CVG-03 : GUIMOWARA-LESAVANT REVIENT DANS SON PAYS SERVIR L’ETAT MAIS INCOMPRIS CHOISIT DE SE RETIRER DANS SON VILLAGE

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Son vrai nom est GUIMOWARA. On l’a ensuite appelé « LE-SAVANT », parce qu’il a étudié pendant beaucoup d’années, et connait beaucoup de choses. Il a de gros diplômes de chez les blancs. Il parle la langue des Français, des Allemands et des américains. Il n’est pas comme le frère de Tante SIONI-YANGA alias « C’EST-NOTRE-TOUR », qui attend impatiemment sa nomination. Cet oncle arrivé lui aussi de France et qu’on appelle GANATÊNÊ- MONSIEUR-MILLEDIPLÔMES. C’est celui qui marche toujours avec son gros sac rempli de papiers, qu’il a collectionné depuis 30 ans en France. Il s’agit de 25 attestations de formation, qu’il appelle des diplômes. A dire vrai, ce sont des écoles dans lesquelles il n’a jamais mis les pieds, et qu’il n’a jamais vues, qui lui envoient par la poste de temps en temps ces papiers. Le temps pour lui de terminer de payer une commande. Le temps aussi pour ces écoles, en fonction de la durée et du montant des versements, de choisir la qualité du papier et de la machine qui doit fabriquer ces attestations de formation. Par ailleurs, GANATÊNÊ-MONSIEUR-MILLE-DIPLÔMES, qui n’a jamais travaillé en France, a aussi dans son sac, au moins 50 certificats. Ils sont gratuitement distribués aux noirs, là-bas en France, par le Pôle Emploi et des école comme celui qui s’appelle l’AFPA. C’est avec ces papiers qu’on trompe les gens en Afrique. Quant à GUIMOWARA-LE-SAVANT, il a enseigné au pays des vrais blancs pendant plusieurs années. Tout le monde le connait et l’a vu. Dans sa classe, on voyait des jeunes, des adultes, ainsi que de vieux messieurs et dames. Des gens de toutes les qualités et de différents modèles : blancs, noirs, jaunes et métis ; chrétiens, juifs, musulmans. On sait que la plupart des blancs ne croient pas en dieu. Ils croient à la magie, aux sorciers, guérisseurs, et féticheurs. On dit même

que certains adorent une croix de couleur rose ; pour d’autres ils prient seulement le dieu des maçons. GUIMOWARA-LE-SAVANT, ceux qui l’ont vu en France et partout chez les blancs, témoignent que c’est un grand travailleur. Il a travaillé à l’université, dans les grands et les petits bureaux ; dans le froid et sous le soleil ; le matin, à midi comme la nuit. Et voilà qu’un jour, l’ancien Président, a entendu parler de GUIMOWARA-LESAVANT. Pas le Président aveugle qui vient de fuir. Celui qui était plutôt sourd. Le sourd qui n’entendait pas sa propre voix et ne suivait même pas ses propres conseils. On se souvient de tout ici au village. Donc, en 2006, le Président sourd, voulait fabriquer un nouveau conseil des ministres. C’est là que le patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, lui qui a fait trois guerres mondiales et qui comprend le français des blancs, avait entendu à la radio parler de gouvernement de« technomachins ou technoquelquechose ». Il n’a jamais réussi à expliquer exactement ce gros français de vrais blancs.

Mais tout le monde, à Bangui, jusqu’au village, parlait et savait que GUIMOWARA-LE-SAVANT, était un « technomachin ou technoquelquechose ». En ce temps, le pays était tombé gravement en panne et malade. Rébellions par –ci, grèves par-là, retard des salaires de trente mois etc. Le Président sourd a donc envoyé chercher GUIMOWARA-LE-SAVANT, qui laissa tout tomber et monta dans l’avion pour venir. Parce que lui, et d’autres technocrates, aimaient beaucoup leur pays et voulaient le servir. GUIMOWARA-LE-SAVANT, fut nommé à l’époque « Ministre de l’Argent, de l’or et du Diamant » de 2006 à 2009, dans le gouvernement des « technomachins » du Président sourd. Ce Président qui a dirigé le pays pendant dix ans, avant d’être chassé par l’aveugle. Cet aveugle qui est venu juste pour tuer et se servir, et a fini par regagner tranquillement ses beaux-parents béninois qui l’attendaient. GUIMOWARA-LE-SAVANT, était vraiment un très bon patron, un vrai Ministre « technomachin ». Le patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, a décidé d’ailleurs d’envoyer une lettre à tous les « technoquelquechoses » du monde, pour leur demander à tous, de suivre son exemple. Comme ça le village Guitilitimô, cessera définitivement d’être un campement d’exilés en pleine brousse. En effet, quand il occupait encore son grand bureau de grand patron, on racontait chaque jour des histoires sur GUIMOWARA-LE-SAVANT, le vrai technocrate. Par exemple :

1- Toujours premier arrivé à son bureau en taxi, il était le dernier à rentrer chez lui. Avant de sortir, Il prenait la peine de vérifier chaque fois, si les portes de toutes les salles étaient bien bouclées, les robinets fermés, les lumières et les climatiseurs éteints.

