L’ÉDITO GJK : LE THÉÂTRE DES OMBRES – LETTRE À MON FRÈRE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

@Lesplumes 25 septembre 2017 1
L’ÉDITO GJK : LE THÉÂTRE DES OMBRES – LETTRE À MON FRÈRE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Par GJK
L’Élève Certifié du Village Guitilitimö
Immigré au village frère de KOUÂKÊMBI

Cher aîné,

Les rideaux ne sont pas encore définitivement tombés sur la 72ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU à New-York, que les jacasseurs du palais de la renaissance confirment l’information : votre avion présidentiel sur le chemin de son retour à Bangui, transiterait comme à l’aller, plutôt par Bruxelles la capitale du colon belge que Paris, la mégalopole de notre colonisateur français.

Auriez-vous ainsi fait le choix d’éviter définitivement d’aller au contact de vos très nombreux compatriotes de France, qui pourtant ne demandent qu’à vous accueillir pour recevoir de vous des informations justes et des réponses à leurs questions ?

Je présume simplement, que vous n’avez pas certainement souhaité, offrir cette occasion à Denise Yakazangba l’égérie centrafricaine ainsi qu’aux « quatre mousquetaires » de Paris, qui forment un quintet « révolutionnaire », bien déterminé à faire trembler le pouvoir de Bangui, à l’instar des milliers de « Combattants congolais » en lutte dans le monde entier contre la dynastie Kabila et ses barons.

Pour ma part, j’avoue être franchement aussi déçu que contrarié, moi qui pensais très sérieusement vous rencontrer personnellement, pour enfin m’adresser directement à Faustin Archange, plutôt qu’à ses anges bientôt déchus. Nous aurions pu sans doute échanger sur l’état de la nation centrafricaine. Comme autrefois, quand le compatriote Professeur Touadera, Recteur de l’Université de Bangui en mission CAMES, me faisait l’honneur de venir dîner à ma table et boire un coup dans ma modeste résidence de Bamako au Mali.

Mais ça c’était avant!

Monsieur le Président et cher frère,

Qu’à cela ne tienne, que vous décidiez de passer par Paris au denier moment ou non, je vous prie de bien vouloir accepter, que je puisse néanmoins, m’adresser ici à votre Excellence, et à travers ces quelques lignes, vous faire part en toute franchise et en toute liberté d’esprit, des ressentis et des sentiments que je partage d’ailleurs avec une majorité de nos compatriotes, en ce qui concerne notamment la gestion de notre pays commun dont vous avez la charge.

Monsieur le Président et cher frère,

Nul ne naît Chef d’Etat. Ne le deviennent en général, que ceux qui en ont rempli toutes les conditions. Cependant, dans des circonstances particulières propres à un pays donné, il peut arriver que puissent accéder à la magistrature suprême, même ceux qui n’y ont point rêvé ; ceux qui s’attendaient à tout sauf à remplir la charge présidentielle ; ceux qui se sont portés candidat à la présidence, sur la base d’une profession de foi, mais qui de toute évidence, ne manifestaient aucune assurance quant à l’emporter. De telle sorte que, quand cela est arrivé, ils se retrouvent sans programme politique ni sérieux et minutieusement étudié, ni applicable immédiatement. En définitive, il arrive donc que l’on accède au pouvoir, dans de parfaites conditions d’impréparation visible à l’œil nu, une impréparation qui ne trompe personne et n’échappe pas aux esprits perspicaces.

Monsieur le Président et Cher frère,

Vous n’étiez pas préparé pour le pouvoir et les Centrafricains sont tout sauf naïfs. Depuis des mois, ils vous voient souffrir et courir sans pouvoir leur offrir une alternative valable. Alors, dites-leur la vérité et ils vous comprendront. Avouez-leur que vous n’êtes pas le surhumain qu’ils espéraient et que la charge vous dépasse définitivement. Tirez enfin vous-même les conséquences, et ils vous pardonneront avant de vous oublier.

Monsieur le Président et Cher frère,

Vous n’avez pas attendu d’être élu Président de la République en 2016 pour vous rendre compte de l’état de la RCA. Vous fûtes il y’a à peine cinq ans, Premier Ministre de cette même République dont pendant cinq années auparavant – de 2008 à 2013 -, vous avez dirigé le gouvernement. À ce titre, vous ne méritez aucune excuse, et ne pouvez prétendre aux circonstances atténuantes de la part du peuple centrafricain.

Monsieur le Président et Cher frère,

Comment comprendre et accepter que deux ans après votre prise de pouvoir, vous peinez autant à agir en Chef d’État, à diriger votre pays en Chef d’État, à vous décider en chef d’État et à vous comporter en Chef d’État?

Votre posture à l’intérieur comme à l‘extérieur de la RCA, n’impose guère toute la révérence et la déférence digne de votre rang de Chef d’Etat, et ne prédispose point à vous rendre hommage. J’aurais voulu volontiers passer ici sous silence, le peu de considération que vous accordent les Présidents des pays de la sous-région, et notamment Idriss Dedy du Tchad qui n’accepte même plus de vous prendre au téléphone, et chez qui dernièrement, vous vous êtes néanmoins rendu à l’improviste, profitant du séjour du président Alpha Condé de la Guinée. Mal vous en avait pris.

