L’ÉDITO DE GJK : CENTRAFRIQUE MON PAYS DE QUOI ES-TU DONC LE NOM ?

@Lesplumes 12 août 2017 0
L’ÉDITO DE GJK : CENTRAFRIQUE MON PAYS DE QUOI ES-TU DONC LE NOM ?

Par GJK

Fallait-il à l’homme quitter décidément son nid douillet et rompre le fil de son silence malicieux, se dresser sur ses pieds une fois de plus, et vingt fois sur le métier, remettre son ouvrage sans craindre de déplaire ni chercher à complaire, afin de porter froidement sa plume méthodique dans la plaie profonde, et s’étendre définitivement sur les considérations sans fin, d’un pays qui sans cesse va mal, mais alors, de plus en plus mal ?

Oui, assurément !

Seul, j’avais jugé utile de m’imposer une retraite pour ménager ma monture, et seul aujourd’hui, je décide de revenir sur le champ libre de la libre pensée, de la réflexion patriotique et de l’analyse républicaine. Je signe mon retour et plus que jamais, ma noble plume confesse sa totale liberté, sa détermination et son indépendance. Forger la conscience citoyenne du Centrafricain, secouer jusqu’à la moelle le patriotisme léthargique du peuple, telle est ma mission et mon unique credo.

Mais dites, qu’ai-je donc écrit à l’instant ! Le mot INDÉPENDANCE ?

Cela, à défaut de l’interpeller, devrait néanmoins sonner totalement faux aux oreilles du Centrafricain en cette veille du 13 août, référence gravée en lettre d’or et marquée à l’encre indélébile dans les annales de l’Histoire de notre territoire sous DÉPENDANCE.

Car en définitive, furent-ils déclarés indépendants depuis 57 ans, que valent à la vérité, un état toujours incapable de revendiquer sa souveraineté nationale, un pays qui se rabougrit de jour en jour, et un peuple qui ne cesse de se déliter ?

Désertée par l’État et délaissée par ses dirigeants au profit d’une meute d’affreux ivres de sang, de mercenaires venus d’ailleurs, de potentats inassouvissables de butins et rendus indéboulonnables, la RCA indépendante serait, à n’en point douter, en voie d’extinction progressive et totale.

Le pays va mal et c’est bien plus qu’une évidence dure à supporter et à admettre. Sauf apparemment et paradoxalement, pour les premiers acteurs politiques de cette République qui a perdu son âme et qui plus est, se retrouve dans un tel état de putréfaction avancée.

Et malgré tout cela, avez-vous simplement noté l’inélégance et l’indigence intellectuelle qui caractérise les débats politiques rampants, déprimants et désespérants qui ont lieu dans notre pays?

En voici quelques exemples symptomatiques que nous offre l’actualité la plus récente :

Quand un opposant politique qualifié, du haut de sa posture d’opposant, déclare « La Centrafrique n’a qu’un problème : le fauteuil présidentiel est vide», qu’avons-nous donc à vouloir absolument prouver que ce fauteuil est pleinement investi par un chef d’Etat, même si ce dernier ne fait rien ? Mieux, dire que « Le chef de l’Etat est un homme d’action mais qui ne parle pas beaucoup », ne revient –il point à avouer simplement, que ce Chef d’Etat ne juge guère utile de parler, et ce taisant, s’engage ainsi à reconnaître honnêtement – une décence tout à son honneur-, qu’il n’a ni actions, ni résultats, ni bilan à défendre ?

À vrai dire, on ne parle pas pour vendre le vent. Si ce n’est peut-être seulement en Centrafrique, République de la rhétorique nihiliste et du nombrilisme revanchard!

En tout état de cause, comme « un tigre ne proclame point sa tigritude mais bondit sur sa proie et la dévore », les actions d’un Président de la République, crèveraient tant et si bien les yeux de son peuple, que celui-ci n’aurait même pas le temps de douter, a fortiori de nier l’évidence ou de se poser des questions. C’est encore là un sujet d’introspection et de méditation gratuite pour dirigeants en panne d’inspiration.

Hier, l’on demandait aux Centrafricains de laisser le temps au temps. Et pendant ce temps, qu’a-t-on fait du temps, si ce n’est qu’entretemps, on a cherché à gagner du temps pour avoir le temps de ne rien faire ? Sauf à succomber à l’ivresse et à l’insolence du pouvoir, à sombrer sous l’arrogance de la corruption et l’autosatisfaction, à se livrer à des démonstrations foireuses, et enfin, à fabriquer pêle-mêle, des intrigues visant des victimes d‘une logique politicienne accusatoire qui, tôt ou tard, s’en retournera contre les intrigants.

Et aujourd’hui, que demande-t-on de plus au peuple centrafricain ? De laisser le temps à la patience là où le temps lui-même n’a rien pu faire et donc a échoué. Belle trouvaille politicienne.

Alors, que l’on veuille seulement nous permettre de poser cette question très simple : quand s’épuisera enfin les cinq années de temps passé à diriger cette République Centrafricaine, qu’aura-t-on à laisser de son passage aux Centrafricains, eux qui pour leur part laissent tant de temps leur échapper ? Et à l’heure du bilan, osera-t-on solliciter encore le suffrage de ce même peuple désabusé ?

Par ailleurs, jusques à quand le peuple centrafricain, sa faim au ventre et ses morts sur les bras, devra-t-il continuer à vivre les méfaits et subir les autres atermoiements d’un combat de coqs exténués autour des sempiternels soupçons de coups d’état qui n’arrivent jamais ? Ce combat à répétition, ne cesse de dresser les responsables politiques les uns contre les autres, ces responsables qu’on qualifie dans un camp d’autocrate introverti, et dans l’autre, de charlatans à grandes prétentions doublés d’ambitieux pathologiques ?

Tels sont les sujets à la une à l’heure actuelle, aussi bien dans la capitale Bangui que dans les milieux centrafricains; des sujets qui malheureusement stérilisent et atrophient les initiatives, focalisent les énergies et émasculent les esprits, alors que le pays part en lambeaux. Ici, une mafia active gérée par des hommes politiques en fonction, s’organise avec méticulosité, et réussit à mettre en coupe réglée des territoires entiers qu’elle rançonne ; là, des bandits et des gangs territoriaux sans foi ni loi, s’agitent dans tous les sens, dépècent le pays, s’arrachent ou se répartissent des morceaux de terre à siphonner, ainsi que des populations qu’on extermine après les avoir exploitées à fond.

Et moi, je m’écrie : Centrafrique mon pays de quoi es-tu donc le nom ? Pays des souffrances infinies? De la Pauvreté innommable ? De la misère permanente ? Des guerres sans fin ? Des pillages, des corruptions et détournements en rond ? Des crimes impunis ? Des dirigeants dirigés qui ne dirigent rien ? De la disparition progressive et assurée…?

Mais ce n’est pas tout. Pire que cette ribambelle d’infortunes et de maux cumulés, il existe un malheur autrement plus dévastateur, un malheur implacable et impitoyable, un Malheur – avec grand « M », cynique et insidieux : Le peuple centrafricain A PERDU TOUT ESPOIR DE S’EN SORTIR. Et cela est hautement déprimant…

Que chacun avant de parler d’indépendance veuille librement y méditer.

GJK-Guy José KOSSA
L’Élève Certifié du Village Guitilitimö

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