2- Il avait fait supprimer, dans tous les ministères et services, toutes les lignes gratuites de téléphone vers l’extérieur ; parce que, disait-il, après vérification, 99, 99% de tous les appels à l’étranger étaient personnels ;

3- Il avait effectué, en deux ans de fonctions, seulement quatre missions à l’extérieur du pays. Et là encore, il avait accepté de partir, parce que sa présence était absolument justifiée et nécessaire. Pour toutes les autres missions, il arrivait toujours à prouver que ses collaborateurs directs ou subalternes, représenteraient valablement le pays.

4- Quand il revenait de ses missions, GUIMOWARA-LE-SAVANT, reversait immédiatement dans la caisse du trésor public, avec compte rendu au conseil des Ministres, un peu plus de la moitié des avances perçues par l’ensemble de sa délégation. Ce qui irritait d’abord ses collaborateurs, ses collègues ministres ensuite, et même le Président de la République.

5- GUIMOWARA-LE-SAVANT, n’avait jamais accepté d’occuper sa maison de fonction ; de toucher à l’argent donné aux ministres pour se payer les costumes de la rue Meslay place de la République à Paris ; et pour leur première femme, des robes, des bijoux, et des rouges à lèvres « made in China » ; de même, il refusait, les grosses sommes d’argent « salue patron », que recevaient gratuitement les autres Ministres, cet argent qui leur servait entres autres, à payer des dizaines de mois d’arriérés de loyers, dus par des copines et maîtresses ; à renouveller les vieux fauteuils troués et les chaises inclinées des unes, les nappes déchirées et les tables poussiéreuses des autres .

6- GUIMOWARA-LE-SAVANT, renvoyait de chez lui, le porteur des enveloppes pleines à craquer, distribuées chaque vendredi aux ministres pour se saouler la gueule pendant les weekends, danser sans se respecter en boîte de nuit et dans les bars, provoquer et menacer de paisibles citoyens, se battre en public, faire la chasse aux jeunes filles de 14-18 ans pour les enlever à leur petits copains, insulter les gens dans les « nganda », et surtout ne pas venir au bureau les lundis.

7- GUIMOWARA-LE-SAVANT, pour sa part, avait demandé que son salaire soit divisé en deux, l’autre moitié destinée à l’entretien des bâtiments de son Ministère. Sa femme blanche quant à elle, ne bénéficiait d’aucun traitement particulier. Pas de « chef de cabinet » personnel, de voitures et chauffeurs à son service, et des bons de carburant à distribuer à ses amies. Il lui rappelait chaque fois, qu’en France, le couple avait bien vécu sans gardien, sans boy ou bonne, sans piscine etc… Bref, GUIMOWARA-LE-SAVANT, était resté un citoyen et un homme « normal » et exemplaire. UN VRAI TECHNOCRATE.

8- En 2008, quand il apprit son limogeage, à la radio à midi, en plein soleil desaison sèche, trente minutes après, il était en train de donner tranquillement ses cours comme d’habitude à l’Université de Bangui.

9- En conseil des ministres, ses collègues qu’il contrariait régulièrement, ne comprenaient pas toujours ses décisions, ses prises de position et ses propositions ; et quand il se mettait à faire des démonstrations et parvenait péniblement à convaincre certains, il était « maltraité » par les autres. Il essuyait souvent, le courroux du Président de la République lui-même, qui lui disait sèchement : « je n’aime pas beaucoup tes discussions, et tes explications de savant. Tu sais, pour devenir Président, moi, je n’ai pas eu besoin d’aller à l’université ». Vous vous souvenez ? C’est ce même Président qui, quand les étudiants se mettaient en grève, déclarait encore : « ce n’est pas mon problème, je m’en fous, ils n’ont qu’à rester chez eux, aussi longtemps qu’ils le souhaitent; moi, je n’ai jamais mis mes pieds à l’université et je n’ai pas de fils là-bas. Le seul enfant qui a osé s’inscrire en première année, n’a même pas fini le premier trimestre ». Ce Président, passait son temps à provoquer les Magistrats, les Avocats, les enseignants, les journalistes. Et quand ces derniers se mettaient en grève, le Président était content et disait-il à son entourage : « comme ça au moins, je peux préparer des générations de vrais citoyens. Des citoyens qui n’auront riendans la tête pour me contredire. Ils auront par contre des bras et des jambes bien musclés pour travailler ».

