LE DESTIN GÂCHÉ DE DEUX BEAUTÉS OUBANGUIENNES  ET PRINCESSES DU « LÉNGUÉ » SPOLIÉES

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Si jouant à « Question pour un Champion » à la centrafricaine, je vous lançais simplement : « YAKOYÉ ET HELLANI » ?
Á coup sûr, vous me répondriez : « je passe ».

Alors, je vous dirais, vous n’avez pas tort. Ni de n’avoir jamais entendu parler de YAKOYÉ ET HELLANI, ni d’ignorer qui elles étaient, ce qu’elles ont fait pour le pays, pourquoi devrait-on connaître l’histoire de ces deux petites danseuses de Mobaye en Oubangui-Chari, devenues des célébrités internationales malgré elles, mais dont la renommée mondiale ne leur aura ni profité à elles-mêmes, ni à leur famille, ni à leurs héritiers inconnus, moins encore à leur pays, cette RCA suicidaire qui étouffe, tue et enterre tout ce qui relève de son Histoire plus ou moins récente, tout ce qui aurait pu constituer un trésor pour son avenir, si tant est que ce pays en a encore un. Mais passons.

Imaginez un jour, que quelqu’un – une connaissance ou un inconnu peu importe – vienne frapper à votre porte et veuille vous entretenir au sujet de YAKOYÉ et HELLANI, que vous ne connaissez pas, mais qui après tout, du fond de leur tombe, demeurent vos compatriotes du siècle dernier. D’ailleurs, ne sommes-nous pas, nous Centrafricains, d’une certaines manière et de par notre éducation millénaire, tous autant que nous sommes,  « enfants » ou « petits –enfants » de tous ces aînés à qui souvent nous aimons donner respectueusement du « papa – maman » par-ci, ou encore « grand-père / grand –mère » par là ! C’est dire que nous aurions pu ou même que nous sommes tous les petits enfants de YAKOYÉ et HELLANI . Qu’à cela ne tienne!

Imaginez enfin, que vous-même, à travers vos recherches et vos simples lectures, vous soyez tombé sur de belles lignes consacrées à l’étrange destin des ces deux charmantes petites oubanguiennes, nées certainement dans les années 30 et dont « l’aventure » commence autour des années 1940-45 – pendant la seconde guerre mondiale.

Aussi, comment ne pas être ému et vouloir en savoir plus, quand on découvre que YAKOYÉ et HELLANI , ces virtuoses de la danse « léngué », ont dû quitter plusieurs fois leur petit coin de Mobaye, pour aller fournir leurs prestations loin de chez elles, notamment à Brazzaville puis dans certains pays de l’A.E.F.

L’histoire ne dit pas cependant par qui et au bénéfice de quel public, ni dans quelles conditions, ces spectacles – dont on a d’ailleurs quelques rares images – étaient organisés en cette période coloniale.

Mais – et c’est ici que l’on n’aurait pas tort de parler de spoliation -, YAKOYÉ et HELLANI ne furent pas que de simples « petites danseuses de Mobaye ». Leur gracieuse personnalité – pour ainsi parler de leur charme, élégance et beauté oubanguiennes -, va bien vite être repérée par deux amis des Forces aériennes françaises libres et non moins grands chasseurs d’images de Vénus noires, les sieurs Robert CARMET et Bernard LEVEBVRE.

Ainsi va débuter l’exploitation tous azimuts à des fins qui ne peuvent être autres que commerciales – on a beau s’en défendre –, des images de YAKOYÉ et HELLANI, deux pauvres petites innocentes dont l’unique récompense, on peut l’imaginer, résidait dans le seul plaisir ou même l’obligation de se laisser photographier par des seigneurs « Blancs » qui n’avaient rien pour être des enfants de cœur, et qui savaient bien certainement ce qu’ils cherchaient, voulaient et faisaient.  D’où une bonne raison de douter de leur bonne foi. Et si ces derniers consentaient à faire un « geste » en faveur des danseuses, voici comment Bernard LEVEBVRE lui-même écrit dans son livre « Avec De Gaulle en Afrique », un commentaire  relatif à un cliché de HELLANI pris pendant des festivités à Brazzaville en 1941 :

« En photographiant ces séquences, j’ai retrouvé mon esprit de reporter.
Pour remercier mon modèle, il convient de lui faire « le cadeau » : du tissu, une robe… ?Peu lui importe, la coutume veut que les gains du travail des jeunes aillent à la communauté, adultes et vieux. HELLANI, car tel est son nom, tout en suivant l’école des sœurs de la mission catholique, reste fidèle à la tradition et « fait tam tam » sur la place de Poto-Poto, après la messe et la matinée.
Á Paris, je découvre (
Ndlr : comme par enchantement) ma photographie de la belle HELLANI détournée sur fond noir, illustrant la couverture d’un ouvrage intitulé « EVE NOIRE» aux Editions Ides et Calendes, de 1952.
Ma petite Danseuse de Poto-Poto restera la plus belle Eve Noire des année 1940-1945 ».