Monsieur le Président et Cher frère,

Faille-t-il revenir ici sur l’actualité de votre séjour new-yorkais qui tient le haut du pavé médiatique dans la rubrique réservée aux tragi-comédies des « rois-nègres»? Mais quel spectacle avez-vous voulu offrir avec ces chaises vides lors de votre conférence ! Plus que vos hésitations, votre mine déconfite et votre regard onctueux, votre maîtrise des dossiers centrafricains a paru vraiment suspecte. Quand aux interviews et autres déclarations, on en sort si dépités et regrette même de les avoir suivies.

Dans tous les cas, n’est-ce pas une discordance de la pensée et une erreur politique grave à la veille de l’assemblée de New-York, que d’avoir choisi d’augmenter de dix ministres l’effectif du gouvernement, pour ensuite venir quémander des aides multiples aux donateurs ? La communauté internationale n’est pas composée d’imbéciles.

Monsieur le Président et Cher frère,

La Présidence de la République n’est pas une cour de récréation pour collaborateurs ignorants, incompétents et inexpérimentés !

Le Président Chirac disait : “Si on a pris le soin de bien s’entourer, le collaborateur responsable prend 99 fois sur 100 la décision que vous auriez souhaitée, voire, de temps à autre, une décision meilleure.”

Qu’en est-il de vos collaborateurs à vous, qui vous entraînent 100 fois sur 100 à commettre des erreurs et à prendre de mauvaises décisions?

Pourtant, dès votre accession à la magistrature suprême, Jean-Baptiste Placca le très brillant éditorialiste de RFI avertissait : « Le Président-mathématicien, s’il sait s’entourer, il a de réelles chances de sortir son pays de l’abîme…Il ne peut en tout cas, espérer réussir sans fédérer tous les talents, tous les hommes de qualité que compte le pays, pour les mettre au service du chantier de la nation centrafricaine

A vrai dire, si un Président ne peut tout penser, réfléchir à tout et tout faire, il doit en revanche répondre de tout devant le peuple.

Monsieur le Président et cher frère,

Dussé-je en faire les frais et payer le prix, je voudrais dire les choses comme je les pense franchement: le moment est venu pour vous, de faire un grand nettoyage et de vous débarrasser de tous ceux de vos collaborateurs qui en deux ans, n’auront contribué qu’à ternir votre image à l’intérieur comme à l’extérieur du pays – à défaut de la vendre valablement. Il en va de même, de ceux qui par leurs conseils pernicieux, ne font que vous faire détester de votre peuple, vous aider à vous enfoncer de plus en plus, et surtout, cherchent à vous confiner sur le plan international dans le ridicule et l’humiliation permanente.

En effet, il n’ya aucune honte à faire appel s’il le faut, à des sommités d’origine étrangère internationalement reconnue pour leur expertise, leur compétence et leur carnet d’adresses. Les Présidents Bongo du Gabon et Ouattara de la Côte d’Ivoire par exemple, comptent bien au rang de leurs conseillers les plus influents, des hommes tels que Modibo Diarra du Mali ou encore Lionel Zinsou le franco-béninois. Ce type de Conseillers savent au moins dire la vérité, car ils ne s’accrochent pas à une fonction pour gagner leur vie déjà pleinement accomplie.

Monsieur le Président et cher frère,

N’en déplaise à certains, votre univers ne devrait et ne peut plus se limiter ni à la petite agglomération de Damara, ni à la toute minorité des Ngbakamandja qui se prennent eux aussi à rêver que leur tour est arrivé. Ils croient devoir s’organiser pour vous soutenir, alors qu’ils sont en train de signer l’acte de naissance d’un rejet tribal dont vous serez sans doute la première victime. Et demain, personne ne se souviendra de ces prétendus intellectuels et autres éloquents porte-paroles ou porte-flambeaux, qui se mentent à eux-mêmes et mentiront jusqu’au bout à leur maître du moment que vous êtes.

Monsieur le Président et cher frère,

Il y’a en Centrafrique comme une espèce de malédiction du pouvoir, qui condamne généralement les dirigeants à une cécité mentale grave et à un autisme sévère. Veuillez vous en préserver. Car ces maladies du pouvoir, lorsqu’elles vous atteignent, elles deviennent incurables et conduisent à gérer le pays sur des principes creux et des valeurs aussi déplaisantes que nauséabondes. Le tribalisme et le repli clanique entraînent le rejet aveugle des autres Centrafricains qui n’appartiennent pas à l’ethnie, au clan ou à la région du prince qui de toute façon partira un jour. Pire, c’est de cette promotion arrogante du clanisme, que découle le népotisme qui conduit sinon à récompenser, du moins à tolérer la médiocrité. S’ensuit l‘enrichissement personnel, familial, en bande organisée, avec en prime une totale impunité. La désespérance du peuple ne fera encore qu’augmenter et le désespoir de voir un jour notre pays prendre le tournant de son décollage, arrive à son comble.

Monsieur le Président et cher frère,

J’ai parlé, vous avez entendu. Pourrai-je encore me taire ? Plus jamais.

Je vous remercie.

Par GJK-Guy José KOSSA
L’Élève Certifié du Village Guitilitimö
Immigré au village frère de KOUÂKÊMBI

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