Un jour de 2008 donc, GUIMOWARA-LE-SAVANT, fut limogé, et ensuite arrêté pour « politique exagérée à l’université, formation accélérée de révolutionnaires, agents grévistes et diplômés en coup d’état ». Sans enquête ni jugement, on envoya GUIMOWARA-LE-SAVANT, dans les geôles de la sinistre de Bossembelé. Six mois durant, on lui donna des coups et des cours obligatoires de « soumission à l’autorité présidentielle et éducation à la bouche fermée ». Une nuit, on se décida à le libérer pour acte de bravoure et conduite irréprochable. Il fut emmené de nuit à Bangui. Le matin, des passants le découvrirent mourant, étendu sur une civière, abandonnée non loin de l’hôpital communautaire. Ces passants de bonne volonté, s’occupèrent de le confier à un médecin, qui heureusement pour lui le connaissait. Celui-ci le prit en charge en « soins intensifs ». Quand il put marcher enfin, plusieurs mois après, il ne retrouva plus ni maison, ni affaires personnelles. Sa femme, quant à elle, dès l’arrestation de son mari, avait regagné sa France natale. GUIMOWARA-LE-SAVANT, choisit alors de trouver consolation auprès des siens. Il regagna Guitilitimô, le village de ses parents, où enfant, il vécut et apprit sous un hangar, à lire et à écrire. Malheureusement, il retrouva aussi au village Guitilitimô, le goût des bières et liqueurs locales : Ngbako, Bilibili, douma, ngouli, péké, Kangoya, Lokpkoto, et autres « mama ti nadè » et nguè-sènguè ». Il se mit à boire et à boire sans arrêt, pour tenter d’oublier, les heures sombres de la ville. Survinrent alors les meurtriers de la Séleka suivis des assassins Antibalaka. Dans le sauve-qui-peut général, on donna pour mort, GUIMOWARA-LE-SAVANT. Certains le disaient enterré dans un charnier quelque part, d’autres le pensaient dévoré par les charognards qui régnaient en maîtres au milieu du village déserté. Pourtant, il avait réussi à trouver refuge parmi les exilés de l’église catholique. Aussi, est-il réapparu, perdu et choqué, au milieu du village abandonné, avant de retrouver, le chemin du campement de fortune, installé en pleine forêt tropicale par les « chers parents » de Guitilitimô..

Ainsi, les villageois le virent arriver, tenant toujours en mains, son petit poste de radio de marque Philips, qui ne le quitte jamais. Un long fil de fer servant d’antenne pendait au-dessus du transistor. Pour l’alimenter, deux vieilles petites piles hellesens, visibles à l’extérieur, restaient solidement attachées par une corde en élastique, taillée dans un morceau de chambre à air de vélo. Quand ils l’aperçurent donc, tous les villageois qui pouvaient encore tenir sur leurs deux jambes, accoururent à la rencontre de GUIMOWARA-LE-SAVANT. Ils se jetèrent tous à son cou. Soutenu par le jeune KPARAKONGO, toujours armé de son arc «Kpembi-Kpomo», le patriarche, vieux MBI-NA-ALA MIDOWA, toujours muni de son fusil de marque «Bandaguikwa », accouru lui aussi. Alors, des chants joyeux pour célébrer les retrouvailles s’élevèrent, mêlées aux larmes de douleur, de tristesse et de compassion qui échappaient des yeux de tous. Car, il faut le dire, GUIMOWARA-LESAVANT, était un véritable fils aimé du village Guitilitimô. Malgré son penchant exagéré pour l’alcool, il ne constituait aucunement une charge pour personne dans le village. Quand il était arrivé dans cette campagne, le patriarche, vieux MBI-NAALA MIDOWA, lui avait aussitôt indiqué des étendues de terre appartenant à tous. A la surprise générale, il s’était mis à construire tout seul, sa petite case en briques d’argile, avec son toit en paille bien nouée. Pour se nourrir et gagner de l’argent, il entreprit de cultiver un grand champ et y fit pousser divers produits, fruits et légumes : manioc, igname, gombo, tarot, citrouille, melon, patate douce, tomate,poivron, oignons, laitue etc. Par ailleurs, avec le concours des paysans, il réussit à élever un grand hangar qu’il appela « Université Populaire de Guitilitimô (UPG) ». Cette structure villageoise, qui fonctionnait encore avant l’arrivée des roturiers et assassins de Séléka et antibalaka, surprenait par son originalité : presque tous les étudiants, sans distinction de sexe et d’âge, y compris GUIMOWARA-LE-SAVANT, étaient à la fois,apprenants et professeurs. A l’UPG, on enseignait et apprenait plusieurs matières, de jour comme de nuit : construire une case, chasser un rat ou un gibier, pêcher, faire des pièges ; soigner à partir des plantes et des racines, comprendre les rites et maîtriser l’histoire ; Cultiver et entretenir un champ, gérer son argent, se prendre en charge et s’occuper de sa famille ; gérer ses relations avec les voisins et les habitants des autres villages ; savoir se défendre, défendre son village et son pays. GUIMOWARA-LE-SAVANT, parlait de coopérative, d’épargne, des machines, des voitures…et il répondait à toutes les questions sur le pays des blancs. A y penser, ce sont tous ces souvenirs, et surtout le désir de renouer avec les habitants de son village entièrement brûlé, – qu’il jure de reconstruire-, qui ont fini par déterminer, GUIMOWARA-LE-SAVANT, à chercher et à retrouver son « peuple et son petit pays » comme il l’appelle. Bien qu’aujourd’hui obligés de se terrer comme des lapins en pleine brousse, GUIMOWARA-LE-SAVANT, est décidé à partager le sort et le destin des gens de son village. EN GRAND TECHNOCRATE.

Retrouvez l’ensemble des chroniques du village Guitilitimôici

GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

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