RCA : CONSPIRATION DES FAUX DONS GENEREUX ET MESQUINERIE ELECTORALE

@Lesplumes 5 juin 2014 1
RCA : CONSPIRATION DES FAUX DONS GENEREUX ET MESQUINERIE ELECTORALE

« Il y a ceux qui disent merci et ceux qui se croient généreux, mais dire merci était la vraie générosité.» (Véronique Olmi)

Dernièrement, un ami de mes connaissances, avec une profonde mélancolie et un brin de nostalgie, m’exposait encore en quelques mots sa pensée: « Aujourd’hui, écouter à la radio ou voir à la télé, ouvrir n’importe quel journal national ou international et y lire, apprendre ainsi que tant de personnes ont été massacrées, pillées ou violées en RCA, n’a plus rien d’une véritable information, ce, quelles que fussent les circonstances des événements diffusés. Chaque jour, je rêve de tomber sur des scoops où il est annoncé par exemple que, depuis tant de dizaines de jours au moins, la vie a repris son cours normal, et que les coups de fusils ou de machettes ne sont plus désormais qu’un lointain cauchemar ». Malheureusement, ces jours tant espérés et attendus, ces jours si ordinaires et paisibles que la Centrafrique a si longtemps oubliés ; ces jours de jadis, Dieu seul sait quand ils arriveront à nouveau et s’ils arriveront. Pendant ce temps, matin midi et soir, nous ne cessons de compter nos morts, de soigner nos blessés, de consoler les orphelins et les veuves, tout en essayant de sécher nos larmes de sang et de colère. Mais cependant, de ces malheurs des Centrafricains, il est à regretter, que certains compatriotes Centrafricains eux-mêmes, en ont fait, soit un fonds de commerce et d’enrichissement, soit un instrument de propagande électorale, soit même très souvent les deux à la fois.

Dans certains de mes précédents articles, il m’a été donné d’évoquer à plusieurs reprises, les cas de tous ceux qui se sont spécialisés dans l’organisation des dîners et des spectacles, au nom du malheur de la Centrafrique et des Centrafricains, mais à des fins strictement personnelles. Par ailleurs, de nombreux regroupements, mus par de bonnes intentions, se sont souvent lancés dans des collectes de fonds et divers dons ; seulement, les fruits de ces initiatives très intéressées, ne sont jamais parvenus aux destinataires que sont des Centrafricains affligés.

Mais au-delà et même pire que ce qui précède, c’est l’attitude et le comportement affichés par certains hommes politiques et candidats potentiels à la présidentielle centrafricaine. Dans un article intitulé « Candidats mafieux, parrains escrocs : la juteuse affaire de la présidentielle centrafricaine », j’avais eu l’occasion de dénoncer certaines pratiques peu recommandables de ces mêmes hommes politiques véreux. Ces derniers jours, à la faveur du drame de Fatima intervenu le 28 mai 2014, l’on a assisté et continue d’assister encore, à une théâtralisation spectaculaire et à une sur-médiatisation indécente, de plusieurs cérémonies et autres « gestes uniques en leur genre », de remise exceptionnelle de dons  de médicaments et lots divers, aux « malheureuses victimes » de la barbarie sauvage.

Quel élan de générosité dira-t-on !

Du scoutisme de ma jeunesse, je retiens encore par cœur cette belle prière qu’il m’arrive souvent de réciter :

Seigneur Jésus
Apprenez-moi à être généreux,
À vous servir comme Vous le méritez,
À donner sans compter,
À combattre sans souci des blessures,
À travailler sans chercher le repos,
À me dépenser sans attendre
D’autre récompense que celle de savoir
Que je fais Votre Sainte volonté
Amen

« Grandeur d’âme, oubli de soi, qualité de celui qui est enclin à s’occuper des autres sans préoccupation d’intérêt personnel », la pure générosité ne s’accommode nullement  ni des petits calculs, ni de la grande supercherie politicienne à la centrafricaine, celle qui est susceptible de transformer « ma belle prière » ci-dessus, en un slogan électoraliste du genre :

Peuple centrafricain, regardez-moi vous tous,
Voyez bien comme je suis généreux,
A vous faire don de tout,
Médicaments et biens divers
Tout ce que vous ne méritez pas
À donner ce que vous n’avez pas osé demander,
À  me battre toujours pour la présidentielle qui s’approche,
À aller partout dans le monde sans chercher votre intérêt,
À me dépenser comme vous voyez
Le tout surtout en sachant que
Vous me donnerez vos voix
Quand le moment des élections sera venu.
Tant pis pour vous.