Tant bonne foi mon oeil !

Mais qui donc aura vendu à Air France la photo de YAKOYÉ qui servit à faire une compagne publicitaire de cette Compagnie qui plus est, comme on peut le lire clairement ici, ne desservait pas apparemment l’Oubangui- Chari ?

  

Encore une preuve, si besoin en était, de l’exploitation abusive des hommes et des femmes de la RCA par cette France qui n’a jamais cessé de considérer notre terre comme sa vache à lait et sa réserve à la fois.

Le malheur de YAKOYÉ et HELLANI , c’est d’être nées dans un pays dont les dirigeants sans exception, n’ont cessé d’être des couilles molles,  toujours prêts à claquer du talon et à opiner du bonnet devant l’ancien colonisateur. Surtout et encore quand ils veulent faire croire qu’ils résistent alors qu’ils s’agitent. Ailleurs et faute d’héritiers connus, l’Etat se serait subrogé de droit pour demander des comptes en lieu et place de ses citoyennes spoliées par AIR France. Hélas !

Du reste, les images de YAKOYÉ et HELLANI , ont pendant longtemps servi de support et fait les belles affaires des éditeurs de cartes postales, plus particulièrement « HOA-QUI » et “LA CARTE AFRICAINE” comme le témoigne les exemples que voici :

Et ce n’est pas fini ! Grâce à Monsieur Didier CARITÉ dont les recherches et la documentation m’ont permis d’écrire cet article, on dispose de la preuve qu’une des photographies de YAKOYÉ a inspiré notamment une peinture africaniste signé du peintre PORET, quand bien même ce dernier s’est attaché à donner l’impression dans sa gouache qu’on serait en présence des eaux de mer.  Non nous sommes à Mobaye Monsieur et donc pas de mer!

Et la Chine ? Bien sûr que même la Chine a spolié les petites danseuses de Mobaye !

Toujours grâce à Didier CARITÉ qui a tout de suite fait le rapprochement, l’on découvre  que l’une des photographies de HELLANI, servit dans les années 1958 de modèle de référence à une œuvre  africaniste, « un petit tableau en contre-plaqué mystérieusement signé « P.OP.IC ». D’ailleurs, les éditions HOA-QUI une fois de plus, n’ont pas manqué de sauter sur l’occasion, pour tirer des cartes postales portant la légende : Danseuse peinte et parée.

Voici donc notre RCA !
La RCA des princesses et des princes méconnus
La RCA des valeurs négligées,
“Des sociétés vidées d’elles-mêmes,
De cultures piétinées,
D’institutions minées,
De terres confisquées,
De religions assassinées,
De magnificences artistiques anéanties,
D’extraordinaires possibilités supprimées “

J’étouffe.

Est-il vrai que ce pays ne puisse rien pour tous les YAKOYÉ et HELLANI de Centrafrique ?

Est-il vrai que nées dans les années 1930 – il y’a moins d’un siècle -, l’on ne saurait retrouver ne fut-ce qu’un seul descendant de la lignée des PETITES DANSEUSES DE MOBAYE ?

 Ô rage, Ô désespoir !

Mais non! C’est plutôt sur un appel du cœur et sur une note d’espoir qu’il me plaît terminer définitivement cette petite ballade historique.

Artistes centrafricains, ressuscitez et faites nous donc revivre YAKOYÉ et HELLANI  !
Cela est possible, cela peut se faire !
Musiciens et chanteurs,
Peintres et dessinateurs,
Photographes,
Écrivains,
Comédiens,
Cinéastes,
Stylistes,
Spécialistes de l’esthétique et de la  beauté ainsi qu’ agents mannequins,
Vous, mécènes et hommes de bonne volonté,
Tous, nous pouvons et nous devons faire de YAKOYÉ et HILLANI de véritables héroïnes et icônes nationales de la culture et des arts. Elles étaient petites certes, mais leur réputation silencieuse est si grande, si forte qu’on ne peut les oublier, les laisser être spoliées et mourir une fois de plus !

Quant à moi, pourquoi ne ferais-je pas promener mon imaginaire romanesque à travers des personnages inspirés de la vie de YAKOYÉ et HELLANI! Pas mal comme idée, non?

GJK – Guy-José KOSSA

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