CHRONIQUE DU CONFINEMENT : QUIPROQUO

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Le coronavirus est une véritable tragédie. Ainsi, il occasionne de milliers de pertes en vies humaines, nous prive de nos libertés, introduit un profond changement des mentalités qui passe par le brusque bouleversement intervenu dans nos habitudes de vie.

Mais au-delà, cette pandémie liée au Covid-19, a quelque chose de si funeste, qu’il finit par nous déposséder insidieusement de nos meilleures prédispositions et de notre bonne humeur ludique et quotidienne, pourtant synonyme de rire, sourire, attitude positive, esprit positif, estime de soi, confiance en soi, réalisation de soi…bref de développement personnel.

Ça ira…soyons tous  POSITIFS…ce n’est pas le moment d’être NÉGATIFS surtout avec ce confinement qui nous étouffe!

Ainsi, nous sommes tous donc bien d’accord que nous devons être POSITIFS et le rester. Seulement gare aux nombreux quiproquos.

Tenez !

À vrai dire, la situation que nous vivons à l’heure actuelle, n’incite que très peu, à l’écriture de textes comiques et divertissants, à la lecture des historiettes burlesques et facétieuses. Mais de grâce, comment résister à l’envie de vous imposer celle-ci, de vous partager cette anecdote vécue qui m’a laissé pantois, parce que tiraillé à la fois entre l’envie de rire et le besoin de pleurer ?

Après tout, ne dit-on pas que l’humour est la politesse du désespoir !

C’était il y’a deux jours, une de mes cousines m’appelle au téléphone. Au bout du fil, je la sentais tout excitée, heureuse, triomphante, souriante et gaie comme quelqu’un qui vient de gagner au loto.

Je n’avais pas eu le temps de lui demander de ses nouvelles qu’elle était déjà lancée dans son récit :

« Yaya –grand frère –, je t’appelle pour te dire merci. Merci pour tous les conseils que tu n’as cessé de nous prodiguer, depuis tout petits et même jusqu’à maintenant que nous sommes tous devenus des pères et mères de famille. Je reconnais que je n’ai pas toujours été correcte, que j’ai même souvent déconné, au point de t’avoir mis très mal à l’aise à plusieurs reprises. Je te demande pardon. Mais sache Yaya, que toutes tes leçons de vie, je les ai toujours bien entendues, gardées au fond de moi, méditées et suivies sans faire du bruit. Tu nous as souvent conseillé d’être POSITIFS en toute circonstance ; d’avoir un esprit POSITIF, un comportement POSITIF, un discours POSITIF ; de garder une pensée et une attitude POSITIVES quoiqu’il arrive; de nous réveiller POSITIF, de passer la journée POSITIF, de nous endormir POSITIF et ainsi de suite…POSITIF, POSITIF, POSITIF…merci Yaya. C’est cela que je ne cesse d’enseigner aujourd’hui à tes petits enfants, de dire à tous mes amis, mes voisins et à tous ceux que je croise sur mon chemin…POSITIF, POSITIF, POSITIF…Encore et toujours, en tout et partout  POSITIF… »

Elle s’arrêta pour reprendre son souffle et j’eus juste le temps de dire :

« Merci chère cadette – cousin et cousine n’existant pas dans notre langue et mentalité de Centrafricain -, cela me fait énormément plaisir de te l’entendre… » et elle ne me laissa même pas le temps de terminer ma phrase..

En effet, ma Cousine, si vous ne la connaissez pas, c’est le genre de personne que l’on appelle vulgairement chez nous « Madame JE SAIS TOUT ». À peine elle a terminé la troisième année du cycle primaire. Mais à force de fréquenter à l’époque toutes les boîtes de nuit de Bangui, et par ailleurs, grâce à une très bonne mémoire, elle a fini par parler couramment le français, sans savoir écrire son nom. Un militaire de l’opération BARRACUDA des années 80, s’était  entre-temps épris follement d’elle, l’a épousée et ils sont donc arrivés en France il y’a plus de 20 ans. Mais, comme la plupart des filles de son milieu, elle ne supporte pas la contradiction et plus est, elle veut toujours avoir raison en tout, tout expliquer à tout le monde, y compris ce qu’elle ne maîtrise pas. Comme si le fait de vivre en France conférait le savoir universel et dotait les ignorants d’une intelligence supérieure…bref.