Dans tous les cas, il n’est pas juste et bon, il est même à la limite inhumain, de faire croire et de se croire généreux, alors qu’en réalité, l’on ne remet aux malades, aux blessés et autres malheureux, que des biens qui leur sont destinés à l’origine, et au bout du compte. Pour tout dire, certains hommes politiques centrafricains, pendant leur séjour européen, ont cru devoir, soit « instrumentaliser », soit impulser en toute discrétion, la création de différents types d’Organisation Non Gouvernementales (ONG), dans le but de faire appel, au nom et pour le compte des Centrafricains, aux divers dons, de fonds, de biens et matériels, pour venir en aide aux populations en détresse. Telle s’explique, la prolifération subite des associations, mouvements et organisations, tous « à but non lucratif et en soutien aux centrafricains meurtris » ; mais dans le fond, toutes ces organisations se révèlent être purement et simplement des officines politiques. Beaucoup ont réussi à amasser d’énormes quantités de dons de toutes natures, y compris de l’argent en espèces. Puisque ces choses ne sont jamais arrivées au pays, demandez-leur où elles se trouvent. Et aujourd’hui, l’on veut nous faire croire que tel leader politique ou tel autre candidat à la présidentielle se découvre subitement une très grande vocation  de « restaurant du cœur », ou de « Saints des pauvres »,  comme furent Saint François, Saint Vincent de Paul ou  Sainte Mère Térésa de Calcutta.

Au demeurant, en gratifiant et disant « merci » aux politiciens qui se croient généreux, ce sont les « pauvres gens » eux-mêmes, qui ont été plus généreux

A vrai dire, si la RCA va mal, ce n’est pas seulement à cause des « armes et des machettes », de « Séléka et Antibalaka ». Lorsque les élections s’approchent, et que les hommes politiques qui se sont mis en congé des populations se souviennent enfin d’elles, ils commencent tous, à se livrer à leurs jeux favoris : distribuer des pagnes et des T-shirts mal faits à leur effigie, des bouteilles de bière Mocaf et Castel, ainsi que quelques cartons de « poissons de mer » presque pourris ou de boîtes de sardine périmés. Aujourd’hui, tous ces médicaments et autres « dons électoraux » ont pour but de convaincre un potentiel électorat de voter tôt ou tard à la faveur du camarade, « grand généreux » devant l’éternel !

Cependant, à tous ces hommes politiques rétrogrades et candidats sans vision, osons dire haut et fort, qu’au-delà de leur humanisme mesquin, les remises de dons pratiquées sous leur forme actuelle, sont en fait susceptibles de constituer de graves infractions de corruption morale et matérielle des personnes fragilisées, et même des délits de détournement des biens des populations.

Que chacun de nos hommes politiques Centrafricains méditent ces dictons bien connus : «  Ce n’est pas le jour du marché que l’on nourrit sa poule » ou encore « Si tu vois un homme qui a faim, donne-lui un poisson : tu le nourriras pour un jour. Mais apprends-lui à pêcher et il se nourrira toute sa vie. »

Au lieu de dons de médicaments, construisez de modestes centres de santé, et nos blessés vous seront à jamais reconnaissants ;

Au lieu des pagnes et T-Shirts à votre effigie, et des chaussures de friperie, implantez de petites unités de production susceptibles de donner du travail aux jeunes chômeurs ;

Au lieu des crayons, des cahiers et des livres qui ne sont pas au programme scolaire, érigez çà et là des bâtiments pouvant abriter quelques salles de classe ;

Au lieu des boîtes de lait et de morceaux de pain, viabiliser des espaces et vastes étendus sur lesquels cultiver et élever ;

Au lieu de distribuer quelques sommes d’argent, instituer les « banques du pauvre » et faites mettre en place pour les femmes commerçantes et les femmes paysannes des systèmes de « kelemba modernes»…

Un homme d’état c’est celui qui devrait pouvoir dégager dans le fatras du réel centrafricain actuel, ce qui est appelé à mourir et ce qui est vivant, c’est-à-dire dégager l’essentiel de l’accessoire, et faire le pari du futur. Au rythme présent,  le don déçoit, c’est certain. En revanche, le don de soi, saura certainement sauver la République et tous ses citoyens.

GJK – L’Élève Certifié
De l’École Primaire Tropicale
Et Indigène du Village Guitilitimô
Penseur Social

Un Commentaire »

  1. ORIGINEBEKONDI Dieu-Béni De bonheur 20 décembre 2014 at 8 h 02 min - Répondre

    Tu as tout à fait raison à travers cet article jeune frère. Les dons généreux à but électoraliste en République Centrafricaine sont la source du cauchemar de tout un peuple. C’est cela la cause de l’activisme politique débordant tous azimuts de nos leaders politiques qui se sont succédés au pouvoir depuis les indépendances. En effet, si le transfert d’une souveraineté, en l’occurrence la souveraineté populaire, est soudoyée ou monnayé. Le véritable détenteur de cette souveraineté ‘le peuple ‘ ne peut demander reddition des comptes. Alors, cela laisse place à des dérives politiques qui entraînent le peuple dans le désespoir, la mendicité, la souffrance, le deuil, et le chaos. C’est vraiment malheureux, qu’après plus de cinquante années passées jour pour jour, le peuple centrafricain n’a pas encore compris l’origine de son malheur. Pour endiguer cette tragédie, il est important que l’on se constitue en une organisation de la société civile, pour impulser des causeries citoyennes, en vue de professer cette nouvelle.

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