CHRONIQUE DU CONFINEMENT : FACE AU CORONA – FACE À LA MORT

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Après trois jours de strict confinement, je m’étais autorisé la dernière fois, une petite marche d’une trentaine de minutes, question de me dégourdir pieds et jambes tout ankylosés.

Au cours de mon exercice, alors qu’elle avançait du même côté du trottoir que moi, mais dans le sens opposé, tous deux encore à environ 20 mètres de distance l’un de l’autre, la marcheuse d’en face, une jeune dame, eut un geste brusque pour “courir se réfugier” de l’autre côté de la route. Il avait fallu au conducteur passant au même instant, user de son freinage d’urgence, et faire appel à son sang froid et certainement à toute son expérience, pour éviter le pire. Le bruit que  ces manœuvres entraînèrent étaient simplement horribles.

Une minute de stupéfaction à peine passée, et je poursuivis ma saine besogne en m’interrogeant intérieurement et calmement : serait-ce cela les gestes barrières ? « Fuir » les autres pour se protéger en risquant sa vie ?

Hier matin, alors que j’ouvrais la porte de mon appartement, mon voisin de palier – avec qui nous avons des relations habituellement très cordiales -, eut à son tour un comportement qui me sidéra. Ce voisin en effet, allait visiblement emprunter les seuls escaliers qui mènent à la sortie de notre immeuble. M’ayant cependant aperçu, il a fait demi-tour en courant presque, pour se barricader derrière sa porte et fermer la serrure à double tour.

Quel geste barrière maladroit me suis-je !

Déjà la veille, à l’intérieur d’Inter Marché, la grande surface de notre petite commune où souvent, nous allons tous faire nos courses, nous étions tombés pour ainsi dire nez à nez, l’épouse du voisin et moi – il s’agit d’un couple africain d’une trentaine d’années. Et donc cette jeune, d’un mouvement de tête sans élégance, choisi ostensiblement de détourner son regard dans une direction quelconque, pour éviter de me saluer. Mais que se passe-t-il?Elle, cette timide gentille et courtoise, qui saisissait toutes les occasions, pour me dire de sa voix traînante « tonton bonjour comment allez vous », une salutation à laquelle moi aussi je réponde toujours systématiquement : « bonjour ma fille, je vais bien. Salut moi ton mari et embrasse aussi mon petit fils de la part de papy». Pourquoi se détourne-t-elle à ma vue?

Depuis ce jour, plus j’y pense – moi qui n’aime rien tant que réfléchir et analyser -, plus je me pose des questions, et plus un sentiment bizarre qui s’apparente à la tristesse me secoue.

Qu’est-il en train d’arriver dans notre monde des humains ?

Sans aucun doute, et je ne serai ni le premier, ni le dernier à le dire, quelque chose d’inouï, d’inattendu, d’imprévisible, de terrible, de bouleversant…bref quelque chose d’indicible est en train d’arriver à notre planète, à cette terre dont nous avons héritée, sans peut-être trop le mériter, eu égard à notre manière de nous comporter les uns envers les autres et le traitement que nous réservons à notre jardin d’Eden, notre environnement.

Avec ce qui est en train de se passer, nous mourrons sans doute en masse, mais j’incline à croire, que quel que sera le nombre de victimes au final, ce sera pour le plus grand bien de toute l’humanité.

Pour une fois, et quoiqu’il en soit, notre monde est peut-être en train de réunir le maximum de chances pour son avenir. Les hommes, tous ensemble, seraient en train de faire la véritable expérience de ce que plusieurs siècles auparavant, eux-mêmes ont inscrit, sans trop y croire, dans leurs deux plus grandes déclarations communes :

  1. « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.» ( Art 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789)
  2. « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » ( Art 1er Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1948)

Mais ne voyez-vous donc pas, que même dans ces deux grandes « Déclarations » de ces derniers siècles, il subsiste encore, une certaine injustice, une absence d’équité, un manquement grave, une omission absurde, à moins que ce ne soit la preuve d’une mauvaise foi universelle ou de la cécité humaine ?

Pourquoi n’a-t-on pas voulu inscrire que les « les hommes naissent et MEURENT égaux.. . » ?

Et nous-y voilà : le coronavirus est là pour nous le rappeler comme avant ce mal, il y’a plus de trois siècle,  un certain Bossuet le soulignait dans son célèbre sermon sur la mort dont voici quelques lignes ::

« mort, nous te rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance : toi seule nous convaincs de notre bassesse, toi seule nous fais connaître notre dignité : si l’ homme s’ estime trop, tu sais déprimer son orgueil ; si l’ homme se méprise trop, tu sais relever son courage ; et, pour réduire toutes ses pensées à un juste tempérament, tu lui apprends ces deux vérités, qui lui ouvrent les yeux pour se bien connaître : qu’ il est méprisable en tant qu’ il passe, et infiniment estimable en tant qu’ il aboutit à l’ éternité. »

MAIS…

N’ayons pas peur car qu’y pouvons-nous changer ?

D’une certaine manière, la mort est le but de la vie. En d’autres termes, l’homme est né pour mourir et non pour vivre parce qu’il vit déjà.

Que l’on se rassure : beaucoup d’entre nous survivrons à cette pandémie universelle, à cette crise qui nous oblige à apprendre l’HUMILITÉ.

Et ce sera aux survivants, tant mieux si vous et moi devrions en faire partie, d’accomplir la future mission: être les grands témoins et messagers de la GRANDE HISTOIRE à laquelle – je persiste à le croire -, nous avons la chance de prendre part aujourd’hui, afin que « le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne soit pas un retour aux jours d’avant. »

Nous avons aujourd’hui à apprendre une grande leçon, qui est en même temps le paradoxe de ce coronavirus : il nous tient à distance les uns des autres, et dans le même temps, il nous rapproche et nous rappelle que nous sommes tous égaux.

Et pour conclure en rapport avec mes anecdotes du début de ce papie, je dirai simplement : usons des gestes barrières, mais ne dressons des barrières entre nous, ne nous barricadons pas les cœurs et les esprits.

Nous avons aimé la vie ?

Restons donc courageux face à la mort. Ce n’est pas avec nos larmes individuelles que nous vaincrons, mais avec une réelle détermination collective.

Et comme l’aurait dit Victor HUGO, aujourd’hui, notre vie à tous, « Se résume en deux mots : SOLITAIRES ET SOLIDAIRES. »

GJK-Guy José KOSSA

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