CENTRAFRIQUE: UNE MANIPULATION POLITIQUEMENT CORRECTE

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Quel paradoxe ! Quand la nébuleuse séléka avait mis le pays en coupe réglée, pillé et ravagé de nombreux villages, on avait dénombré que des rares manifestations isolées. Aussi, lorsque des corps en putréfaction jonchaient les bordures de routes, aucun mouvement de contestation n’a été recensé. Quant aux découvertes des charniers de bas Oubangui et du Camp Béal par les forces internationales, ce fut encore un silence de cathédrale dans tout le pays.

Contraste ! Les spécialistes de manifestations à deux balles préfèrent s’emparer de la rue pour contester la nomination d’une personnalité au poste de responsabilité plutôt que de protester contre la terrifiante situation du pays et sa balkanisation. Là où le bât blesse, ce sont les autorités de Bangui qui impulsent aujourd’hui toutes ces manifestations. De façon cadencée, les marches pacifiques s’organisent tous les deux jours à Bangui et elles ont pour but de soutenir sans faille le desiderata de la présidente pour son choix du nouvel occupant de l’immeuble pétroca.

En fait, ces multiples manifestations ne sont rien d’autres que l’arbre qui cache la forêt. Il s’avère que le désormais ex Premier Ministre Nzapayeké, avait placé ses fidèles lieutenants à la primature et partout ailleurs pour compenser son manque d’intransigeance vis-à-vis de la présidente lors de la composition du Gouvernement déchu. Or, la liste des membres du nouveau gouvernement est quasi arrêtée alors que le potentiel Premier Ministre n’a pas encore été désigné. Il fort possible que le nouveau chef du gouvernement récuse cette liste préalablement établie pour la simple raison que la formation d’un gouvernement se fait toujours en accord avec le Chef de l’orchestre.

Dès la démission de Nzapayéké, la déconvenue fut totale pour ses sbires. De facto, il s’est créé spontanément un front des protégés du premier ministre sortant et des personnalités consultées à l’avance pour les portefeuilles ministériels, dans l’optique d’endoctriner l’opinion nationale sur le choix inacceptable d’un Chef de gouvernement dit-on musulman.

La Présidente n’a-t-elle pas été élue par un conseil national à majorité musulmane ? Pourquoi ces manifestants au faciès n’avaient-ils pas, à l’époque, protesté violemment contre l’élection de la Présidente par un échantillonnage de Centrafricains faisant office de parlementaires provisoires ? Quoique ces parlementaires aient été choisis par cooptation, le peuple centrafricain avait accepté le résultat du vote en espérant retrouver la paix. A cause de cette paix tant souhaitée, les centrafricains ont concédé que l’histoire de leur pays s’écrive avec un petit « h » pour que Catherine Samba-Panza soit élue présidente de la transition. Faille t-il rappeler que l’ordonnancement juridique a été détricoté et détraqué dans l’unique but de ramener la paix dans le pays ? Sans aller à la rencontre des différents électeurs dans les 16 Préfectures, les 56 Sous-préfectures et les 8 arrondissements de Bangui, Madame Samba-Panza devrait s’estimer heureuse d’avoir été élue Présidente de la Transition grâce au vote direct des Conseillers nationaux, sans la moindre difficulté. Quelle chance !

Il serait souhaitable que la Présidente fasse une concession assez particulière, car la mauvaise gestion de cette impasse peut replonger encore le pays dans une spirale de violence. Bien qu’elle soit protégée par les forces étrangères, elle s’obstine dans un bras de fer qui risque de mettre son fauteuil en jeu.

Heureusement que les mots contre des maux contribuent également à ce recadrage.

Rodrigue Joseph Prudence MAYTE
Chroniqueur, Polémiste

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3 Commentaires

  1. Les tergiversations de Samba Mpanza commencent vraiment à devenir insupportables.C’est à se demander si à l’instar des séléka elle ne serait pas partisane de la liquéfaction du pays…
    Après son affaire de PAGNE qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, la voilà encore qui traîne les pas par rapport à la nomination du successeur de Nzapayéké ignorant que nous sommes dans un pays en crise et que le temps compte pour les actes à poser pour le retour de la paix .
    Ses interminables concertations et consultations ne sont en fait que de la diversion à mon sens pour faire traîner les choses en longueur à des fins qu’on saura tôt ou tard …

  2. La nomination d’un PM aussi compétent soit-il n’est pas gage d’une sortie de crise du Centrafrique , s’il n’a pas les moyens de sa politique . Il ne sera que chef du gouvernement . Les grandes orientations sont prise par la Présidente de Transition. La communauté internationale qui fait des pieds et des mains pour imposer son homme sera-t-elle prête à assurer sa partie de responsabilité en cas d’échec? Rien n’est moins sûr Les richesses minières, fauniques, forestières sont encore contrôlées par la séléka et la communauté internationale n’a rien entrepris pour arrêter cette prédation . Par quelle baguette magique ce PM de la communauté internationale ferra entrer tout dans la normalité afin de renflouer la caisse de l Etat?

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