les partis politiques.

Ouf !

Faites un effort et résistez. A la fin de la réunion, il ne restera autour de vous que deux personnes : l’Imam Kobine et l’Archevêque Nzapalaïnga.
Et dès que vous allez vouloir chercher à comprendre auprès des deux hommes de Dieu ce qui se passe en Centrafrique, vous vous apercevrez que :

  • L’Imam s’en ira en criant à tue-tête : « Allah Akbar Allah Akbar Allah Akbar Allah Akbar Allah Akbar Allah Akbar Allah Akbar Allah Akbar »
  • L’Archevêque s’éloignera de son côté en chantonnant : « Credo in unum Deum, Patre omnipotentem, factorem caeli et terrae, visibilium omnium et invisibilium. Et in unum Dominum Jesum Christum Filium Dei unigenitum… »

Ouf !

Société civile !…association !…concertation !…mouvement !…cercle de ceci !…groupe de cela… !  Alors, moi je dis : mon œil, tous, des officines politiques !

Vous êtes épuisé mais faites le compte : Audit, chasse aux sorcières, dialogue, consensus, union nationale, union sacrée, société, regroupement etc. Des mots, qui tous, donnent des maux et bien des insomnies à certaines catégories de personnes en RCA.

En Centrafrique, plus j’y pense et utilise ces mots, plus ils apparaissent comme à l’origine de tous les maux dont souffrent le pays. Dès lors, n’y a-t-il point moyen de procéder à une véritable psychanalyse de tous ces mots avant de les remettre à l’usage du politique centrafricain ?

Tenez, je vais vous faire une petite confidence publique, qui vous a échappé quand vous lisiez les lignes que voici, de l’Agence Centrafricaine de Presse (ACAP) :

« Bangui, 17 août (ACAP) – Le nouveau Premier ministre centrafricain, Mahamat Kamoun, a promis qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières dans le contexte actuel de réconciliation mais a insisté sur le sens de l’obligation de réserve dont doit faire montre ses collaborateurs de la Primature, conformément au sens de l’Etat dont ils devraient faire montre et qui malheureusement échappe à un bon nombre… »http://www.acap-cf.info/Mahamat-Kamoun-promet-qu-il-n-y-aura-pas-de-chasse-aux-sorcieres-mais-insiste-sur-l-obligation-de-reserve_a6091.html

Il vous souviendra très certainement, que dès que « Les Plumes de RCA » avait rendu public le nom – jusque-là tenu secret – du « joker » de Samba-Panza pour le poste de PM, il s’en était suivi presque immédiatement, une série d’articles dans différents organes de presse. Il était question pêle-mêle dans ces différents écrits, surtout des diverses indélicatesses, dont se serait rendu coupable Mahamat Kamoun lors de son passage à divers postes.

Comme pour répondre à ces différentes « attaques », l’on a vu circuler en même temps, un article-document pompeusement intitulé “Détournement au Trésor Public : Le Rapport d’audit qui blanchit Mahamat Kamoun » http://www.echoducentrafrique.com/Detournement-au-Tresor-public-le-rapport-d-audit-qui-blanchit-Mahamat-Kamoun_a63.html

N’étant pas un spécialiste des finances publiques, mais néanmoins, les effets de « la poudre aux yeux » qui semblait m’avoir brouillé complètement la vue, une fois passés, j’ai voulu relire ce fameux rapport d’audit. Toujours avec au fond de moi, cette volonté de savoir, pourquoi avait-on cherché à le rendre public à ce moment-là ? Si je n’ai pas trouvé de réponses à cette question, je voudrais partager avec vous mes constats et poser d’autres questions qui me turlupinent :

  • Il est évident que le présent rapport qui a été commandé en 2006, ne couvre qu’un seul trimestre – juillet à septembre 2006 – de relations entre le trésor et les banques : Peut-il être utilisé pour blanchir toute une carrière professionnelle qui est plus longue ?
  • Par ailleurs, le domaine enquêté n’est qu’un des domaines couverts par le trésor, car il y a aussi les opérations en numéraires quantitativement plus importantes, les compensations, le fameux dossier du Guichet unique de Douala, les relations avec les fournisseurs etc.

Qu’en dites-vous excellence Monsieur le Premier Ministre Kamoun ?

Que l’on se rassure, loin de moi une quelconque volonté malicieuse, d’accabler qui que ce soit d’une liste de faits ou d’actes délictueux tombés sous la prescription. Mais en fait, quand un premier Ministre d’un pays comme le nôtre avant même de prendre ses fonctions « décrète » il  n’ y aura pas de « chasse aux sorcières », j’aimerais bien comprendre ce que peut revêtir et même cacher une telle affirmation suivie de « .. le sens de l’obligation de réserve dont doit faire montre ses collaborateurs de la Primature, conformément au sens de l’Etat dont ils devraient faire montre… »

Franchement, n’ayons pas peur des mots. Comment relever cette Centrafrique rendue malade à cause des « sorciers et de sorcières » de tout bord, sans déclarer une véritable chasse aux « sorciers et sorcières » qui nous pourrissent la vie et empoisonnent l’existence ? Quel est ce seul village en Centrafrique où les sorciers et sorcières sont rois et reines ?

Au fond de moi, je me dis une chose. Il faut absolument que les Centrafricains refusent de se laisser « corrompre » par la déformation que l’on veut faire de certains mots dont :

  • Audit = chasse aux sorcières
  • Communauté internationale = exploiteurs et colonisateurs, etc.

Si nous voulons vraiment sauver ce qui reste de cette Centrafrique, une chose reste à faire  : N’AYEZ PAS PEUR…DES MOTS…MAIS DES MAUX !

Guy José KOSSA
GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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