AFRIQUE – CENTRAFRIQUE : « LEUK LE LIÈVRE » OU LA VISION POLITIQUE DE LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR ET ABDOULAYE SADJI

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Par Adolphe PAKOUA

Une table en  pleine « campagne », au-dessus de laquelle sont hissés une radio des années 1950-1960, avec une lampe-tempête, et à côté, une brosse et des exemplaires d’un ouvrage au titre de Mamadou et Bineta sous trois éditions différentes, avec comme personnage principal un homme vêtu d’une chemise blanche et couvert d’un casque colonial, les bretelles retenant un pantalon de toile beige avec à la bouche une pipe bien ajustée, le regard perdu dans le lointain, telle est l’image qui va pousser tant de réactions de la part des « facebookers » assoiffés de commentaires.

Ces réactions sont provoquées par la simple évocation d’ouvrages célèbres, du cycle primaire, qui ont façonné tant d’esprits. Ces ouvrages, parmi lesquels le célèbre « Mamadou et Binéta » ont arrosé la mémoire de chacun, pour réveiller tant de souvenirs.

De ces ouvrages, les personnages de Mamadou et Binéta, sans oublier ceux de Leuk le Lièvre et de Bouki l’Hyène ont suscité beaucoup d’intérêt.

Parler de Bouki l’Hyène et de Leuk le Lièvre, c’est parler aussi de leurs créateurs qui furent L.S.Senghor et Abdoulaye Sadji. C’est aussi parler du message ou des messages que ces derniers ont voulu livrer à la sagacité de tout un chacun.

Leuk le lièvre et Bouki l’Hyène sont connus pour être deux personnages complémentaires qui en fait, ne formaient qu’un seul, avec d’un côté sa partie maléfique incarnée par l’idiotie, la bêtise et l’ignorance voire l’innocence de Bouki et de l’autre par l’intelligence, la vivacité d’esprit, la ruse de Leuk, qui entraînera son indissociable compagnon dans des aventures rocambolesques où le malheureux Bouki subira à tous les coups, la foudre des mille tours que lui jouera l’imbattable Leuk.

Bref, là n’est pas le propos. Ce qu’il convient de retenir, c’est que l’ouvrage de Leuk le Lièvre , pour la bonne raison qu’il a été écrit dans un style très simple et abordable à un très bas âge, est un chef-d’œuvre de littérature et de vision politique africaines.

Deux exemples suffisent pour illustrer cela :

Quand Leuk convainc son inséparable compagnon d’aller vendre sa grand’mère au bord de la mer, que peut-on déduire de cet acte et de la situation géographique si ce n’est un rappel aux racines de l’esclavage, ou encore aux manœuvres souterraines politiques et occultes qui consistent à vendre des âmes pour parvenir à des fins inavouées ? Tel n’est-il pas le lot des politiques africaines ?

Quand une épidémie déracine toute la faune et que Leuk se demande : «  Tous les animaux étant morts, je me suis demandé, hériterai-ou n’hériterai pas ? Mais une petite voix m’a dit : « Non, oncle Bouki est l’aîné ».

Que doit-on tirer de ce passage si ce ne sont que tous les désordres qu’on voit aujourd’hui, avec les milliers de pertes en vies humaines à travers la crise centrafricaine, les exactions dans l’ouest africain avec le phénomène de ces extrémistes qui ne considèrent plus la vie humaine comme élément sacré, ou encore ce qui se passe çà et là pour réviser les constitutions, truquer les élections et faire passer les « aînés », pour la « bonne » cause ?

Il y a tellement de choses à dire sur ces écrits authentiquement africains qui devraient survivre aux épreuves et au temps pour contribuer à la construction de la culture africaine et nous pensons qu’il n’est pas trop tard pour rattraper le temps perdu. Si un petit africain peut citer Voltaire, Hugo, Lafontaine, pourquoi ne serait-il pas capable de citer Birago Diop, Mongo Béti, Etienne Goyémidé ou Adolphe Pakoua, entre autres ces nombreux écrivains qui ne feraient et ne font que la fierté de l’Afrique ?

Nos remerciements au personnage sur la photo et qui se reconnaîtra, pour nous avoir permis d’éclairer beaucoup sur ce pan de la culture africaine que nous négligeons et qui, parce que nous ne nous y attardons pas, ne nous permet pas de percevoir le message de nos aînés, dans le sens positif du terme et de les transmettre dans les conditions pouvant permettre à chacun de se forger une vraie culture.

Nous n’avons pas voulu nommer le personnage de la photo pour la simple raison que nous ne lui avons pas demandé sa permission. Devine qui pourra donc, cela reste à l’appréciation de chacun.

 Adolphe PAKOUA

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