Donc ma Cousine me coupa la parole et poursuivit ainsi son récit :

« Vraiment Yaya je veux te dire merci. Tu sais, ce matin j’étais chez mon médecin, et il m’a dit par rapport au coronavirus que j’étais POSITIVE. J’ai simplement crié : merci mon DIEU merci merci merci merci tu es merveilleux Seigneur ! Mon médecin était surpris je ne sais pourquoi. Il me regardait bizarrement mais l’essentiel pour moi j’étais POSITIVE. Je ne le “calculais” plus. Il m’a alors conseillé de ne plus sortir de chez moi et surtout de respecter strictement tous les gestes barrières. Il est très gentil ce médecin, et il m’a remis un petit carton de dix masques protecteurs. Voilà Yaya. Donc en revenant tout à l’heure, j’ai garé ma voiture devant le supermarché pour faire toutes mes provisions au moins pour un mois. Au moment de payer, j’ai dit à haute voix à ma copine la caissière que j’étais POSITIVE (et ma Cousine éclata d’un rire triomphant). Brusquement, tous ceux qui étaient à côté de moi se sont sauvés (et elle rit de nouveau, l’air toujours triomphant). Tu vois Yaya, je t’avais dit que le corona c’est la maladie des blancs. Je suis sûre que tous ceux qui me fuient quand je leur annonce que je suis POSITIVE, sont tous NÉGATIFS comme mes voisins de pallier par exemple qui ne supportent plus de me voir. Tant pis pour eux ! Pourtant être NÉGATIF dans la vie cela peut tuer Yaya. C’est ce que tu nous disais souvent. Je suis certaine que par rapport au corona si tu es NÉGATIF, c’est la mort assurée et directement le cimetière. Ça ne pardonne pas Corona ! Je t’assure Yaya si j’étais NÉGATIVE je me serais suicidée. Heureusement que je suis POSITIVE comme tu nous a demandé d’être toujours POSITIFS. Mille fois merci Yaya… »

Ouf !

Comment expliquer maintenant à ma Cousine – de peur qu’elle ne se suicide -, qu’elle est dans une  mauvaise posture, qu’elle est plutôt contaminée? Elle, « Mme JE SAIS TOUT » va-t-elle prendre le temps de comprendre ?

Heureusement encore qu’elle est divorcée et vit seule chez elle. En plus, à cause de son insupportable caractère, personne ne la fréquente. Certes, mais comment faire pour qu’elle ne propage pas la maladie? Comment lui expliquer d’arrêter de dire partout qu’elle est POSITIVE ? Et apparemment elle passe son ton temps à appeler les gens au téléphone et profiter de l’occasion et leur glisser qu’elle est POSITIVE, comme si elle venait de réussir son examen d’admission à la vie éternelle

Aussi entre deux souffles, j’ai réussi à lui glisser qu’il ne faudrait plus qu’elle sorte de chez elle, car les autres, parce qu’ils sont très NÉGATIFS,  ils risquent de tout faire pour qu’elle aussi devienne NÉGATIVE comme eux. Alors, elle m’a juré au nom de tous les dieux  et ” sur les deux seins de sa maman dont elle a bu le lait“, qu’elle ne mettra plus le nez dehors pour rester POSITIVE jusqu’à la fin du confinement. Je la crois parce qu’un tel serment chez nous m’a plutôt l’air très sérieux et rassurant.

Pourvu que d’ici là,  ma Cousine ne développe pas la maladie. Pour ma part, je suis donc condamné à prendre régulièrement de ses nouvelles afin d’aviser.

Mais quelle idée vous aussi chers médecins !

Pourquoi donc déclarer NÉGATIFS ceux qui sont sains, et POSITIFS tous ceux qui sont “malsains” ou contaminés ? Ne croyez-vous pas que cela devait être le contraire ? Dans l’ordre normal des choses et dans la vie courante, n’est-ce pas que POSITIF est synonyme de bon, agréable, affirmatif, avantageux … et NÉGATIF rime avec mauvais, désagréable, maussade, rétrograde, arriéré, désavantageux?

Quel alarmant quiproquo donc que celui-là en ce temps de Corona!

GJK-Guy-José KOSSA

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